Société
Fkih Zouiten, une école avec l’épithète «pionnière»
Avoir des établissements scolaires publics qui n’ont rien à envier au secteur privé. C’est l’objectif, à terme, d’une révolution qui s’opère progressivement à travers le projet «Écoles pionnières». Visite.
En entrant dans cet établissement scolaire de Casablanca, tout surprend. Agréablement s’entend.
L’endroit est tellement accueillant qu’il donne envie de revenir à la petite enfance. La cour, 1.265 m2 sur une superficie totale de 4.023 m2, est d’une propreté impeccable.
La verdure a droit de cité tout autour, avec, en plus, un terrain de sport mitoyen d’une aire de jeux pour les enfants de la maternelle. Et de maternelle, justement, l’établissement compte deux salles de préscolaire qui reçoivent 28 chérubins de quatre à six ans, pris en charge par une association, soutenue à hauteur de 50.000 dirhams par an par l’État.
C’est dire qu’il y a de quoi rendre jaloux les opérateurs privés du secteur de l’enseignement ! Bienvenus dans l’école primaire Fkih Zouiten.
De la forme au fond
Relevant de la Direction provinciale d’Anfa, elle a aussi ceci de particulier : que son premier étage donne sur l’océan et en balayant le périmètre le regard tombe sur la majestueuse Mosquée Hassan II. Ici, ce sont 240 élèves, encadrés par sept instituteurs, qui y suivent leur cursus de la première à la sixième année. Ici, la craie n’a pas droit de cité. Le corps enseignant, qui a suivi des sessions de formation spéciale au mois de juin, se sert de rétroprojecteurs comme outil. Et le tableau vert a cédé la place à un écran.
Côté pédagogique, l’on se base sur l’approche TaRL (Teaching at the Right Level), en partant de la lettre au paragraphe, en passant par le mot, pour l’enseignement des langues. Avec un focus sur trois matières, à savoir la langue arabe, la langue française et les mathématiques.
L’objectif étant de préparer l’élève de manière basique et progressive avant de rejoindre les classes de manière normale. Mais il aura déjà acquis l’essentiel pour bien mener son parcours scolaire.
L’école, construite en 1980, après avoir subi un relifting total, fait partie des 13 «Écoles pionnières» d’Anfa, alors qu’on avait entamé l’expérience l’année dernière avec 4 établissements seulement, nous indique Mohamed Moukrim, inspecteur au niveau de la direction provinciale.
Les enseignants disposent tous d’ordinateurs portables. De même, outre les salles de classe, l’école dispose d’une salle multimédia, d’une bibliothèque, des installations sanitaires, etc.
Enfin, tout ce qu’il faut pour que «l’expérience apprentissage se déroule dans les meilleures conditions».
L’état d’esprit des élèves en a ressenti des effets positifs, d’autant plus qu’ils sont plus motivés et font preuve de davantage d’implication, nous dit, enthousiaste, Khadija Zerouali, enseignante dans cet établissement.
En effet, le processus a été déclenché suite à des «tests personnalisés et adaptés à chaque élève et sur la base desquels un système de soutien a été instauré prenant en compte le profil ainsi que les aptitudes de chacun».
En fait, tout a été pensé pour assurer un environnement épanouissant, et pour les élèves et pour les enseignants, nous dit, non sans fierté, le directeur de l’école, Mustapha Naji.
Et puis, signe tout aussi particulier, l’inspecteur a un rendez-vous hebdomadaire avec cette école pour s’enquérir de la situation de l’établissement, histoire de s’assurer du respect des objectifs et des programmes relatifs au label «École pionnière» tel que cela a été instauré pour la mise en œuvre de la «Feuille de route 2022-2026 pour une école publique de qualité pour tous».
Maintenant, sur fond des acquis d’ores et déjà engrangés, l’on devrait s’attendre à voir d’autres établissements scolaires rejoindre la liste des «Écoles pionnières» lors de la rentrée prochaine. C’est que dans les différentes écoles de cette direction provinciale, l’on est à pied d’œuvre pour être au diapason des exigences de ce programme «innovant».
Un programme pour le moins ambitieux dont la mise en œuvre a débuté au niveau de 626 écoles primaires pour s’élargir à 2.626 à l’entrée scolaire 2024-2025. Et ce sont 1.300.000 élèves qui en bénéficient. Mais on ne s’arrêtera pas là.
Au département de l’Éducation nationale, on vise la généralisation de ce projet pour couvrir 8.630 établissements primaires à l’horizon de l’année scolaire 2027-2028.
L’objectif étant d’améliorer les apprentissages des élèves. N’en déplaise à certains, il n’est pas étonnant que le constat ait été fait quant au niveau des élèves relevant de ces écoles.
À non point douter, «ça» performe. Le niveau des 320.000 qui y évoluent en est la démonstration. En langue arabe, l’élève moyen de ces établissements dépasse 69% des élèves de la catégorie des pays comparables. Mieux encore. En mathématiques, l’élève moyen surpasse 90% des élèves du groupe de comparaison et 80% en langue française.
Or, au fur et à mesure que cette expérience évolue, l’on pourrait tabler sur davantage d’acquis. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la greffe est en train d’être appliquée au niveau collégial.
ZOOM
La direction provinciale d’Anfa compte 13 établissements scolaires primaires et 2 collèges relevant du projet «Écoles pionnières».
Et ce sont quelque 2.686 élèves et 410 collégiens qui sont concernés.
Côté encadrement, on décompte 103 enseignants du primaire et 24 de l’enseignement collégial qui ont tous bénéficié de formations adéquates pour les préparer à ce nouveau modèle qui est appelé à s’élargir jusqu’à sa généralisation. Et on n’a
pas lésiné sur les moyens.
En effet, rien que pour l’équipement, le budget alloué a été de plus de 1,3 million de dirhams pour 2023 et qui est monté à plus de 6,5 millions de dirhams en 2024.


