Société
Géoparc Jbel Bani : Immersion dans un sud authentique
Dar Infiane, le campement de Tissint et la maison Chez Lahcen incarnent l’hospitalité durable du Géoparc Jbel Bani. Des sites naturels et historiques – karsts, gravures rupestres, kasbahs et greniers collectifs – composent un patrimoine exceptionnel dans la localité. Ce territoire entend devenir un modèle de tourisme responsable et créateur d’emplois.
A l’écart des circuits classiques, le Sud marocain recèle des trésors insoupçonnés. Au cœur du Géoparc Jbel Bani, vaste territoire de 120.000 km² qui s’étend de Zagora à Tan-Tan, le voyage prend des allures d’odyssée entre patrimoine millénaire et tourisme durable.
Ici, tout raconte une histoire : la pierre, l’oasis, les maisons restaurées, et les voix de ceux qui ont choisi de bâtir un modèle différent, respectueux de la nature et des hommes.
Dar Infiane, la première pierre
À Tata, perchée sur un tertre surplombant la palmeraie, la maison d’hôtes Dar Infiane est plus qu’un lieu de séjour : c’est une vision. Quand Patrick Simon, président de l’Association marocaine de développement du Géoparc Jbel Bani, la découvre au début des années 2000, ce n’était qu’une ruine.
Vingt ans plus tard, la bâtisse labyrinthique aux neuf chambres et multiples patios est devenue un symbole d’hospitalité durable. Matériaux traditionnels, esthétique amazighe, vue imprenable sur la palmeraie : tout ici incarne l’esprit du lieu.
Label Clef Verte en poche, Dar Infiane est aujourd’hui une référence pour ceux qui veulent conjuguer confort et écologie, dans le respect des savoir-faire ancestraux.
Pour Simon, il s’agit dès le début, à travers cette première pierre dans cette contrée, de démontrer qu’en misant sur les ressources locales – humaines, culturelles et naturelles –, il est possible de transformer une région en laboratoire d’écotourisme et en pôle de résilience économique, «Cette maison d’hôtes n’est pas qu’un hébergement.
Elle est le manifeste d’une philosophie : allier confort et durabilité, montrer qu’on peut accueillir des visiteurs sans trahir l’environnement ni l’authenticité», expose le propriétaire de l’établissement touristique. Ainsi, pour beaucoup, c’est ici que s’est posée la première pierre du projet de géoparc.
Tissint, le bivouac des étoiles
Plus loin de Dar Infiane, niché dans le magnifique canyon de l’Oued El Moussi, à plus d’une cinquantaine de kilomètres de Tata, le Campement Akka Nait Sidi offre une immersion hors du temps.
Quatorze khaïmas traditionnelles en poils de chèvre et de dromadaire, un espace troglodytique, un bassin de rafraîchissement : tout y est pensé pour une expérience de déconnexion totale. Pas d’électricité, si ce n’est les panneaux solaires pour l’eau chaude. La soirée se vit au rythme des palabres autour du feu et d’un repas traditionnel.
Dans ce décor désertique à couper le souffle, l’écotourisme prend un sens tangible : sobriété, authenticité et communion avec la nature. Ainsi l’expérience y est autant humaine que naturelle.
À Tissint toujours, une autre halte raconte une autre facette du développement durable. La maison d’hôtes Chez Lahcen, éco-construite en 2008 avec terre, bois et pierre locaux, prouve que les techniques anciennes sont d’une modernité saisissante.
Pas de climatisation, mais une fraîcheur naturelle grâce à l’intelligence thermique des matériaux. Avec ses quatre chambres, ses patios et ses terrasses donnant sur l’oasis, ce lieu conjugue confort et authenticité. Le voyageur y découvre aussi une cuisine familiale, généreuse, qui prolonge l’expérience de l’hospitalité locale.
Sites à ciel ouvert
Le Géoparc Jbel Bani n’est pas qu’un réseau d’hébergements. C’est d’abord une terre d’histoire. Les karsts d’Imitek, formations géologiques reconnues à l’échelle mondiale, fascinent par leurs paysages sculptés. Plus au sud, les gravures rupestres d’Oum El Aleg, datées de 7.000 à 3.000 ans avant J.-C., offrent un voyage à travers le temps, témoignage de civilisations anciennes.
À Akka, le minaret de l’ancienne mosquée Lalla Baytou Allah, vestige almohade du XIIe siècle, domine un paysage où cohabitent mémoire juive et mémoire musulmane. Mellah ancien, cimetière juif : les lieux racontent la coexistence harmonieuse des communautés. Non loin, le village d’Agadir Ouzrou, perché sur sa falaise, dévoile ses façades restaurées face à la rivière.
Chaque étape de ce périple illustre la richesse d’un territoire où le patrimoine est autant naturel que culturel. À Tissint, la kasbah, les cascades salées d’Aatiq ou les anciennes salines de Tihrite évoquent le temps des caravanes et des échanges subsahariens.
À Aït Kine, le grenier collectif toujours en activité rappelle l’ingéniosité des communautés rurales, garantes d’une organisation sociale millénaire. Sur la route de Tagmout, le canyon de l’Oued Tata, digne d’un petit Grand Canyon, impressionne par son ampleur géologique.
Vers un tourisme durable et porteur d’emplois
Au-delà du patrimoine, le Géoparc Jbel Bani porte une ambition économique et sociale. Pour Simon, l’enjeu dépasse en effet la seule mise en valeur touristique: il s’agit d’ériger un modèle soutenable, conjuguant économie locale, emploi des jeunes et préservation patrimoniale.
Avec 300 établissements hôteliers, 75 circuits numérisés et une perspective de 30.000 emplois locaux à terme, il s’agit d’un véritable laboratoire du tourisme durable. Ici, la vision n’est pas de transformer le territoire, mais de le révéler, en valorisant ce qu’il a de plus authentique : ses paysages, ses traditions et ses habitants.
En redonnant vie à une ruine, en créant des campements respectueux de la nature ou en bâtissant des maisons écologiques, Simon et ses partenaires ont en effet ouvert une voie : celle d’un tourisme différent, porteur de sens.
Le Géoparc Jbel Bani devient ainsi un laboratoire vivant, où tradition et modernité se conjuguent pour offrir aux visiteurs un voyage hors du temps et aux habitants une nouvelle perspective d’avenir, mais qui ne saurait se concrétiser sans une volonté politique claire et assumée. Car la question dépasse le seul cadre de l’initiative privée.
Elle s’inscrit aujourd’hui dans un contexte où les nouvelles orientations du développement territorial et de l’équité régionale changent la donne. Ces lignes directrices, rappelées avec force dans les discours royaux et traduites dans les plans stratégiques nationaux, ouvrent la voie à la valorisation de richesses longtemps invisibles et de potentialités restées inexploitées.
Tata et sa région, longtemps perçues comme périphériques, sont appelées à devenir des pôles de développement à part entière. Le patrimoine naturel, culturel et humain y est immense.
La dynamique enclenchée par le Géoparc Jbel Bani se trouve ainsi en parfaite résonance avec les ambitions nationales : réduire les disparités, renforcer l’attractivité et inscrire chaque territoire dans un modèle de croissance équilibré et inclusif.
