800 demandes de construction d’immeubles déposées !

Tous les grands groupes de la promotion immobilière ont des projets dans la ville qui fait face avant tout à un manque de logements sociaux. La situation se complique avec la
rareté du foncier.

Ce sont près de 800 dossiers de construction d’immeubles qui ont été présentés au Conseil de la ville. Et pour cause, Marrakech connaît depuis quelques années un boom sans précédent dans le domaine de l’immobilier. Promoteurs marocains et étrangers se bousculent pour avoir l’autorisation de construire un ou plusieurs immeubles, alors qu’il y a cinq ans, à peine, seuls cinq ou six lotisseurs se partageaient le marché. Aujourd’hui ils sont plus de 70.
Parmi les nouveaux venus, on peut citer le groupe Doha, Biladi, la SMDT, le groupe Chaïmae, Sotravo, le groupe Chaâbi…
L’Erac Tensift encourage d’ailleurs les initiatives privées en mettant à la disposition des promoteurs immobiliers des terrains équipés avec des facilités de délais et de paiement.
«Nous avons eu des expériences réussies de partenariat public-privé dans le quartier d’Izdihar. Nous allons donc réitérer cette expérience dans les quartiers périphériques de Hazouzia et de M’hamid 9. L’intérêt est déjà là», explique Khatib Lhabil, directeur de l’Erac Tensift.
L’Erac Tensift a lancé, en 2004, un ambitieux projet de création de plus de 12 000 logements et lots dont 76%, uniquement pour le social, soit 9 254 unités. Pour le moyen standing 2 463 unités ont également été lancées et ont connu un grand succès auprès de la population de la ville. «Notre priorité est de lutter contre l’habitat insalubre et garantir une offre suffisante en logements sociaux pour éponger le déficit et faire face aux besoins futurs», souligne M. Lhabil. En 2005, le projet est encore plus ambitieux encore, puisque l’Erac prévoit la construction de 17 000 unités dont 80% dédiées au social. «C’est un saut qualitatif et quantitatif que nous opérons. Au premier trimestre, nous sommes en phase avec notre planning. Actuellement, la quote-part de quelque 6 000 unités a été mise en chantier», ajoute-t-il.
Un boom de l’immobilier qui explique
quelques dérapages
Mais beaucoup d’observateurs craignent la saturation de la ville. Pour les autorités, ce développement reste maîtrisé puisque le nombre d’habitants du centre-ville ne dépasse pas les 200 000 alors que Marrakech compte quelque 840 000 habitants. Le reste étant réparti dans les quartiers périphériques. Lesquels se sont développés grâce à un déplacement urbanistique.
L’est de la ville où se situe la Palmeraie a ainsi été sauvegardé ainsi que l’ouest (Cherifia) et le sud Aguedal, consacré au développement d’une nouvelle zone touristique .
L’avis n’est pas partagé par les responsables de l’Agence urbaine. «La ville s’étend avec une forte expansion. Il devient urgent d’en fixer les limites avec une sorte de ceinture verte ou même bétonnée», confie un responsable.
Et qui dit boom de l’immobilier, dit également anarchie architecturale. Et beaucoup, aujourd’hui, tirent la sonnette d’alarme. La cause de cette situation : certaines architectures, des plans d’aménagement et des dérogations accordées en déphasage avec le cachet de la ville. Il faut dire que Marrakech est gérée, aujourd’hui, sur la base d’un schéma directeur d’aménagement élaboré dans les années 1990. Lequel a donné lieu à plusieurs plans d’aménagement qui ne sont pas tous homologués.
Marrakech bénéficie ainsi d’un engouement sans précédent. Le boom de l’immobilier n’est que la conséquence de l’intérêt que représente la région sur le plan économique et touristique. Le développement de l’immobilier semble aujourd’hui la seule alternative à l’engorgement du centre-ville, plus particulièrement à la zone Menara-Gueliz où la saturation est consommée depuis quelques années déjà. Le rôle des promoteurs privés, de l’Erac Tensift, de l’Agence urbaine,… ont donc une importance toute particulière.
Mais ces activités ont des limites. Le foncier se fait rare à Marrakech. C’est pour cela que des villes satellites comme Tamansourt (voir La Vie éco du 29 avril) ont été conçues. Des zones à la fois autonomes et intégrées, à quelques kilomètres, à peine, de Marrakech. Pour certains, il s’agit de villes ghettos, mais pour les responsables du projet, loin s’en faut. Tamansourt n’est pas qu’une ville-dortoir puisqu’elle bénéficie de toute l’infrastructure nécessaire pour une vie en communauté : magasins, écoles, dispensaire, mosquée, terrain de sport… «Cette ville va permettre d’absorber les flux migratoires et répondre aux besoins en logements sociaux. Et nous nous faisons un point d’honneur, avec les autorités de la ville, pour que ce soit les plus nécessiteux, ceux qui n’ont jamais acquis de logements qui en bénéficient en priorité», insiste M. Lhabil.
L’autre défi, à présent, est d’encourager l’investissement immobilier dans l’arrière-pays, plus particulièrement dans le Haouz, une région qui constitue l’atout majeur pour la région mais qui, pour l’heure, est une province où le partage des richesses reste déséquilibré. «L’avenir de Marrakech dépend de l’Haouz et vice versa. Les projets touristiques, les golfs… permettront de donner une impulsion à cette région», conclut le directeur de l’Erac Tensift