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Reportage. Al-Haouz, un an après le séisme

Douze mois, jour pour jour, après les secousses telluriques qui ont endeuillé tout le pays, la reconstruction est en marche. Visite à l’épicentre Amizmiz. Reportage.

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C’est le jour du souk hebdomadaire. Le temps est estival. Avec les 30 degrés dépassés en cette matinée de fin août. Tous les douars avoisinants sont dans les parages de cet endroit qui, curieusement, jouxte le cimetière de cette bourgade à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Marrakech. Une distance qu’on peut parcourir en pratiquement 45 minutes en taxis moyennant une vingtaine de dirhams, mais elle est aussi connectée par bus à cinq dirhams de moins. Même sous un soleil mordant, le souk est assez animé et les étals bien achalandés. Nous sommes à Amizmiz. Une petite agglomération, au pied du Haut Atlas, connue dans des temps révolus pour ses montagnes verdoyantes, mais, succession d’années de sécheresse oblige, n’est plus aussi verte qu’auparavant. L’oued n’étant plus ce qu’il était. Une zone parmi d’autres qui, il y a une année, a été frappée par le dévastateur séisme d’Al Haouz. C’était le 8 septembre 2023.

L’air triste, les populations vaquent à leurs achats, histoire de s’approvisionner pour la semaine d’après. Nonobstant, la vie a repris. Elles se souviennent encore de ces moments de désolation, de perte de repères, mais surtout des doutes sur ce qui va advenir après cette terrible épreuve. Tout comme elles se remémorent cette mobilisation spontanée de toute une nation pour se tenir à leur chevet. Un élan solidaire où toutes les forces vives se sont mobilisées pour leur prêter main forte. «On ne croyait pas nos yeux, mais nos cœurs savaient qu’on n’allait pas être seuls»», nous dit, sourire au coin, ce jeune homme. Et son copain de rajouter : «Ceci dit, maintenant cela fait partie de l’histoire. Certes, on a toujours un pincement au cœur quand on pense à celles et à ceux que nous avons perdus. Mais c’est comme ça et on n’y peut rien !». Les stigmates sont encore visibles. À l’œil nu.

 

Reconstruction à géométrie variable

Toujours est-il que, depuis, et suite aux programmes lancés par le gouvernement pour la reconstruction, les travaux vont plutôt bon train pour certains, alors que d’autres estiment qu’«on aurait pu aller plus vite». En effet, un tour dans les environs et sur la principale artère de cette bourgade donne une parfaite illustration de cette reconstruction à géométrie variable. En effet, alors que certaines maisons détruites ont été reconstruites grâce aux aides débloquées par l’État, d’autres sont toujours en chantier. De même que des ménages sont encore sous des tentes improvisées. Mais, au vu des matériaux de construction sur place, les chantiers en instance devaient être lancés. D’après certains citoyens, on évoque une certaine lenteur due aux procédures, les autorisations, l’avis des architectes. D’autres insistent sur le fait de ne pas avoir les moyens suffisants pour reconstruire au moment où les matériaux connaissent des augmentations de prix successives.

D’autres paramètres peuvent aussi entrer dans l’équation. En fait, selon certains observateurs, Amizmiz aurait connu une ruée sans précédent au lendemain du séisme, au moment, notamment, où les autorités avaient annoncé des aides pour la reconstruction et l’octroi d’un soutien mensuel, sur douze mois, de 2.500 dirhams aux familles sinistrées. Plus encore, certains bénéficiaires qui n’avaient besoin que de l’argent pour «retaper» leurs maisons partiellement touchées auraient voulu disposer de la dotation destinée aux ménages dont les demeures ont été totalement détruites. «Inextricable équation s’il en est, quand on prend en ligne de compte la réalité des recensements faits après le séisme et le nombre des demandes auxquelles les autorités font face». Et puis, il y a un autre facteur non moins important et qui concerne, lui, la question des métrages proposés aux ménages.

 

L’interconnectivité se renforce

Au sud-ouest du Royaume et sur les plaines du Souss, le topo est presque le même. En effet, de nombreuses familles, notamment dans les 29 douars des environs de la ville, «ne se retrouvent pas dans les superficies proposées». C’est que, au moment où leurs membres habitaient sur des superficies dépassant les 200 ou 300 mètres avant le séisme, on leur propose entre 50 et 70 mètres carrés. Or, avec les spécificités sociales dans ces régions, l’aspect spatial compte beaucoup pour ces populations. Là encore, on évoque pratiquement les mêmes raisons. Mais pour les autorités, il n’est pas question de déroger aux nouveaux critères devant présider à la reconstruction. De même, nous indiquet-on, certains descendants de ces douars, vivant notamment dans d’autres villes du Royaume, auraient été écartés des aides débloquées pour la reconstruction. Car, bien qu’ils soient inscrits sur les listes des recensés comme éventuels bénéficiaires, il aurait été établi qu’ils disposaient de biens immobiliers dans les villes où ils résident de manière permanente. On l’aurait compris, «la priorité est donnée aux habitants permanents». Ceci n’empêche pas que les opérations de reconstruction avancent. Même un peu «déçus», les habitants, à la faveur des engagements des autorités compétentes, restent confiants pour l’avenir.

Un signe particulier néanmoins à souligner. Il s’agit de l’interconnectivité entre la ville et les douars et, partant, avec les autres zones de la région. En fait, outre les routes qui ont été totalement ou partiellement refaites, d’autres bretelles d’accès entre douars sont en cours de finalisation, apprend-on. Et puis, les populations sont rassurées quant à l’approvisionnement en eau. Grâce notamment aux nombreuses sources qui ont rejailli au lendemain du séisme. Ceci dit, que ce soit pour Amizmiz, Taroudant ou les autres contrées touchées par le tremblement de terre de septembre 2023, la dynamique de reconstruction se poursuit et devra même s’accélérer.