Ces entreprises qui créent leurs propres universités

Campus, centres, instituts,
ou académies,
les universités d’entreprise sont des espaces de formation, d’échanges de savoirs
et de détection des compétences.
Elles remplissent également une mission en matière de culture d’entreprise.

Campus, centres, académies ou instituts, quelle que soit leur appellation, les centres de formation se développent de plus en plus au sein des entreprises. Ces lieux stratégiques partagent un même concept : dans une économie de la connaissance, le capital intellectuel est un élément concurrentiel déterminant, créateur de valeur, qu’il convient de gérer comme un véritable facteur de production. Il faut ajouter que si les universités se multiplient, c’est pour contrecarrer le déficit en ressources humaines qui sévit dans le pays.

Déjà , dans les années 50, des entreprises comme General Motors ou Motorola avaient développé ce concept d’université d’entreprise afin de compléter la formation de leurs employés. En France, les universités d’entreprise n’ont pas cessé de se développer ces dernières années. Plus de la moitié des entreprises du CAC 40 se sont ainsi dotées d’une université interne. Dans ce groupe, on compte France Telecom, le groupe PPR, Total, Accor, Cap Gemini ou encore Ernst & Young.

Le Maroc n’est pas en reste. BMCE Bank, Accor, Lydec et bien d’autres suivent la tendance. Dernière en date, l’université d’entreprise de l’Ona a fait le choix d’une université virtuelle qui fonctionne en réseau, grâce à  ses partenariats avec des grandes écoles nationales et internationales.

Des cycles de formation sont déjà  opérationnels. Il s’agit notamment du cycle «Executive management», réalisé avec l’Instituto de Empresa, l’une des plus prestigieuses écoles madrilènes. Par ailleurs, le groupe envisage d’ouvrir un institut de commerce et de distribution, destiné à  renforcer les métiers de la distribution. Le centre a pour ambition de former les 5 000 salariés que comptent les deux enseignes Marjane et Acima.

Cadres ou simples employés, tout le monde y a accès
L’académie Accor Maroc ambitionne également de suivre le pas de son aà®née, l’Académie Evry, en proposant ses services aux établissements hôteliers qui ne font pas partie du groupe. Pour sa part, Veolia Environnement Maroc dispose d’un campus qui s’étend sur quatre hectares et propose aussi bien des formations techniques spécifiques aux métiers du groupe que des formations transverses en management, finance, commerce et autres.

Ce n’est pas un hasard si le concept suscite un tel engouement. L’université d’entreprise remplit en effet plusieurs fonctions. Outre l’amélioration des compétences des salariés, la capitalisation et l’échange de savoir, elle permet notamment le développement d’une culture commune, la création de lien social au sein de l’entreprise et la fédération d’entités hétérogènes, en particulier en cas de fusion ou de bouleversement dans l’organisation des entreprises. Ces dernières l’utilisent comme un outil destiné à  faire comprendre au salarié sa contribution au groupe. Elles tentent également de fidéliser les talents tout en offrant aux cadres une formation de qualité. Pour Abla Benabdellah, DG de l’Université Ona, «elle a donc vocation à  jouer un rôle prépondérant au niveau des ressources humaines du groupe, comme vecteur d’adhésion, de séduction et de rétention des talents». Contrairement aux centres de formations classiques, ce sont des lieux stratégiques, véritables espaces d’éducation et d’économie appliquée.

A qui s’adresse ce type de formation ? Il faut souligner que l’université d’entreprise, au départ réservée à  une élite de dirigeants, s’adresse désormais à  tout le personnel. A l’Ona, par exemple, le cycle «potentiel junior», réalisé avec l’université Al Akhawayn d’Ifrane, permet aux nouvelles recrues, notamment, de s’imprégner rapidement de la culture maison et d’aiguiser leurs armes pour devenir les futurs managers du groupe. Autre expérience, celle du groupe Total qui, par le biais de son université Campus, offre des formations à  tous les échelons: de la formation métier ouverte aux cadres à  la formation complémentaire, qui propose même aux mandataires gérants de stations services, non salariés du groupe, des stages «agression malveillance», en passant par les stages destinés en particulier aux secrétaires et aux mécaniciens.

Autre exemple, celui de Microsoft Académie qui ne se contente plus de puiser en interne pour former ses dirigeants. Elle ouvre les portes de son académie aux lauréats des écoles de commerce du monde entier. Les rares candidats privilégiés bénéficient d’une formation sur mesure. On y reçoit des formations théoriques avec des stages d’observation rapprochée. Plus précisément, les enseignements comprennent 10 semaines de formation dans divers pays européens et sur le campus de Microsoft à  Redmond, aux Etats-Unis, et 42 semaines de pratique dans la filiale du pays d’origine. Le stagiaire bénéficie également d’un coaching en poste lui donnant la possibilité d’intégrer l’une des divisions de la société, principal objectif de ce programme. D’ailleurs, les candidats retenus signent un contrat à  durée indéterminée dès le début du stage.

On remarque que les formations prodiguées sont de très bonne qualité. «On se doit d’être exigeant sur les formations pour être au diapason des standards internationaux. D’ailleurs, certains modules techniques sont souvent actualisés pour répondre aux exigences de l’entreprise», souligne Salim Ennaji, DRH de Veolia Environnement Maroc.

De nombreuses entreprises privilégient la transmission de savoir entre pairs et la formation par des animateurs internes. Mais les universités font également appel à  des profils non académiques comme des experts, consultants, coachs… «Nous faisons appel aussi bien à  des consultants internes, surtout pour ce qui est des formations techniques car nos cadres connaissent parfaitement les problématiques traitées, que des consultants externes pour ce qui est des formations en management», ajoute M. Ennaji. Ouvertes sur l’extérieur, certaines d’entre elles ont même développé des programmes en partenariat avec des écoles de commerce, des cabinets de conseil ou des universités et délivrent parfois des diplômes.

Enfin, les avantages pour les cadres ne sont pas des moindres. «L’université offre la possibilité aux cadres d’étendre leurs connaissances, de mieux comprendre la culture de l’entreprise et d’élargir leurs horizons. Elle permet aussi de créer de nouveaux contacts au sein du groupe et de développer ainsi le réseau professionnel», précise le DRH de Veolia Environnement Maroc. Pour les dirigeants, c’est aussi une manière de diffuser une vision d’entreprise, de capitaliser les connaissances et surtout créer une cellule de veille sur l’environnement interne ou externe.