Influences
Véhicules à la casse ou le marché juteux aux grands défis
C’est presque le même topo à Sidi Moumen, à Hay Hassani ou à Salmia, sauf côté superficie occupée, où ce dernier est bien plus vaste. Le chiffre d’affaires des ferrailleurs se compte par centaines de millions de dirhams par an.
Immédiatement après avoir franchi le portail de «la ferraille», c’est le nom attribué au marché de ferraille des véhicules, cela sent l’huile de moteur, les graisses un peu partout avec des bruits métalliques de meuleuses et autres marteaux. Le visiteur, quelle que soit sa nature, professionnel, acheteur potentiel, commerçant…, n’échappe pas à l’œil vigilant et constamment guetteur des ferrailleurs installés sur de vieux coussins au milieu d’épaves de voitures. Les premiers à venir à la rencontre du visiteur sont les intermédiaires, le hélant en lui proposant leur aide à retrouver ce qu’il cherche, moyennant bien entendu une petite commission.
Ils peuvent être aussi accessoirement mécanos ou électriciens ou encore tôliers . C’est presque le même topo à Sidi Moumen, à Hay Hassani ou à Salmia, sauf côté superficie occupée, où ce dernier est bien plus vaste. A Tit Mellil, c’est le fief des poids lourds et autres gros engins. Driss Ennahid est un professionnel d’électricité -automobile, caméras et alarmes. Il est également ferrailleur converti. Selon lui, «la ferraille est le meilleur moyen pour recycler les pièces usagées et c’est un secteur qui fait vivre des milliers de personnes. Cependant, les temps sont durs, notamment après la pandémie du Covid».
Mais en dehors de l’enceinte, les vendeurs attitrés de pièces neuves, les importateurs-distributeurs trouvent «occultes» les gains réalisés par les ferrailleurs. Et que le manque à gagner pour le marché de pièces neuves est énorme, étant donné que l’estimation de ces professionnels du chiffre d’affaires des ferrailleurs se compte par centaines de millions de dirhams par an. «A part l’impôt sur le local ils ne paient rien, c’est-à-dire presque pas de dépense», dévoile un vendeur de pièces auto. On avance également que le transport de marchandises en provenance de l’étranger constitue souvent un trafic lucratif pour les MRE qui rentrent au pays avec des camionnettes surchargées d’organes mécaniques de tous genres. Du côté des douanes, il va de soi que ces pièces de rechange sont un manque à gagner pour les caisses de l’État. Il convient de préciser que l’on parle de la ferraille automobile car la ferraille dans son sens large est un marché qui concerne surtout l’acier, le cuivre, le laiton, l’aluminium, le zinc…, dont l’essor est remarquable.
Le métier a ses propres astuces
Comment donc ces spécialistes marocains de la casse se procurent leur marchandise? «Il y a d’abord ceux qui voyagent à l’étranger (France, Italie, Pays-Bas…) qui vont directement puiser des pièces automobiles chez les ferrailleurs locaux, raflant toutes les pièces récupérables qu’ils trouvent et qui finissent dans des conteneurs à destination du Maroc», explique M. Ennahid. Le métier a ses propres astuces pour éviter de payer beaucoup d’argent au dédouanement. Par exemple, quand le ferrailleur achète un moteur de voiture très demandé au bled, il paye les droits de douane et le fait entrer tel quel. Quand ce n’est pas le cas, et pour contourner ces droits, le moteur est démantelé en plusieurs pièces et envoyé en vrac dans le conteneur payé au kilo. Une fois au pays, le même moteur est rassemblé puis vendu au prix fort.
D’un autre côté, il y a des professionnels de la casse appelés «les gens de Corée», spécialisés exclusivement dans les marques coréennes circulant au Maroc. Il existe une autre catégorie qui achète «du neuf», des pièces jamais utilisées. C’est qu’ils achètent chez les maisons de voitures, le stock des marques qui ne sortent plus sur le marché. «Et comme ces modèles sont toujours en circulation, parfois pour de longues années après, les propriétaires peuvent ainsi trouver des pièces d’origine neuves chez les ferrailleurs».
D’après notre source, si quelqu’un de nos jours est en quête d’un moteur tout entier, il trouvera dans cet univers des sociétés bien organisées avec même des bases de données exposant toute la marchandise disponible. Au point que le ferrailleur, afin d’éviter tout malentendu ou des protestations après-vente, demande à l’acheteur d’amener sa voiture sur les lieux et se charge lui-même du remplacement du moteur. Plus encore, il récupère l’ancien moteur (moyennant une somme qui va être soustraite du prix convenu) pour une éventuelle revente en pièces détachées. Et souvent, il s’agit de ferrailleurs qui achètent les stocks de véhicules neufs. Certains vont également se spécialiser dans le 4×4, ou dans une marque ou un segment déterminé. D’autres encore ne vendront que du consommable neuf.
La casse est présente sur la toile
Il faut dire que malgré la rude et notoire concurrence entre les ferrailleurs, ces derniers travaillent souvent entre eux en bonne intelligence. Parfois le visiteur ne comprend pas la présence de ces «moitiés» de voitures ou ces véhicules «découpés» symétriquement en deux parties ! Eh bien, c’est la technique utilisée pour venir à bout des prix élevés de dédouanement. La manigance consiste à ce que deux ferrailleurs s’associent financièrement pour acheter un véhicule auprès d’un MRE et en supporter les frais de dédouanement.
Le véhicule est ensuite découpé en deux morceaux partagés entre les deux ferrailleurs. «Vous savez que vous pouvez également trouver des “parties“ de véhicules comme une carrosserie, une porte, un coffre, une malle notamment lorsqu’il s’agit de voitures des grandes marques. Je peux parfaitement acheter une voiture accidentée, la découper en deux parts et ramener la partie saine», explique Driss Ennahid. Aujourd’hui, ce métier est parfaitement intégré sur la Toile, on trouve facilement des sites, des adresses et même des produits à la casse en vente sur Internet.
Quand le ferrailleur est initié en Europe…
C’est un métier qui exige certaines connaissances, «plusieurs de ces ferrailleurs que vous voyez ici ont déjà travaillé dans des casses en Italie», confie Driss Ennahid. Pour ravitailler leurs stocks de pièces détachées, ces professionnels entrent en contact avec un ferrailleur basé à l’étranger. Celui-ci leur envoie un chargement de pièces détachées usagées dans un conteneur qui est ensuite ouvert au Maroc, avant d’être trié et vendu au détail. Mais au-delà de cette technique, on va dire classique, certains MRE ramènent directement des pièces détachées de l’étranger dans leurs véhicules lorsqu’ils rentrent au pays, et les revendent aux ferrailleurs marocains. C’est ainsi que ces gens peuvent éviter les prix exorbitants de dédouanement et se faire une marge suffisante en se payant sur la «masse» des pièces vendues. «Une seule voiture peut contenir jusqu’à cent pièces revendables, en plus du moteur. Quand toutes les pièces commercialisables sont écoulées, on procède au découpage du châssis de la voiture qui, lui-même, est revendu au kilo pour être fondu», explique notre source.
