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Société

Centre Zawaj Maroc : Ces unions sur mesure qui ne doivent rien au hasard…

Au Maroc, les rencontres en vue du mariage changent de codes. Avec l’unique agence matrimoniale du pays, l’union se construit désormais entre accompagnement professionnel, matching personnalisé et suivi dans le temps. Des mariages sérieux et au plus près des attentes.

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Dans un pays où les rencontres se font souvent encore par le cercle familial ou amical, elle a osé professionnaliser l’art du «mariage arrangé». Zoubida Bekkali a choisi une autre voie.

Depuis 2015, cette femme voilée au parcours atypique (enseignante, puis directrice de cabinet à la préfecture de Ouazzane, assistante sociale…) a fait de son instinct de «marieuse» un métier à part entière.

Rebelle dans sa jeunesse, refusant à plusieurs reprises le mariage pour elle-même, elle avait déjà ce talent instinctif pour repérer les compatibilités, elle unissait pourtant sans effort les autres : son grand frère, quelques amies, sans imaginer un jour en faire son métier. Elle ignorait aussi qu’elle posait les premières pierres de ce qui deviendrait la première et unique agence matrimoniale du pays.

Guidée par son intuition et par l’observation d’une société en pleine mutation, elle fonde le Centre Zawaj Maroc. Une entreprise pionnière dans un domaine souvent tabou, mais qui répond à une demande croissante de relations sérieuses. Aujourd’hui, son agence fonctionne comme une petite fabrique de rencontres sur mesure.

Cinq matchmakers, qu’elle préfère appeler coaches, y travaillent à plein temps. Leur mission : écouter, décoder les attentes, rassurer et surtout mettre en relation des profils compatibles, qu’ils soient jeunes actifs en quête de stabilité, quadragénaires célibataires endurcis, divorcés ou personnes plus âgées souhaitant reconstruire un foyer.

Le cœur de leur outil est une base de données minutieusement construite, enrichie au fil des années pour compter actuellement quelque 250.000 personnes. «L’agence se veut loin des rencontres rapides et volatiles. Ici, on travaille pour des relations durables et sérieuses.

On apprend à cerner les adhérents et on les accompagne jusqu’à la demande au mariage», explique Bekkali. Et de résumer son métier en une phrase : «Nous ne vendons pas des rêves, nous facilitons des unions réalistes et durables».

«Nous ne sommes pas la “khattaba” d’antan !»
Et derrière ce modèle unique au Maroc, une conviction : le mariage n’est pas une question de hasard, mais de rencontre guidée dans le respect et la discrétion. Parfois, les jeunes préfèrent même cacher à leurs parents qu’ils se sont rencontrés via l’agence. Comment cela se passe-t-il alors ? Qui fait appel à l’agence et combien ça coûte ?

La porte d’entrée est simple : les personnes intéressées contactent l’agence en ligne ou se présentent directement. Elles déposent un dossier, et après vérification de la pièce d’identité par un service appelé «service technique», rendez-vous est pris pour un long entretien exploratoire, sans durée définie.

L’objectif : recueillir le maximum d’informations personnelles, comprendre le profil recherché, les exigences, les valeurs, les projets de vie… Autant d’éléments qui permettent de bâtir un dossier complet, présenté ensuite à l’autre partie.

Si les deux profils s’alignent, l’agence organise un premier rendez-vous, toujours dans un lieu public ou dans ses propres locaux, selon des règles très strictes. Une période d’un mois est ensuite accordée pour permettre aux deux prétendants d’apprendre à se connaître.

Durant cette période et avant les fiançailles, «il est strictement interdit de faire des cadeaux ou donner de l’argent pour éviter des escroqueries ou autres comportements douteux», expliquent les matchmakers, qui soulignent avoir aujourd’hui, grâce à leur expérience sur le terrain, «suffisamment de flair pour détecter les profils sérieux. Et si nous avons des suspicions, on arrête le processus de rencontres».

Ce n’est qu’après cette phase de première rencontre (si tout se déroule bien) que vient la rencontre des familles, souvent décisive. Parfois, l’aventure s’interrompt ici, faute d’entente.

Si au contraire la prise de contact entre les familles se déroule bien, l’agence accompagne le futur couple jusqu’à la contraction de l’acte de mariage. Ce après quoi le dossier est alors clôturé. Selon l’Agence, ce sont 200 mariages qui sont contractés annuellement.

Ce service a un coût qui varie de 2.500 à 15.000 dirhams, en fonction notamment du niveau intellectuel, de la situation financière et des besoins d’accompagnement des candidats.

Le mode de paiement est flexible, dans la mesure où les candidats au mariage peuvent verser la totalité du montant ou alors payer par tranche. Le traitement d’un dossier s’étend de un à six mois, avec parfois des prolongations demandées par les matchmakers si ces derniers estiment qu’il faut encore du temps pour cerner les profils et les accompagner pour dépasser certains points d’achoppement.

La clientèle est extrêmement variée : de 18 à 70 ans, cadres supérieurs, ingénieurs, médecins, avocats, mais aussi des personnes de milieux modestes et des femmes au foyer.

L’agence accompagne autant les mariages entre Marocains que les mariages mixtes entre Marocaines et des ressortissants des pays du Golfe, des Européens et, phénomène plus récent, de plus en plus de Chinois et d’Africains.

Pour accompagner cette tendance des mariages mixtes, Centre Zawaj Maroc vient de signer deux partenariats avec deux agences : l’une en France et l’autre en Chine.

Le concept semble aujourd’hui séduire de plus en plus de personnes et est accepté par les familles. «Nous avons plusieurs cas où les parents viennent avec leurs enfants, filles ou garçons, pour ouvrir un dossier.

Actuellement, nous avons le cas d’un père qui accompagne son fils, ingénieur, car il dit que vu le rythme de son travail, celui-ci n’a pas le temps de faire des rencontres en vue de se marier», indique-t-on au Centre. Autre exemple cité : «Une jeune fille, qui vient de se marier, venant inscrire sa maman, car elle ne veut pas que celle-ci reste seule».

Conseil conjugal et suivi post-mariage…
Une chose est sûre : Bekkali refuse d’être assimilée à la «khattaba» d’antan. Pour se démarquer du modèle traditionnel, elle a mis en place plusieurs services innovants : formation, préparation au mariage, et surtout un suivi d’un an après l’union, destiné à consolider les couples et prévenir les divorces précoces.

Sa philosophie est claire : le mariage n’est pas un hasard, mais un projet qui se construit, s’accompagne et se protège.

Coaching matrimonial, matchmaking personnalisé et conseil conjugal sont les trois services mis en place par l’agence , il y a un peu plus d’une année, pour accompagner sa clientèle.

Les séances de coaching personnalisé permettent un accompagnement spécifique, explique l’équipe du Centre Zawaj Maroc, «pour préparer le couple à la vie conjugale.

Cet accompagnement porte sur le développement personnel, le coaching psychoémotionnel et la communication». Service exclusif, «le matchmaking personnalisé utilise des méthodes basées sur la compatibilité et les valeurs pour trouver le partenaire idéal qui correspond aux attentes de l’autre».

Ce qui n’est pas toujours aisé, indique Bekkali, «car souvent, il faut expliquer aux personnes qu’il est nécessaire de faire des concessions et qu’on ne peut pas tomber sur le partenaire idéal». Enfin, le conseil conjugal est destiné aux couples mariés pour renforcer les liens et résoudre les conflits.

Pour la petite histoire, ce service a été mis en place suite à la séparation d’un jeune couple qui, faute de communication, a choisi de faire intervenir la famille.

«L’appel à la famille n’a fait qu’envenimer la situation et a entraîné le divorce pour des raisons futiles !», déplore la fondatrice de l’agence, qui reste convaincue que «l’intervention d’une partie tierce externe à la famille a plus de chance de réussir la réconciliation».

Le conseil conjugal s’appuie sur des techniques de médiation et de thérapie de couple. Ce suivi post-mariage s’étend sur la première année de mariage.

Globalement, les matchmakers du Centre dégagent les tendances actuelles des exigences de leurs clients. Ainsi, les hommes ont de plus en plus tendance à choisir des femmes au foyer ou encore des femmes portant le voile.

Autre tendance marquée : les unions polygames sont de plus en plus demandées et particulièrement par des hommes conservateurs dont certains viennent, explique Bekkali, «accompagnés par la première épouse. Pour l’anecdote, une femme nous a dit qu’elle voulait absolument participer au choix de la deuxième femme pour la stabilité de la famille».

Concernant les jeunes filles et les femmes, deux exigences sont primordiales : le refus de participer financièrement et d’habiter chez la belle-famille. Ensuite, il y a celles qui veulent un mari riche ou encore un partenaire non marocain, notamment originaire des pays du Golfe ou européens.