Clean language : coacher en questionnant la métaphore

Utiliser la métaphore, telle est la nouvelle approche du coaching. A travers elle, on utilise des éléments concrets de la vie tous les jours pour illustrer des aspects complexes, relationnels et intangibles de la vie.

Un coach doit avoir la curiosité de l’éternel étudiant, être dans une quête perpétuelle du savoir et de recul par rapport à sa pratique. C’est la raison pour laquelle le coach doit, régulièrement, consacrer une partie de son temps et de ses revenus à la formation et à la supervision.
Par la supervision, le coach vérifie l’usage qu’il fait des outils du coaching auprès d’un pair ayant une antériorité sur lui dans le métier, et préserve son coaché des phénomènes transférentiels.
Par la formation, le coach veille à parfaire sa pratique, à innover et à perfectionner ses outils. En un mot, à réinventer, chaque jour, son métier.
Lors de cette quête de nouvelles approches, pour confronter ma pratique et conforter mes coachings, j’ai rencontré le Clean Language, une approche très puissante et novatrice.

La métaphore, expression en couleur du problème

La puissance du Clean Language, littéralement langage propre, est qu’il s’appuie sur un médiateur : la métaphore. Cette métaphore peut être illustrée, parfois, par une pièce d’un photo langage et, très souvent, par des dessins réalisés par le coaché, lui-même, séance tenante. Ce dessin et/ou la photo deviennent l’objet de l’intervention du coach. Celui-ci interpelle son champion sur la base de la métaphore avec ses mots.
Pourquoi ? Parce que la métaphore contient les éléments ressources et obstacles pour le coaché. C’est la métaphore qui sait. Et c’est la métaphore qui est questionnée.

Les métaphores, refuge des souffrances

Avant de vous parler de l’utilisation du Clean Language en coaching, je vous invite à découvrir les fondements historiques de cette approche, encore récente au Maroc.
Le Clean Language a été conçu par David Grove, psychothérapeute néo-zélandais, au début des années 1980. En quoi consiste-t-il ? C’est une technique de questionnement ouvert, résolument tourné vers la dimension métaphorique du discours du client. Je précise que les questions sont tournées vers la métaphore et non vers le coaché.
Pour reprendre David Grove, «le Clean Language accompagne le processus du client, tout en garantissant que ses propres signifiés et ses résonances demeurent intacts et non contaminés par les mots du thérapeute».
Durant sa pratique, David Grove avait constaté que ses patients utilisaient, souvent, des métaphores pour décrire leurs expériences les plus traumatisantes, les plus fortes et les plus difficiles: «Il y a un voile qui m’étouffe», «je ploie sous le fardeau de mon problème», «je me sens comme tétanisé», «J’ai l’impression d’être un oiseau». Et j’en passe.
David Grove avait, aussi, remarqué que lorsqu’il posait des questions ordinaires à la métaphore, celle-ci s’effaçait, soudainement, et le client revenait à un discours conceptuel habituel. L’échange devient, alors, une simple conversation.
Il comprit, alors, que la métaphore pourrait devenir un médiateur pour aider son client à régler son problème, mais qu’il faut l’interpeller autrement.
Par l’expérimentation, David Grove a découvert qu’en posant des questions très simples utilisant, au maximum, les mots exacts du client et en réduisant, au maximum, l’apport de toute interprétation de la part du coach, la métaphore du client subsiste, assez longtemps, pour «révéler sa force» et pour l’utiliser au bénéfice du client. Et ce qu’en pense le client ? Il affirme que ses symptômes commençaient à guérir, empruntant, parfois, des chemins inattendus et imprévus par le client lui-même.
Encouragé par les résultats de sa technique, David Grove s’embarqua, alors, dans le monde de la métaphore et de la pratique du Clean Language qui, depuis une vingtaine d’années, ne cesse de faire des adeptes à travers le monde. Casablanca est la dernière escale du Clean Language.
Les principes fondamentaux et la mise en pratique du Clean Language ont été décrits par Penny Tompkins et James Lawley dans leur livre intitulé Metaphors In Mind, paru en 2000. Ils en ont spécifié les composants : la syntaxe, les caractéristiques vocales, les autres manifestations non verbales et les questions clean.
Penny Tompkins et James Lawley sont venus à la psychothérapie après un long parcours dans l’industrie et dans les télécommunications. Ils vivent à Londres où ils exercent en tant que psychothérapeutes, coachs, formateurs et superviseurs. Ils ont créé l’institut The Developping Company, où ils forment des thérapeutes, conseillers, coachs et enseignants, ainsi que des managers et leurs équipes.

Pourquoi «Clean» ?

Les questions posées par le praticien sont dites «clean», car les perceptions du client ne sont que, très peu, contaminées par les représentations personnelles du coach ou du thérapeute.
Lors de l’accompagnement, le coach utilise les mots du client et les insère dans des formulations codifiées des questions. Il n’ajoute aucun mot qui vient de lui. David Grove précise, à ce propos, que «le moi du thérapeute doit sembler avoir disparu».
Le but d’une question clean est d’inviter le client à porter son attention sur un aspect particulier de sa propre expérience, via la métaphore.

Coacher par la métaphore

Le coaché voit des images, entend des sons et ressent des sensations à travers son imagination. Donc, la métaphore fait partie de notre vie quotidienne.
La métaphore est vivante, car elle utilise des éléments concrets de la vie tous les jours pour illustrer des aspects complexes, relationnels et intangibles de la vie.
Elle a, aussi, un grand impact dans la vie des gens, car elle est frappante et est, facilement, ancrée dans la mémoire. Or, la métaphore est, à la fois, descriptive et normative. Elle peut, ainsi, libérer un potentiel ou l’emprisonner.
«Ayant guidé des centaines de clients, nous savons qu’une métaphore peut guérir, transformer et enrichir nos vies», expliquent Penny Tompkins et James Lawley.
Selon Andrew Ortony, psychologue américain, la métaphore donne forme à ce qui ne peut être mis en mots. Le travail du coach consiste, alors, à interagir avec la métaphore, à aller découvrir ce qui est «juste derrière» et à accompagner le coaché à explorer des zones qu’il ne soupçonnait pas pour mettre des «mots sur des choses».
Le Clean Language facilite le voyage du coaché dans son espace intérieur. Il ne s’intéresse pas au contenu mais oriente l’attention du coaché vers ses propres mots pour permettre à sa métaphore, à ses sensations, à ses images et à ses gestes de l’aider à capter le sens qu’il donne à l’expérience qu’il est en train de vivre.
Le travail d’exploration permet, donc, au coaché de prendre conscience de ses représentations, notamment de ses schémas limitants.
La finalité du coaching étant l’autonomie, le Clean Language permet au coaché de transformer ses métaphores en leviers de changement, car c’est lui l’expert de son problème.
Le Clean Language a permis d’importantes avancées dans la connaissance de soi en favorisant l’émergence de transformations profondes dans les systèmes de représentation des coachés.