Société
Soins à domicile : Le secteur s’organise face à une demande croissante
Injections, prélèvements ou autres pansements, les soins à domicile ne se limitent plus à ces actes, mais sont désormais de plus en plus lourds. Aux côtés des associations, des groupements de médecins assurent aujourd’hui des prises en charge et des actes de haute technicité. Moins chères que dans un établissement sanitaire, ces prestations, non remboursées, restent encore inaccessibles.
Il y a quelques années encore, les soins à domicile se limitaient à faire des injections ou encore des prélèvements sanguins, aujourd’hui la palette est beaucoup plus large, puisque les prestataires d’assistance médicale à domicile se positionnent de plus en plus sur des prestations plus techniques et à plus forte valeur ajoutée pour eux comme l’insuffisance respiratoire, la nutrition, les perfusions, l’insulinothérapie, la dialyse, etc. Ce qui leur permet de devenir progressivement des prestataires multispécialistes des soins à domicile.
Ce secteur connaît, depuis le début des années 2000, un engouement qui a été fortement favorisé par la crise sanitaire de Covid-19. «Le confinement et les risques de contamination ont contraint les familles ayant de grands malades à réduire leur déplacement vers les établissements sanitaires pour effectuer des soins. D’où le recours aux soins à domicile. Les structures spécialisées en la matière se sont développées afin de répondre au mieux aux besoins des patients», explique un professionnel.
On notera, par ailleurs, que le développement de cette activité est également lié à l’allongement de la durée de vie et à l’augmentation des affections lourdes et de longue durée. Mais les programmes de soins palliatifs ou encore le développement des services à la personne mis en place par les pouvoirs publics y sont aussi pour quelque chose.
Les soins à domicile étaient, au début, l’activité d’associations à but non lucratif qui, grâce des partenariats avec des médecins généralistes et spécialistes, des infirmiers, des kinésithérapeutes et aussi des psychologues, proposaient des prestations gratuites ou un tarif très accessible.
Ce concept inspiré du Home Care, développé aux USA, constitue aujourd’hui l’activité de certaines structures privées qui s’organisent pour proposer des prestations d’hospitalisation à domicile, assurer des prises en charge médico-sociales à domicile pour de nombreuses pathologies, entre autres les cancers, les maladies respiratoires, le diabète, la mucoviscidose ou les situations de dépendance comme le handicap.
Globalement, la santé à domicile comprend plusieurs types d’intervention: l’hospitalisation à domicile, les soins à domicile et le maintien à domicile… Des prestations qui se différencient notamment par rapport au degré de technicité et de médicalisation des actes pratiqués ainsi que par le statut des structures qui les prodiguent.
Les groupements structurés de médecins, d’infirmiers spécialisés et d’aides-soignants assurent donc des prestations 24h/24 et 7j/7. «Nous sommes organisés en équipes pour assurer des soins à domicile aux patients et faire le suivi des malades chroniques. Ces actes sont effectués en concertation avec le médecin traitant», avance Mohamed Benkirane, médecin urgentiste.
Les soins à domicile sont moins coûteux que l’hospitalisation…
Ces structures assurent aussi des soins infirmiers qui ne nécessitent pas une hospitalisation ou bien dans le cadre d’un suivi post-opératoire. Elles proposent aussi de traiter en mode ambulatoire les pathologies aiguës, infectieuses et chroniques et l’éducation des patients et de leur entourage en leur permettant d’améliorer la qualité de vie, de la veille clinique ou encore le relais ambulatoire des cures de chimiothérapie anticancéreuses initiées en hospitalisation de jour pour prévenir des complications et établir des bilans nutritionnels en coordination avec les services d’oncologie et le médecin traitant.
Dans un contexte économique difficile, les soins à domicile sont moins coûteux que l’hospitalisation conventionnelle même s’ils restent quand même inaccessibles pour un large pan de la population. Car, il faut souligner que tous les actes et soins à domicile ne sont pas remboursés par l’assurance maladie et les assurances privées. Les tarifs varient, en fonction de la nature des actes et de leur technicité, selon une fourchette allant de 200 à 300 dirhams pour un pansement ou le soin des escarres pour des malades grabataires à 6.000 dirhams pour des soins et un suivi des maladies lourdes.
«Une partie des dépenses est remboursée, notamment pour une consultation, un prélèvement sanguin, un vaccin ou encore une injection. Mais, par exemple une perfusion, même si elle faisait partie d’un protocole thérapeutique n’est pas automatiquement remboursée, sachant que, contrairement à la clinique, le patient prend également en charge l’achat ou la location du matériel et les consommables», indique Latéfa Hajjoui, infirmière spécialisée en soins palliatifs à domicile. Et d’ajouter que «seuls les médicaments prescrits par le médecin traitant sont remboursés.
Les soins complexes et pointus, ainsi que le maintien à domicile des patients souffrant de pathologies lourdes et longues demeurent quand même chers pour les familles dont certaines sont parfois, en raison de l’état du patient, contraintes même d’aménager une chambre clinique à la maison». En tout cas, face au développement de la demande, les prestataires sont de plus en plus nombreux à s’organiser et se doter de moyens humains et logistiques pour assurer une prise en charge de qualité.