Influences
Regards sur l’histoire : La Sûreté au service du sport
Il y a des clubs qui dominaient la scène footballistique grâce au pouvoir de leurs présidents, mais après le départ de ces derniers c’est la dégringolade dans les ténèbres de l’oubli.
Le football n’a jamais été loin des sécuritaires tous corps confondus. Que ce soit côté organisation ou surtout gestion, on sait que plusieurs clubs nationaux étaient présidés par des officiers supérieurs et des responsables militaires ou sécuritaires. C’est grâce à ces deniers, qui usaient de leur pouvoir, que certaines équipes ont connu des périodes glorieuses, ayant bénéficié de tous les atouts possibles. Chaque club avait pour ainsi dire son protecteur.
Ces choses-là ont pris fin avec la nouvelle ère, la démocratisation et le professionnalisme qui vont vite donner des résultats par la suite. Cependant, il serait bien utile de parler de cette époque révolue avec ses côtés positifs et négatifs. Plusieurs clubs en profitaient, d’autres en subissaient les retombées néfastes. Puis ceux qui étaient au sommet vont vite se retrouver hors-jeu après la disparition de leurs protecteurs.
La RSS, le club de l’ancien puissant ministre de l’Intérieur
Le club de la Renaissance sportive de Settat (RSS) a vécu un âge d’or durant les années 1980/90, avec Driss Basri comme président d’honneur. Ce dernier ne ménageait aucun effort pour mettre tous les moyens à la disposition de l’équipe qu’il chérissait pendant toute sa vie. La RSS bénéficiait de stages fréquents à l’étranger, en Europe et au Canada surtout.
Nombreux établissements publics versaient des sommes énormes dans les caisses du club, sans parler des dons et autres offrandes de la part de notables de la région, devenus subitement fans de la RSS.
Quant aux joueurs, ils ont tous intégré la fonction publique. Parmi les anecdotes, dont certains se souviennent encore, lorsque l’équipe de Settat devait recevoir une équipe adverse en Botola, mais la RSS était souffrante en ce moment et voulait coûte que coûte éviter une défaite assurée. Alors les responsables ont décidé de ne pas jouer. La FRMF a décidé de sanctionner la RSS d’un retrait de 2 points, mais va vite se rétracter lorsque les responsables settatis présentèrent le justif.
En fait, ils ne pouvaient pas joueur car ils étaient , à l’instar de tous les habitants de la ville, occupés à préparer la visite de Sa Majesté feu Hassan II qui allait avoir lieu incessamment. La FRMF fixa un nouveau rendez-vous ultérieurement, comme le voulait la RSS. Avec la mort de Driss Basri, le club va s’effriter en dégringolant rapidement vers les classes inférieures, chez les amateurs.
Une société maritime sponsor du Kawkab de Marrakech
Même si la ville de Marrakech se trouve dans une région montagneuse, loin de la mer, elle a trouvé comme sponsor officiel la fameuse Comanav, la plus grande compagnie maritime à une époque. Mais avant de savoir comment ce deal avait abouti, retournons un peu aux années 1980, lorsque les jeunes de la cité ocre, désœuvrés pour la plupart, commencèrent à manifester leur colère dans des émeutes qui échappaient au contrôle. Feu Hassan II a eu l’idée ingénieuse de ressusciter le Kawkab Athlétique Club de Marrakech (KACM ), alors en piteux état. Le Roi défunt va charger Haj Mohamed Médiouri, son garde du corps personnel, de cette mission. Nous sommes en plein milieu de saison 1984-1985 et le KACM se trouve en deuxième division.
Feu HassanII savait que son garde du corps était footballeur et capitaine d’équipe dans le club de Nejm Marrakech, dont la plupart des joueurs étaient des policiers. Haj Médiouri suscite l’aide d’un autre dirigeant, policier lui aussi, feu Boubker Jdahim qui secondait feu Abderrazak Mekouar à la direction du Wydad de Casablanca. Il a ainsi frappé à la bonne porte en trouvant chez les Wydadis tout le soutien nécessaire. Le KACM renaît de ses cendres sous la houlette d’un grand entraîneur national : feu Abdelkader Lokhmiri.
Non seulement le Kawkab retrouve l’élite en première division, mais il va être le champion en titre pour la saison 1991-92. Il va également remporter quatre Coupes du Trône et une Coupe de la CAF. Toutes ces réussites étaient le résultat de la gestion de Haj Médiouri qui va réussir par la suite à faire profiter le KACM de plusieurs avantages et devenir un grand club avec plusieurs sections sportives, outre le football, comme l’athlétisme, le hand-ball, etc. Hélas, rien n’est éternel. Après la mort de Hassan II et l’éloignement de Haj Médiouri, le club de la ville ocre va sombrer dans les oubliettes.
Union Sidi Kacem, propriété de Haj Lahcen Dlimi
Dans les années 1970, on racontait plein d’histoires, on se relayait des potins à propos de l’équipe de Sidi Kacem (USK) qui dominait la scène footballistique de cette époque. Pas par ses performances et ses titres (elle n’a jamais remporté un titre de champion depuis sa création) mais à travers la puissance du «propriétaire» de l’équipe, l’unique responsable et président. Normal, son fils n’est autre que le général Ahmed Dlimi, l’homme fort du pays depuis la mort de l’autre général, Mohamed Oufkir. A l’instar de la RSS ou du KACM, et bien avant eux, le club de Sidi Kacem était la destination privilégiée de la majorité des joueurs pour garantir un poste dans la fonction publique grâce au pouvoir du général.
Le stade de Sidi Kacem, baptisé stade Colonel El Allam, était défini comme l’enfer pour n’importe quel club visiteur. Même les arbitres tremblaient au seul fait d’officier un match de l’USK, notamment ceux qui sont fonctionnaires dans la police. Ils doivent servir les intérêts de l’USK de peur de se retrouver face à une mutation dans un lointain patelin le lendemain, voire une révocation… Pourtant, les joueurs de l’USK étaient tous d’un excellent niveau et n’avaient pas besoin des interventions de Haj Lahcen qui a transformé l’USK en club terrifiant. L’USK a joué la finale de la Coupe du Trône à deux reprises (1975 et 1998), et comptait dans ses rangs de grands talents comme Hamid Dehhane, Smatt, les frères El Amri, Driss Loumari et bien d’autres…
La chute va être similaire à celle de la Renaissance de Settat et le Kawkab de Marrakech… Avec la mort de Dlimi le général, son père va disparaître de la scène et l’USK se retrouvera avec les clubs amateurs.
Qui se souvient de la sélection nationale de Police ?
Plusieurs observateurs du football marocain ignorent qu’on avait une sélection marocaine de la police, au milieu des années 1960 et au début des années 1970. C’était une équipe coriace et pleine de talents, un réservoir de joueurs pour l’équipe nationale. La sélection de police comptait plusieurs stars du ballon rond dans ses rangs comme le gardien de but Abdelkader (WAC), El Mansouri (IZK), Najah (RBM), Bouinini (Raja), Ahardane (WAC) et bien d’autres… C’était une équipe bien dans ses godasses entraînée par un grand technicien national du nom de Abdallah Settati et un sélectionneur national en la personne de Hassan Sefrioui.
Feu Hassan Sefrioui, patron des RG, un sportif jusqu’à la moelle
C’était un excellent flic doublé d’un sportif de haut niveau qui aura beaucoup donné au football national et contribué à son développement depuis les années 60. C’est lui qui fiut derrière la création du club Ittihad Chorta de Tanger qui se transformera par la suite en Renaissance de Tanger puis l’actuel Ittihad de Tanger. Hassan Sefrioui était en même temps joueur, entraîneur et président, surtout qu’en cette période plusieurs joueurs de première division faisaient partie des services de sécurité comme l’Union de Sidi Kacem bien soutenu par Ahmed Dlimi, et l’IZK par le commissaire Mahmoud Archane…
Sefrioui avait occupé plusieurs postes de responsabilité. Outre le fait qu’il était à la tête des Renseignements généraux (RG), il a présidé à deux reprises le Comité olympique marocain et a aussi été président de la commission d’arbitrage.
