Influences
Les laboratoires pharmaceutiques s’impliquent-ils suffisamment ?
Parmi les 500 médicaments orphelins existants, seul un petit nombre est disponible au Maroc. On ne dispose malheureusement pas de certains remèdes qui sauvent la vie des patients…
Depuis les années 80 du siècle dernier bien évidemment, les divers labos pharmaceutiques semblent accorder de plus en plus d’importance à la recherche de traitements pour les maladies rares. Non par objectif philanthropique, mais poussés par un certain nombre de raisons que nous nous proposons d’expliquer. Selon Tayeb Hamdi : «Il y a eu une grande avancée dans le monde, à savoir l’initiative américaine des médicaments orphelins (NDLR : l’Orphan Drug Act). Les Américains ont adopté cette notion, ce concept, pour encourager l’industrie pharmaceutique à s’investir dans la recherche des médicaments orphelins». Là, on pourrait légitimement se demander ce que l’État offrait pour encourager la recherche. «L’État, avant tout, octroie aux laboratoires des facilités, par exemple de recrutement de patients, et c’est primordial, parce qu’il n’y a pas beaucoup de patients volontaires pour réaliser les essais. Ils ont facilité les essais cliniques, la protection des brevets, en plus d’incitations financières. Les laboratoires sont donc encouragés et ont entamé de nombreuses recherches sur les maladies rares», note Dr Hamdi. Cela semble tout de même un peu léger pour encourager ces organisations à but lucratif à se remuer pour trouver des remèdes à des maladies qui concernent moins d’une personne sur 2.000. Et il y a, en effet, autre chose, toujours à en croire Tayeb Hamdi : «Ces recherches, qui aboutissent à des médicaments très onéreux, ce qui est normal, sont utiles aux laboratoires parce que, en fin de compte, quand on effectue des recherches pour un médicament concernant une maladie rare, on trouve des solutions pour d’autres maladies qui ne sont pas rares».
Des exemples s’imposent !
Comment se fait-il que des recherches menées pour des maladies précises et strictement rares puissent être utiles pour des maladies qui ne le sont pas ? Le docteur Hamdi est catégorique là-dessus : «Par exemple, les recherches sur la progéria sont utiles pour ce qui concerne le vieillissement de la population générale. Autres exemples, les recherches sur la thalassémie ont été utiles pour la drépanocytose et celles sur la cardiopathie congénitale utiles pour d’autres maladies cardiaques». Voilà qui devient intéressant. Des recherches qui concernent le vieillissement en soi… Ou utiles pour des maladies cardiaques… L’odeur des milliards de dollars ne se fit-elle pas sentir ? Et cela, tout en profitant de facilités et d’incitations financières. C’est vrai que ce ne sont pas les laboratoires pharmaceutiques qui diront non ! Et le docteur Hamdi de conclure : «La recherche sur les maladies rares permet d’ouvrir la voie vers la guérison d’autres maladies qui ne sont pas rares. Donc pour l’industrie pharmaceutique, c’est un retour d’investissement, ce qui permet, à terme, de rompre ce cercle vicieux concernant la rareté de la recherche pour ce qui est des maladies rares». Rien à dire, c’est bien pensé !
Cependant, l’existence de traitements ne signifie étrangement pas que ces traitements existent au Maroc. Un état de fait que Khadija Moussayer déplore fortement : «Parmi ces 500 médicaments orphelins existants, seul un petit nombre est disponible au Maroc. On ne dispose malheureusement pas de certains médicaments qui sauvent la vie des patients, comme par exemple ceux atteints d’angiœdèmes héréditaires ou ceux atteints des maladies du cycle de l’urée». À savoir que beaucoup de ces traitements inexistants au Maroc sont peu coûteux. Alors que dans d’autres pays du monde on parvient à forcer les laboratoires à trouver des traitements pour des maladies rares, dans d’autres pays on ne parvient même pas à réussir les mises sur le marché de traitements efficaces, existants, et pouvant sauver des vies. Qu’en penser !
