Aujourd’hui, ceux qui veulent percer doivent avoir la fibre commerciale

En 2000, 65% des besoins en recrutement traités par les cabinets
de ressources humaines concernaient des informaticiens. Aujourd’hui,
le recrutement se fait au compte-gouttes.
L’adaptabilité et l’autoformation sont les deux principaux défis auxquels les informaticiens doivent faire face pour ne pas rester en rade.

On est loin de l’euphorie des dernières années. Les besoins des entreprises en informaticiens se sont stabilisés. Le recrutement se fait au compte-gouttes et les offres d’emplois portent sur des profils particuliers, comme les chefs de projet et les référenceurs de sites internet. Comment en est-on arrivé là ? Les explications de Chantal Aounil, responsable recrutement chez Bil Consulting.

La Vie éco : Le marché de l’emploi est devenu difficile pour les informaticiens, alors qu’il y a à peine trois ans ils faisaient figure de privilégiés. Comment expliquez-vous cette situation ?
Chantal Aounil : Le besoin en informaticiens a commencé à grandir durant les années 98-99, avec un pic important durant l’année 1999 et le premier semestre 2000. Près de 65 % de nos recrutements concernaient ces profils. L’explication est simple. Il y a eu, d’abord, le passage à l’an 2000 qui a poussé notamment les entreprises à repenser à une refonte complète de leur système d’information. Bien évidemment, on a assisté, concomitamment, au déclenchement de la fuite des cerveaux. Ce facteur a contribué largement à la pénurie de profils adéquats sur le marché, parce que les exigences des entreprises locales étaient aussi strictes que celles des structures internationales. On se retrouvait avec des profils sous-dimensionnés par rapport aux projets implantés dans les différentes structures. Les candidats étaient assez jeunes et certains étaient en début de carrière. Il leur manquait donc de l’expertise dans des domaines pointus. Je dirais que le management et la gestion d’équipe faisaient aussi défaut chez eux. En dépit de cela, les entreprises ont fait de la surenchère pour prendre les meilleurs.

Vous avez cité le bug 2000 et la refonte des systèmes d’information comme les principaux facteurs qui ont créé la tension sur le marché des informaticiens, mais il y a eu aussi internet…
Effectivement ! A l’époque, on a travaillé sur les premiers profils de webmasters, administrateurs de systèmes internet et bien d’autres profils. Il était difficile de les dénicher localement. On a dû recourir au marché international pour en trouver et former les profils que l’on trouvait sur le marché intérieur parce qu’ils étaient sous-dimensionnés par rapport aux exigences des projets.

Actuellement, quel regard portez-vous sur le marché ?
Il faut dire que le marché reste «souterrain» : certaines entreprises préfèrent recruter directement. Mais on peut considérer que la demande s’est stabilisée. Les entreprises ne recrutent plus comme à la fin des années quatre-vingt-dix et au début de l’actuelle décennie en raison de la rationalisation des budgets informatiques. L’éclatement de la bulle internet a fait aussi que les entreprises étrangères ne viennent plus chercher des informaticiens comme auparavant.
Aujourd’hui et au niveau interne, le recrutement concerne notamment le top management. C’est-à-dire des profils capables de gérer la refonte des systèmes d’information. Cette expertise manque cruellement sur le plan local. Les chefs de projets sont également sollicités. Leur mission va de la mise en place de procédures jusqu’à l’assistance, la formation et la gestion d’équipe. Ils doivent également avoir une bonne vision de l’organisation de l’entreprise.
On a également constaté l’émergence de nouveaux profils, ceux que nous surnommons les «débrouillards de l’informatique». Ils ne sont ni ingénieurs ni lauréats d’écoles informatiques. Ils ont pour mission de développer certaines applications liées à la technologie SMS, MMS, internet… Ils ont de bonnes aptitudes dans le domaine informatique. Il faut dire que leur émergence est surtout favorisée par les délocalisations concernant, pour l’essentiel, les services commerciaux téléphoniques. Malheureusement, ils sont difficilement identifiables sur le marché de l’emploi parce qu’ils n’ont pas l’habitude de passer par les filières classiques du recrutement. Il faut faire preuve d’ingéniosité pour les dénicher.

Y a-t-il d’autres métiers qui se développent ?
On a en effet constaté l’émergence des référenceurs. Ces derniers doivent positionner correctement et en temps réel les sites des clients dans les meilleurs moteurs de recherche. Ils travaillent souvent la nuit chez eux. Ce choix est avantageux pour eux sur le plan de la rétribution parce qu’ils peuvent gagner jusqu’à 15000 DH par mois.

On a pu remarquer une tendance à la reconversion. Est-ce toujours le cas ?
Effectivement ! Certains profils se sont reconvertis en technico-commerciaux chez les sociétés de services informatiques (SSII), et autres éditeurs de logiciels. Les perspectives sont prometteuses sur ce créneau commercial. Ceux qui veulent percer doivent avoir un excellent sens relationnel et commercial. Autrement dit, la pédagogie et l’ouverture d’esprit sont importantes, surtout quand on assiste de simples utilisateurs dans la mise en place d’un outil informatique. La raison est que le discours passe mal ou difficilement entre un technicien et un néophyte.
De même, on a constaté l’émergence de certains profils qui étaient au fait des utilisateurs de systèmes d’information au sein de leur structure, notamment les financiers, les acheteurs, les logisticiens, et qui se sont reconvertis dans l’accompagnement d’ERP. Ils sont en quelque sorte une interface entre les chefs de projets et les utilisateurs finaux.

Eu égard à la mutation des besoins des entreprises, quelles sont les qualités actuellement recherchées chez un informaticien ?
On ne peut plus dormir sur ses lauriers comme c’était le cas durant les années 80-90. La mission des informaticiens se limitait alors à l’entretien des systèmes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les systèmes évoluent rapidement, les solutions se multiplient, les besoins se diversifient… Il faut assurer en permanence une veille technologique et penser à s’auto- former. Certains informaticiens l’ont compris. Je pense que l’adaptabilité est l’un des principaux défis auxquels ils doivent faire face

De nouveaux profils ont émergé : les «débrouillards de l’informatique». Ni ingénieurs ni lauréats d’écoles informatiques, ils ont pour mission de développer des applications liées à la technologie SMS, MMS, internet… Ils ont de bonnes aptitudes informatiques mais sont difficiles à identifier sur le marché de l’emploi car ils ne passent pas par les filières classiques du recrutement.

chantal aounil
Responsable recrutement chez Bil Consulting.
Certains profils se sont reconvertis en technico-commerciaux dans les sociétés de services informatiques et autres éditeurs de logiciels.