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Société

Légaliser le métier de prothésiste : Les dentistes grincent des dents…

Les prothésistes, qui ont, depuis plusieurs années, pratiqué illégalement certains actes dentaires, franchissent un nouveau pas : ils proposent une loi pour l’extension de leur champ d’intervention. Ce qui explique la rage de l’Ordre national des dentistes qui dénonce et se mobilise pour défendre sa part de marché.

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Le sourire est crispé à la fédération des syndicats des médecins dentistes. Tandis que ceux-ci peinent à faire valoir la technicité et la rigueur de leur métier, voilà que les prothésistes, travaillant jusqu’ici en laboratoire sur prescription médicale, tentent d’arracher une part du fauteuil…à coups de proposition de loi.

En effet, l’Association des spécialistes en santé bucco-dentaire réclame une légitimité nouvelle, bousculant ainsi l’ordre établi en proposant une loi qui légaliserait l’exercice direct de leur activité auprès des patients. L’association avance que les prothésistes ne veulent plus rester les petites mains invisibles, reléguées au rang de simples exécutants.

S’inspirant de modèles étrangers (Canada et Europe), ils veulent traiter directement avec les patients sans passer par une ordonnance du dentiste. Bref, ils veulent arracher une part de marché.

Appuyant leur demande, ils revendiquent une expertise, une maîtrise des matériaux et un savoir-faire technique incontestable qui leur permet, avec une formation continue, de sortir du rôle de simple technicien de laboratoire pour devenir un acteur autonome dans la chaîne des soins dentaires.

La proposition de loi ambitionne d’encadrer le métier en imposant des critères précis. Ainsi, pour l’association le prothésiste doit être titulaire d’un diplôme validant une formation qualifiante au métier d’au moins une année. Le titulaire du diplôme doit être âgé de plus de 25 ans.

Son activité consiste à recevoir les patients, prendre les mesures de sa bouche et ses dents, fabriquer et réparer les prothèses partielles ou totales, remplir la fiche de traitement et les certificats.

Il doit disposer d’un local conforme aux normes de sécurité sanitaire et répondant aux conditions d’hygiène buccale. Cependant, il lui est interdit de mandater un autre professionnel pour effectuer le travail et de faire de la publicité des services fournis. Notons qu’à ce stade, il ne s’agit que d’une proposition soumise au ministère de la Santé et de la protection sociale, qui n’a encore pas été injectée dans le circuit législatif. Mais le débat est ouvert.

Le nerf est à vif…
Pour les médecins dentistes qui dénoncent, depuis plusieurs années, l’exercice illégal de la médecine dentaire, l’ouverture de la profession aux prothésistes serait comme «une attaque frontale à leur monopole». Celui-ci est pourtant stipulé par la législation, notamment le Dahir de 1960 et la loi 07-05 relative à l’Ordre national des médecins dentistes.

Selon la profession, le rôle de prothésiste est de confectionner les prothèses sur prescription du dentiste. Ainsi, la prise d’empreinte, l’adaptation et la pose d’appareils relèvent de l’art dentaire qui est soumis à une formation rigoureuse garantissant la sécurité des patients.

La délégation de ces actes serait exposer les patients à des risques d’infection, ou de gestes inappropriés compromettant la santé buccodentaire. Pour les chirurgiens-dentistes, le prothésiste n’a ni la formation médicale ni la compétence clinique pour poser un diagnostic ou effectuer un acte sur un patient. Elargir leurs compétences équivaut, selon certains praticiens, «à une grave entaille dans les principes de la sécurité sanitaire».

Cette proposition de loi, selon la fédération des syndicats des médecins dentistes, serait alors une carie de plus qui vient fragiliser le secteur qui souffre déjà des soins low-cost. Il faut retenir que derrière cette bataille professionnelle une réalité apparaît : dans l’ombre des cabinets dentaires, des pratiques illégales se développent.

Certains prothésistes reçoivent et traitent des patients, sans prescription médicale, en proposant des tarifs défiant toute concurrence. Dans le secteur, on avance qu’un dentier complet est proposé entre 2.000 et 4.000 dirhams contre un dentier complet amovible facturé à 6.000 dirhams par arcade chez un dentiste.

Pour une couronne par exemple, le coût dans un laboratoire se situe entre 400 et 1.300 dirhams. Au cabinet, le tarif payé va de 3.000 à 6.000 dirhams. Faire appel directement à un prothésiste permet certes de payer seulement le travail du laboratoire, néanmoins l’intervention du dentiste, donc la partie clinique, est toujours nécessaire pour l’examen, la prise de l’empreinte, la pose et le suivi.

Aujourd’hui, la proposition de la loi fait sauter les plombs dans le secteur qui connaît une grande concurrence, jugée déloyale par l’ONMD, entre prothésistes et chirurgiens dentistes. Ces derniers dénoncent même «un détournement de la patientèle». Ils se mobilisent donc contre «la pratique illégale pour la défense de légalité de l’exercice de la profession et la sécurité des patients».

Dans son communiqué, la corporation condamne fermement ces pratiques et une éventuelle extension du champ d’activité du prothésiste. L’ONMD a adressé plusieurs courriers aux walis et gouverneurs, les alertant sur les dangers de la persistance de ces pratiques anarchiques, en particulier dans des locaux connus sous le nom de «fabricants de prothèses dentaires» ou autres, «où des citoyens sont reçus pour des traitements pseudo-médicaux réalisés dans une illégalité flagrante et au mépris des règles déontologiques de la profession».

Ces pratiques, peut-on lire dans le communiqué, «ont causé des incidents dramatiques : décès dus à l’utilisation de produits anesthésiants falsifiés ou périmés, surdosages administrés de manière aléatoire, cas d’handicaps permanents ou de maladies infectieuses contractées dans des conditions d’hygiène déplorables».

L’Ordre national des médecins dentistes appelle même à une action urgente et ferme des autorités locales pour fermer les locaux des illégaux non autorisés et sanctionner tout prothésiste dentaire dépassant le cadre de son autorisation, qui se limite à la fabrication de prothèses sur prescription du médecin dentiste.