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Mustapha Jaa: «L’éventuelle embauche des infirmières philippines relève de la propagande»

Le president du Syndicat indépendant des infirmiers a planché sur les pistes d’amélioration de la situation des infirmiers : augmentation de salaires, nouveau statut, indemnités et avantages. Des mesures à prendre pour motiver les troupes et se conformer aux normes retenues par l’Organisation mondiale de la Santé.

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Le Maroc est parmi les pays qui souffrent le plus du manque de ressources humaines dans le secteur de la santé. En particulier les infirmiers et les aides-soignants qui n’hésitent pas à partir en Europe, au Canada ou encore dans les pays du Golfe. Pour remédier à cette situation, les syndicats réclament une amélioration des conditions de travail, une augmentation des salaires et une révision des textes réglementant la profession. Mustapha Jaa fait le point…

Il y a actuellement une vague de départs des infirmiers à l’étranger. A-t-on des statistiques sur le nombre des départs ?
Il n’existe pas de chiffres officiels sur les effectifs qui ont quitté le Maroc. Cependant, au niveau du syndicat, nous estimons que 800 à 1.000 infirmiers partent chaque année et en particulier les profils expérimentés.

Cela ne peut que creuser davantage le déficit existant alors que la refonte du système de santé appelle à d’importants moyens humains…
Le Maroc est, comme d’autres pays dans le monde, confronté à une pénurie de cadres de santé et notamment d’infirmiers. On en compte 33.000 alors que nous avons en réalité besoin de 65.000 infirmiers de plus. Aujourd’hui, un infirmier exécute les tâches de trois infirmiers.
Ce qui signifie qu’il y a une lourde charge de travail surtout dans les services des urgences, réanimation, maternité et psychiatrie.

Cette surcharge de travail est l’une des raisons de leur départ. Quelles sont les autres principales causes?
L’absence de bonnes conditions de travail, l’injustice salariale, l’absence de reconnaissance du travail et des efforts fournis et enfin le vide juridique que connait la profession sont les principaux éléments qui engendrent une situation d’insatisfaction qui les poussent à partir dans des pays comme l’Allemagne ou le Canada qui leur offrent des opportunités d’évolution de carrière et des conditions motivantes de travail et de qualité.

C’est pour combler donc le déficit et compenser ces départs que le Maroc embaucherait des infirmières philippines ?
L’embauche des infirmières des Philippines est une simple déclaration unilatérale de l’ambassadeur de ce pays dans le cadre de son discours sur la main-d’œuvre philippine, toutes catégories confondues. Il n’y a pas eu de déclaration du ministère de la Santé. Au syndicat, nous considérons qu’il s’agit d’une propagande. Les Philippines est certes l’un des premiers exportateurs d’infirmières au monde, mais actuellement, il connaît également un déficit de 100.000 personnes. Les infirmières philippines émigrent pour des salaires importants et de bonnes conditions de travail, or, au Maroc, tout cela n’existe pas. Elles optent davantage pour les pays anglo-saxons qui leur versent un salaire mensuel de 4.000 à 6.000 euros.

A quand le recours au personnel étranger ?
Pour l’instant, rien n’est officiel, mais le recours à l’emploi d’infirmiers étrangers pourrait être envisagé mais ce n’est qu’une solution aléatoire, car la solution est de répondre aux revendications des infirmiers nationaux notamment augmenter leurs salaires et réglementer la profession.