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Société

Aide à domicile pour seniors : Un soutien pour les familles mais à quel prix ?

De plus en plus de Marocains confient leurs parents à des structures spécialisées dans l’accompagnement, l’aide et les soins pour personnes âgées à domicile. À quoi peuvent-ils s’attendre ? Éléments de réponse.

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Que faire lorsque nos parents perdent leur autonomie ? Il est difficile de répondre à cette question tant elle est lourde de sens culturellement. Najoua ne savait d’ailleurs pas quoi faire.

Sa maman, enseignante à la retraite, âgée de 70 ans, est depuis peu atteinte de la maladie de Parkinson. «Ma mère n’est clairement plus autonome, elle a besoin d’une aide constante 24h /24.

J’ai alors embauché plusieurs femmes de ménage pour lui tenir compagnie et l’aider dans ses tâches quotidiennes mais aucune n’a pu satisfaire ma mère. J’ai même décidé de ne plus faire appel à elles lorsque ma mère a chuté dans les escaliers», raconte cette jeune cadre rbatie. Après avoir fait une petite recherche sur internet, Najoua a finalement trouvé ce qu’elle cherchait : une entreprise d’aide à domicile pour personnes âgées.

Reprendre goût à la vie
Au Maroc, jusqu’à peu, il était inconcevable de confier nos seniors à des structures spécialisées, voire à des maisons de retraite. Mais depuis quelques années, des entreprises spécialisées dans l’aide à domicile pour personnes âgées voient le jour au Maroc et répondent à un besoin bien réel. Face aux changements sociologiques majeurs qui ont bouleversé les structures familiales au Maroc, les familles sont de plus en plus réduites et se nucléarisent.

Ce qui rend difficile pour les héritiers de prendre soin de leurs parents en perte d’autonomie. «Notre clientèle est composée essentiellement de Marocains, qui appartiennent essentiellement à la classe moyenne supérieure. Nous avons aussi des résidents à l’étranger dont les parents sont restés au pays et qui ne peuvent pas s’occuper d’eux», nous renseigne Ilham El Khatibi, directrice et fondatrice de Seniors Maroc Care, entreprise spécialisée dans l’aide à domicile pour personnes âgées.

Ilham El Khatibi s’est lancée en 2017 dans cette activité, après avoir constaté le manque criant de ce type de structures dans le Royaume. «J’ai moi-même été confrontée à cette situation. Ma mère est très âgée et est atteinte d’Alzheimer. J’ai donc décidé d’ouvrir ce type d’entreprise pour venir en aide aux enfants de ces personnes âgées qui se trouvaient dans une situation peu enviable», raconte-t-elle. Basée à Casablanca, son entreprise opère dans tout le Maroc et fournit des prises en charge personnalisées et multidimensionnelles. Ilham propose ainsi plusieurs packs à sa clientèle : «Nos services incluent des soins infirmiers spécialisés après une hospitalisation, des activités pour lutter contre l’isolement, telles que des sorties accompagnées, la lecture, les jeux de cartes, ainsi que des services pour les assister dans les activités essentielles de la vie quotidienne, tels que l’hygiène personnelle, le bain, ainsi que des services pratiques, tels que le ménage léger, la préparation des repas, les courses, le répit et la gestion des médicaments». Plus que de l’accompagnement, les séniors ont surtout besoin de reprendre goût à la vie. L’empathie est donc essentielle dans la prise en charge de ces personnes.

Beaucoup souffrent de maladies neurodégénératives, elles ont besoin d’être stimulées. «On se donne pour mission de lutter contre le sentiment d’isolement en proposant des activités qui contribuent à créer ou maintenir un lien social. Pour ce faire, nous proposons des activités de loisirs comme le fait de les accompagner à des sorties pour faire des promenades, visiter des amis ou la famille, de jouer à des jeux de cartes ou tout simplement de discuter de l’actualité et d’événements historiques», précise notre source.

De 6.000 à 18.000 dirhams
Il va sans dire que pour offrir une telle prise en charge, il est essentiel de mettre à disposition de ces personnes âgées un personnel compétent. Quid donc de la formation ? «Nous employons des infirmiers, des aides-soignants, des accompagnateurs et des préposés aux soins personnels qui sont formés par une infirmière diplômée d’État autorisée à fournir les soins nécessaires à nos clients», assure notre interlocutrice. Interrogée sur les prix pratiqués par sa structure, après une légère hésitation, elle nous répond que cela varie en fonction du type de prestations offertes, et des villes dans lesquelles vivent ces personnes âgées. En gros, la fourchette se situe entre 6.000 et 18.000 dirhams par mois. Un budget qui reste conséquent pour un ménage marocain, d’autant que cette prise en charge n’est pas remboursée par l’assurance maladie. «L’État ne nous accompagne pas. Nous n’obtenons aucune aide de sa part, alors que nous fournissons un service qu’on peut qualifier d’utilité publique. Seules quelques assurances privées couvrent une partie de la prise en charge», déplore Ilham El Khatibi.
Pour les familles moins aisées, il reste les maisons de retraite dites «Dar El Ajaza». Mais ces structures ont mauvaise presse et ne fournissent pas une prise en charge répondant aux normes internationales. Heureusement, la solidarité et l’entraide continuent de combler l’absence de l’État dans l’accompagnement des personnes âgées issues des familles moins aisées, où plusieurs générations continuent d’habiter sous le même toit. Le Maroc compte aujourd’hui plus de 3 millions de personnes âgées de plus de 60 ans. Mais il n’existe aucune politique publique qui prenne en considération les droits de ces personnes, que ce soit en termes de dignité, de participation ou d’inclusion sociale, s’alarmait le CESE dans un rapport rendu public… déjà en 2015. Un constat qui a pris de l’âge !


Des recommandations restées lettre morte
En 2015, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) avait publié un rapport sur la situation particulièrement critique des personnes âgées au Maroc. Le CESE avait alors élaboré un certain nombre de recommandations. En voici cinq des plus marquantes mais qui tardent encore à être déployées :
1- Étendre la sécurité sociale et la couverture médicale aux personnes âgées sans revenus ou avec de faibles pensions de retraite, en développant des filets sociaux, tels qu’un fonds de pension vieillesse.
2- Modifier le cadre juridique et institutionnel pour protéger les personnes âgées contre les discriminations, la négligence, les mauvais traitements et la violence.
3- Améliorer la prise en charge des personnes âgées en créant des structures adaptées, en formant les aidants familiaux et en réhabilitant les centres d’accueil existants pour améliorer leurs conditions de vie.
4- Favoriser le maintien des personnes âgées dans leur famille en privilégiant les alternatives de prise en charge à domicile, sauf en dernier recours où une prise
en charge totale en institution est nécessaire.
5- Améliorer l’accessibilité en intégrant des dispositions spécifiques dans les lois sur la construction, les transports publics et l’aménagement de l’espace public, afin de garantir l’accès, la circulation et la sécurité des personnes âgées.