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Société

Enfin des centres de sport de proximité : 100 d’ici 2011, 1 000 en 2016

25 centres socio-sportifs de proximité ouvriront leurs portes au cours des prochaines semaines.
Des espaces intégrés pourvus d’un minimum d’équipements, avec un terrain omnisport ou une piscine comme infrastructure de base.
Le coût varie de 500 000 DH à  5 MDH, financés conjointement par le ministère de tutelle et les collectivités locales.

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Des Centres socio-sportifs de proximité (CSP)? Depuis le temps qu’on en entend parler c’était devenu un peu le mythe. Le concept cher au ministre de la jeunesse et du sport, Moncef Belkhayat, est peut-être sur la bonne voie cette fois-ci. Mercredi 21 avril, une visite du chantier de Benslimane montre que les travaux en sont au stade de la finition. Reste seulement la pose du gazon artificiel, l’aménagement des espaces verts et l’installation des différents équipements du centre. Réalisé en 6 mois sur un terrain de 5000 m2 , le centre sera inauguré, selon le ministère, dans les prochaines semaines. Comme prévu sur la maquette et le plan dressé par le ministère de Belkhayat, ce centre est composé d’une maison de jeunes, d’une crèche, d’une salle polyvalente (gymnastique, aérobic, danse…), de deux vestiaires, de deux boutiques de commerce, d’une cafétéria, d’un dépôt pour matériel et d’un terrain omnisport gazonné et éclairé. Capacité d’accueil du centre : 1 000 personnes. Le centre de Benslimane ainsi achevé sera l’un des 25 premiers CSP dans le programme de 2009 construits dans 25 régions du pays, celles qui en ont un besoin urgent. Cinq sont en phase finale (outre celui de Benslimane, il y a ceux de Salé, Kénitra, Haouz, Berrechid et Settat). Les travaux dans 80 autres CSP seront lancés en mai prochain et s’achèveront au début de l’année 2011. Et si l’on en croit le plan d’ensemble du ministère, un millier de centres éparpillés sur tout le territoire national seront construits à l’horizon 2016. Ces centres se veulent des espaces intégrés pourvus d’un minimum d’équipements, avec un terrain omnisport ou une piscine comme infrastructure de base (voir encadré). Les jeunes ne seront pas servis de la même manière, car certains CSP seront dotés de toutes les infrastructures nécessaires, d’autres moins, car tout dépend de la situation géographique (urbaine, périurbaine ou rurale).
Il va sans dire que le budget que nécessite la construction d’un CSP est fonction de sa superficie, de la qualité de ses installations et de l’importance de ses équipements. Les 25 centres lancés en 2009 et qui ouvriront leurs portes cette année appartiennent tous au type B, l’enveloppe budgétaire de chacun varie de 4 à 5 MDH. Les 100 centres à réaliser cette année nécessiteront chacun une enveloppe allant de 500 000 DH à 5 MDH. Quelques questions s’imposent cependant : sur quels terrains le ministère de la jeunesse et du sport (MJS) va-t-il construire ces 1 000 CSP à l’horizon 2016 ? D’où proviendront les fonds ? Qui va gérer ces centres ? le ministère lui-même ? le secteur privé ?

Selon son importance, un CSP coûtera entre 500 000 DH et 5 MDH

En ce qui concerne les terrains, le MJS c’est associé aux collectivités locales. Ces dernières disposent en effet d’une assiette foncière non négligeable. Pourquoi ne pas en faire profiter un ministère qui en a vraiment besoin pour encadrer les 16 millions de jeunes du Maroc ? Des quartiers et des villes sans infrastructures socio-sportives ne seront que misère et désolation pour une jeunesse qui ne trouve pas où s’exprimer. Ce genre d’installations ne sont-elles pas dans tous les pays du monde du ressort des collectivités locales ? Ainsi, sauf pour les 25 premiers CSP qui sont comme celui de Benslimane érigés sur des terrains appartenant au MJS, tous les autres «seront bâtis sur des terrains que le ministère a récupérés gratuitement des collectivités locales, qu’on rajoute à l’actif des terrains et du foncier du ministère», précise M. Belkhayat.
C’est ainsi que 60 ha de foncier ont été ainsi récupérés en 2010 par le ministère de la jeunesse et des sports où seront bâtis la centaine de CSP. Et le ministre d’ajouter : «Cela ne nous empêchera pas de céder nous-mêmes d’autres terrains relevant du patrimoine du ministère pour pouvoir accélérer la dynamique».
Sur cette question de foncier, justement, une polémique a, rappelons-le, opposé le ministre à certaines associations de jeunesse qui accusaient ce dernier de «brader» au privé le patrimoine foncier et immobilier du ministère. Certaines ONG avaient même appelé à freiner «les écarts gravissimes du ministre». Ce dernier avait, à l’époque, tenu à mettre les points sur les i en précisant qu’il comptait bien céder des terrains dont il n’avait pas besoin «à des entreprises publiques à travers la Direction des domaines et bien sûr avec l’aval du Premier ministre pour le réinvestir dans le même secteur».
Pour mieux défendre sa politique des CSP, Moncef Belkhayate met en balance ce qui a été obtenu : «Il ne faut pas oublier que, grâce au projet de Centres sportifs de proximité, nous avons pu avoir plusieurs dizaines de terrains de la part des collectivités locales et des communes. Ces terrains ont intégré le stock foncier du ministère».
Question importante, d’où proviendra l’argent pour la construction de ces 1000 CSP ? La question mérite d’être posée, dans la mesure où l’enveloppe réservée au ministère ne dépasse pas les 0,72% du budget général de l’Etat. Cette faiblesse, note la feuille de route 2010-2016 du ministre Belkhayat, «se traduit sur le terrain par un faible encadrement des jeunes, une mauvaise gestion des infrastructures, ainsi qu’une démotivation des délégués provinciaux». Alors ? Là encore l’astuce est trouvée. Sauf pour les 25 CSP quasiment achevés, financés à 100% par le ministère (ce qui coûte quand même la coquette somme de 100 MDH, alors que tout le budget du MJS est de 1,3 milliard de dirhams), les 100 CSP de 2010 seront financés à moitié par le ministère, «l’autre moitié provient d’un montage financier entre la collectivité locale, la région et l’INDH», affirme le ministre (voir entretien). Ce même montage, sauf surprise, sera suivi par la construction de tous les autres CSP à venir.

La gestion des 25 premiers CSP sera testée en interne dans la perspective de les concéder à des associations

Reste la question épineuse de la gestion de ces centres. Les 62 délégations provinciales (services extérieurs du ministère) auront-elles suffisamment d’effectifs et de compétences en termes de ressources humaines pour gérer ces nouvelles infrastructures ? Le MJS est un département à forte vocation sociale et citoyenne, et les activités d’animation de ces CSP se doivent d’insuffler aux jeunes, qui sont censés en profiter, un esprit de citoyenneté et d’engagement social, donc une expérience et des compétences sont nécessaires. Excepté les 25 CSP «qui seront gérés en interne par le ministère, les autres seront confiés à des partenaires externes», précise Hana Lakhdar Ghazal, conseillère du ministre.
La gestion des 25 premiers centres, rectifie le ministre, sera seulement «testée en interne» dans la perspective, si tout va bien, de «les concéder aux associations sportives et aux associations de jeunesse», selon un appel à manifestation d’intérêt et sur la base d’un cahier des charges bien précis. Pour conclure, ces CSP s’inscrivent, bien entendu, dans la nouvelle stratégie 2010-2016 élaborée par M. Belkhayat qui a pour credo d’instaurer une politique éducative de proximité et de qualité, l’élaboration d’une Charte nationale pour la jeunesse, et de sauver le sport national des résultats médiocres que le Maroc ne cesse de récolter sur le plan international. Mais cette politique et cette stratégie aussi ambitieuses qu’elles puissent paraître, sont critiquées de par la manière dont elles sont menées. Abdelmaksoud Rachdi, président de l’Union des organisations éducatives marocaines, qui regroupe huit ONG, considère que «cette politique des CSP n’est pas nouvelle, le ministre ne fait que l’appliquer et la concrétiser, mais on ne peut qu’applaudir car c’est une valeur ajoutée pour les jeunes». Mais il tient à préciser qu’il y a aussi d’autres lieux de proximité qui doivent retenir l’attention du ministre, «comme le sport de quartier et le sport scolaire, les centres socioculturels où il y a un vide immense.
Les espaces de jeunes existants manquent d’équipements élémentaires comme le téléphone et l’internet. Nous demandons la modernisation des maisons de jeunes et les centres d’animation et de formation socioculturelles, comme le centre de Bouznika».