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Influences

What Remains : Cinq artistes font vaciller la mémoire du Kasr Al Bahr

L’exposition « What Remains », portée par la commissaire Naima Slimi à l’initiative de La Maison Qantara, en collaboration avec le Four Seasons Hotel Rabat at Kasr Al Bahr et Gallery Kent, explore les strates d’un lieu chargé d’histoire à travers cinq artistes, entre mémoire persistante, corps en tension et formes de résistance.

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Rabat. Derrière les dorures impeccables du Four Seasons Rabat at Kasr Al Bahr, quelque chose grince encore. Pas un défaut de restauration. Une mémoire. What Remains (Ce qui demeure) ne caresse pas le patrimoine dans le sens du marbre. L’exposition le fissure, y glisse des voix, des corps, des résistances. Discrète à première vue, mais tranchante dès qu’on s’y attarde.

Le décor n’est pas neutre. Kasr Al Bahr a tout encaissé. Palais d’été pour le sultan Moulay Slimane à la fin du XVIIIe siècle, hôpital militaire où l’on panse et où l’on survit, ruine annoncée, puis renaissance en palace en 2024. Trois vies, et aucune n’a vraiment disparu. Les arcs, les dômes, les fontaines continuent de murmurer sous le vernis. C’est dans ces interstices que s’inscrit la proposition de la commissaire Naima Slimi. Non pas raconter l’histoire, mais écouter ce qu’elle refuse d’effacer.

On y retrouve cinq trajectoires, cinq écritures. Ce qui les relie tient moins à la forme qu’à une obstination. Quelque chose brûle encore.

Catherine Renaud Baret, la doyenne, peint les femmes comme on retient des visages après coup. Le trait file, presque nerveux, mais ne lâche rien. Sous la légèreté apparente, une précision du regard qui entaille. Ses figures ne posent pas. Elles persistent.

Hajar El Moustaassime travaille la désobéissance des corps. Peinture, dessin, broderie, caoutchouc recyclé devenu fleur. Tout sert à défaire les carcans. La bicyclette revient comme un leitmotiv : avancer, occuper, tracer. Dans Danse Éteinte (2025), le mouvement vacille sans céder. Une braise sous la cendre, à l’image du lieu.

Avec Itaf Benjelloun, on bascule dans l’archéologie du sensible. Des assemblages de matières comme des strates où le corps affleure. Césarienne (2025) frappe. Un visage calme, pris entre deux paraboles, retenu et déjà en train de naître. Ici, la naissance est une lutte. La forme gagne, toujours.

Zahra Filali coupe dans le vif. Des silhouettes réduites à l’essentiel, des couleurs qui chauffent (rouges, oranges, bleu nuit, or sourd). Rien d’anecdotique. Des seuils, des origines. Ses figures sans visage deviennent plus universelles que bien des portraits bavards.

Enfin, Houda Rahmani prend le parti du manque. Dans Echoes of Tingitana, l’iris n’apparaît qu’en creux. Une absence qui fait image. Le vide devient matière. Dans ses pièces récentes (Soft Weight, What Grows Beneath, 2026), le béton n’achève pas le vivant. Quelque chose pousse dessous. Tension, équilibre, presque une musique.

Cinq voix qui ne cherchent pas à s’accorder, et c’est précisément ce qui produit du sens. Naima Slimi ne compose pas une harmonie, mais un frottement. Matière, corps, couleur, temps. Ce qui reste n’est pas ce qui est intact. C’est ce qui insiste.

Dans un palais qui a tout vu (pouvoir, douleur, luxe), ces artistes rappellent que rien ne s’efface vraiment. Ça se transforme. Ça se déplace. Et parfois, ça revient vous regarder en face.