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Influences

Sofia El Khyari, la fée marocaine qui fait danser le pinceau

Elle fait trembler l’animation marocaine avec ses films de velours qui cognent : «L’Ombre des papillons» secoue le FICAM et 150 festivals. L’IMA la consacre en 2024. Un long-métrage en chantier va tout déchirer. Une Casablancaise qui dessine le futur, à coups de crayon ! Portrait Sofia El Khyari…

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Elle a le crayon qui pétille et l’âme en aquarelle. Sofia El Khyari est une étoile filante qui illumine le cinéma d’animation marocain. L’Institut du Monde arabe (IMA) lui ouvre grand ses portes en 2024 avec une expo choc, «Aux sources de l’imaginaire de Sofia El Khyari», et célèbre l’acquisition de ses films par sa bibliothèque.

Dessins, esquisses, carnets : tout y passe pour plonger dans l’univers poétique et féministe de cette Casablancaise qui fait vibrer les festivals, du FICAM à Annecy et en passant par Locarno à Toronto. Et ce n’est pas fini : elle bosse déjà sur son premier long-métrage.
Née en 1992 sous le soleil de Casablanca, Sofia El Khyari n’a pas grandi avec un storyboard sous le bras, mais presque.

«J’ai toujours gribouillé, pour m’inventer un monde», lâche-t-elle, un sourire dans la voix. Gamine, elle esquive l’ennui des cours en croquant ses rêves.

Un déclic au lycée – une rencontre avec le métier de cinéaste d’animation – et c’est parti. Mais il faut rassurer les parents, pas chauds pour un milieu quasi inexistant au Maroc.

Du coup, elle assure ses arrières : un master en gestion culturelle à Bordeaux, des cours du soir aux Beaux-Arts, une prépa d’art à Paris. En 2015, elle dégaine son premier court, «Le Grain de ta peau», un bijou poétique qui démonte les injonctions sur le corps des femmes. Féministe, déjà. Autodidacte, carrément.

En 2016, elle met le cap sur Londres et le Royal College of Art, où elle décroche un master en animation. Là, elle explose avec «Ayam» (2018), un court-métrage qui fait parler trois générations de femmes marocaines autour de l’Aïd El Kébir, avec la voix bouleversante d’Amina Rachid. Bam : Prix du Public au FICAM, 50 festivals, 10 trophées. Sofia est lancée, et elle n’a pas l’intention de freiner.

Ses films, c’est du velours qui gratte, du sucre qui pique. Avec «Le Corps poreux», «Vision Trouble» ou «L’Ombre des papillons» (2022), Sofia tisse des toiles oniriques où les femmes tiennent le haut de l’affiche. Son truc ? Un cocktail d’intime et de douceur.

«L’Ombre des papillons», primé au FICAM 2023, c’est huit minutes d’aquarelle et d’encre qui dansent autour de la saudade, cette nostalgie douce-amère. Une femme, hantée par un amour perdu, se perd dans une forêt de papillons, entre rêve et réalité. «Je veux un cinéma des sensations, pas de la logique», explique-t-elle.

Et ça marche : Locarno, TIFF, Annecy, Fespaco… Ses films font le tour du globe, ramassent des lauriers (plus de 150 festivals !) et s’invitent dans des temples comme la Cinémathèque française ou le Quai Branly.

Sofia, c’est aussi une sorcière des techniques. Peinture animée, animation de sable, pixilation, live action : elle touche à tout, mixe les textures comme une alchimiste.

Ses carnets, exposés à l’IMA, sont des œuvres d’art, griffonnés d’idées qui prennent vie en images troublantes, tactiles, portées par des sons enveloppants. «J’explore l’intérieur, le ressenti», dit-elle. Et ça cogne, surtout quand elle parle des femmes, de leurs corps, de leurs sacrifices, de leur puissance.

Avec son style sensoriel, sa palette infinie et sa voix unique, Sofia est déjà une pointure, entre France et Maroc, et bien plus loin encore.