60% des entreprises marocaines ne comptent aucune femme dans leurs organes de gouvernance

Le taux de femmes administrateurs dans les entreprises est d’à  peine 7%. Il est de 5% dans les entreprises publiques et de 11% dans les sociétés cotées en Bourse.

Malgré les discours et l’ensemble des dispositions législatives consacrant le principe de parité hommes-femmes, force est de constater que celui-ci est encore bien loin d’être respecté en pratique. C’est ce qui ressort d’une étude analytique menée par le groupe de Travail “Gouvernance au féminin” de l’Institut marocain des administrateurs (IMA) sur la représentativité des femmes dans les organes de gouvernance des grandes entreprises publiques et privées. Les conclusions de cette étude ont été présentées lors de la première conférence sur la Gouvernance au féminin, organisée le 9 avril à Rabat par le ministère des affaires générales de la Gouvernance et l’IMA, en partenariat avec l’ONU Femmes et avec le soutien de la Société financière internationale et du club des femmes administrateurs.
Cette étude a mis en évidence les faibles taux de représentativité des femmes au sein des organes d’administration des grandes entreprises publiques et privées. Un état des lieux qui a fait réagir Mohamed Najib Boulif, ministre des affaires générales et de la gouvernance, pour qui «il y a nécessité d’augmenter le nombre de femmes dans les postes décisionnels par l’adoption de mesures institutionnelles».

Sur les 590 entreprises concernées par l’étude, 62% ne comptent aucune femme au sein de leurs organes d’administration, 38% comptent au moins une femme et 4% au moins trois femmes. Le taux de femmes administrateurs est, quant à lui, de 7%. En ce qui concerne les entreprises publiques, 59% ne comptent aucune femme dans leurs organes d’administration, 41% comptent au moins une femme et 3% au moins trois femmes, avec un taux de femmes administrateurs qui ne dépasse pas les 5%. La situation est légèrement meilleure dans les sociétés cotées en bourse où seulement 54% des entreprises ne comptent aucune femme dans leurs organes de gouvernance, 46% comptent au moins une femme et 4% au moins trois femmes. Quant au taux de femmes administrateurs, il est de l’ordre de 11%.

Peu de femmes convoitent des postes de responsabilité

Cette étude a aussi permis de mieux comprendre les facteurs de blocage de l’accès des femmes aux organes de gouvernance des entreprises. Ils sont essentiellement liés à la culture d’entreprise qui leur est défavorable, ainsi qu’aux femmes elles-mêmes dont seulement 2% revendiquent l’accès à des postes de responsabilité. A ces facteurs internes s’ajoutent des facteurs exogènes en rapport avec l’environnement social et culturel largement discriminatoire à l’égard des femmes. Basée sur une revue des meilleures pratiques internationales, ce travail a également permis de dégager une série de mesures et actions à mettre en œuvre, en vue d’assurer une meilleure représentativité des femmes au sein des organes d’administration des entreprises marocaines. Ces recommandations s’articulent autour de cinq axes. D’abord l’incitation des entreprises à s’inscrire davantage dans les référentiels législatifs en vigueur et à appliquer la réglementation existante, notamment la nouvelle Constitution et le Code marocain de bonnes pratiques de gouvernance des entreprises et établissements publics.

Les experts suggèrent, en deuxième lieu, la mise en place d’un système contraignant à travers l’instauration de mécanismes et d’instruments de discrimination positive favorable aux femmes, comme par exemple l’imposition d’un quota de représentativité des femmes variant de 15% à 30% (et assorti de sanctions) au sein des instances de gouvernance des entreprises.
Le troisième point est l’accompagnement des femmes dans le processus d’accès à ces instances à travers le développement des réseaux de soutien et de formation ciblés et la mise en œuvre de mesures en faveur de la conciliation vie professionnelle/vie familiale. Quatrième point, la lutte contre les représentations sociétales et culturelles discriminantes et l’intégration de la notion d’égalité des genres dans toutes les politiques publiques. Enfin, l’inscription dans la durée de la politique de promotion de l’accès des femmes aux organes de gouvernance ainsi que la mise en place d’un système de veille permettant d’évaluer périodiquement les évolutions enregistrées.