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Société

À Solidarité Féminine, l’esprit Aicha Ech-Chenna est toujours vivant…

L’association ne fait pas la charité, mais donne de la dignité aux mères célibataires et à leurs enfants. Les actions lancées par sa fondatrice, feue Aicha Ech-Chenna, se poursuivent et ses héritières assurent la mission en dépit d’un accès de plus en plus difficile au financement…

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Elle n’est plus là pour les accueillir, mais son combat pour leurs droits se poursuit. Depuis la disparition d’Aicha Ech-Chenna, en septembre 2022, l’Association Solidarité Féminine (ASF), qu’elle a fondée en 1985, continue en effet de porter haut les couleurs de sa lutte pour les droits des mères célibataires.

Surnommée la «Mère Teresa du Maroc», feue Aicha Ech-Chenna a laissé derrière elle un héritage indélébile visant à briser les tabous et à offrir à ces femmes exclues et victimes d’une marginalisation sociale et familiale des opportunités d’intégration.

Sous la présidence de Naima Ame, l’association poursuit son engagement pour assurer «la pérennité de l’association et l’œuvre de sa fondatrice, d’une part, et, d’autre part, pour renforcer la solidarité féminine dans un contexte où les défis restent nombreux», explique la présidente.

L’Association Solidarité Féminine se positionne ainsi comme «un projet de développement social pour l’inclusion des mères célibataires et de leurs enfants dans le but de préserver ces derniers contre l’abandon et permettre aux mamans de se prendre en main et vivre dans la dignité», souligne Naima Ame.

Depuis 2022, sa mobilisation se poursuit en maintenant ses activités essentielles, notamment l’écoute et le soutien des femmes et les activités génératrices de revenus, malgré les défis financiers, car, signale Mme Ame, «nombreux bailleurs de fonds se sont tournés vers d’autres causes».

Le Centre de remise en forme du quartier Palmier, quant à lui, a malheureusement fait les frais des difficultés de financement. Le hammam solidaire, ouvert en 2004, a fermé ses portes en juillet 2024. Mais l’association ne baisse pas les bras, puisqu’elle envisage sa reconversion en centre de formation dans les métiers de la coiffure et de l’esthétique.

Tout comme il est prévu également de l’aménager, en partie, en institut de beauté proposant des prestations diverses, comme l’onglerie. «Une étude est en cours et des contacts sont également pris avec des bailleurs de fonds internationaux. Sa réouverture permettra aussi de créer des opportunités de travail pour les mères célibataires», dit Naima Ame.

L’extension de l’activité restauration est aussi en chantier
Par ailleurs, pour renforcer ses activités génératrices de revenus, l’ASF travaille pour l’extension et le développement de son activité de restauration.

«Le projet, qui concerne uniquement le restaurant de Palmier, sera réalisé en partenariat avec l’Amicale des enfants espagnols en vue d’une diversification de l’offre et de l’aménagement de sa terrasse en salle de conférences pouvant être mise à la disposition des entreprises et autres organismes pour l’organisation de leurs événements», explique la présidente, qui poursuit : «Nous allons lancer, en plus de la cuisine marocaine, des plats de cuisine moderne et le fast-food».

Cela permettra d’attirer plus de clients et de renforcer, par ailleurs, le partenariat mis en place avec Glovo. L’offre fast-food sera proposée le soir et cible une clientèle jeune.

Autre chantier de l’association : le développement des kiosques de vente de produits alimentaires lancés en 1987. Les cinq kiosques équipés, placés devant les hôpitaux Ibn Rochd, Abderrahim Harrouchi et Moulay Youssef, sont tenus par des mères célibataires qui avaient bénéficié d’un prêt de 3.000 dirhams pour leur fonds de roulement.

Si l’arrivée en force des «mahlabates» a vivement concurrencé les kiosques, l’Association entend aujourd’hui les relancer en vue d’une autonomisation financière des mères célibataires. Depuis son démarrage, cette activité génératrice de revenus a bénéficié à 31 femmes qui ont pu, selon les responsables de l’ASF, «se reconstruire et garder leurs enfants».

Elle a surtout réalisé le rêve de feue Aicha Ech-Chenna qui a lutté avec acharnement contre l’abandon des enfants nés hors mariage. Selon les statistiques des associations, on compte, chaque année, 3.000 enfants qui naissent hors mariage.

Aujourd’hui, toutes les mères célibataires, prises en charge par l’ASF, réussissent à garder leurs enfants et à s’assurer une stabilité familiale. Et ceci grâce au soutien individualisé d’une durée de trois ans dont elles bénéficient. Celui-ci inclut, outre une aide financière hebdomadaire, une formation professionnelle qui leur permet une insertion socioéconomique et une autonomie financière.

On notera que 70 enfants sont abandonnés chaque jour au Maroc. À sa création en 1985, l’Association accueillait 12 mères célibataires, aujourd’hui elle en soutient 50 chaque année. Des femmes qui sont accompagnées par l’Association, qui trouvent un travail et assurent leurs besoins.

L’accompagnement de ces jeunes femmes n’est pas seulement d’ordre administratif et juridique, mais vise également le rétablissement des liens avec les familles et la sensibilisation de celles-ci à la problématique des mères célibataires dont le profil a connu, selon Mme Ame, un changement notoire.

«On constate aujourd’hui que la mère célibataire n’est plus seulement la fille rurale ou encore la femme de ménage, mais aussi la jeune étudiante qui, parfois, sans un accompagnement, arrête ses études et se retrouve dans une situation de précarité».

À l’ASF, on souligne également que les familles sont devenues plus compréhensives «et nous recevons de plus en plus de mères célibataires qui viennent accompagnées de leurs parents. Ce qui n’était pas le cas les années antérieures», conclut Naima Ame.


Solidarité Féminine, c’est aussi une action de plaidoyer…
L’association de Aicha Ech-Chenna n’assure pas seulement un abri aux mères célibataires, mais elle s’attelle à leur garantir une vie dans la dignité en les aidant à trouver un emploi en vue d’une stabilité sociale et familiale.

Pour cela, l’ASF s’est engagée aux côtés de six autres associations de Casablanca, Tanger, Agadir, Khénifra ou encore Béni Mellal, pour fonder, en 2023, l’Alliance pour les droits des mères célibataires.

L’objectif du programme de l’Alliance, financé par l’UE et qui prendra fin en 2026, est de renforcer leurs compétences, d’assurer leur autonomisation financière et viser également l’alignement juridique des lois marocaines sur les normes étrangères visant la protection des droits des mères célibataires et de leurs enfants.

Ainsi, dans son mémorandum présenté à la commission chargée de la révision du Code de la famille, l’Alliance a émis plusieurs revendications, notamment la reconnaissance explicite dans le Code de la famille du droit de l’enfant né hors mariage à une identité et à une filiation à son père biologique, en considérant l’expertise génétique comme probante pour établir ce lien, la révision de la définition de la famille pour inclure les familles monoparentales, notamment celles formées par des mères célibataires et leurs enfants, la garantie d’une protection légale et une reconnaissance sociale et morale pour tous les enfants, indépendamment de leur situation familiale, l’octroi d’une couverture médicale aux mères célibataires et leurs enfants et la préservation de ces derniers contre la stigmatisation sociale.

Ces revendications n’ayant pas été retenues par le Conseil supérieur des oulémas, l’Alliance considère que cela prive les enfants nés hors mariage et abandonnés de leur droit de vivre dignement comme les autres enfants au sein de la société et viole ainsi le principe fondamental de l’intérêt supérieur de l’enfant reconnu par l’ensemble de l’arsenal juridique marocain.