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Pourquoi la bataille des VTC ne fait pas encore décoller le marché marocain
Les applications de VTC se livrent une concurrence féroce à coups de promotions, d’algorithmes et de nouveaux services. Pourtant, derrière cette agitation, le marché marocain reste bloqué.
Commander une voiture depuis son téléphone est devenu un réflexe pour de nombreux Marocains. En quelques clics, il est possible de comparer les prix, choisir son chauffeur et suivre son trajet en temps réel. Depuis le retour d’Uber, la montée en puissance de Yango, l’offensive de Yassir ou encore le succès d’InDrive, le consommateur n’a jamais eu autant de choix.
À première vue, la concurrence semble plus vive que jamais. Pourtant, cette effervescence masque une réalité beaucoup moins dynamique. «Le marché marocain des VTC dispose d’un potentiel considérable et constitue un levier stratégique pour améliorer la mobilité urbaine.
Pourtant, il traverse aujourd’hui une phase de stagnation», constate Omar Maqboul, directeur général de la start-up marocaine Alikar, spécialisée dans les services de mobilité et de conciergerie automobile. Selon lui, les plateformes ne gagnent pas réellement de nouveaux utilisateurs. Elles se disputent essentiellement les mêmes clients.
«En réalité, le marché ne connaît pas une véritable croissance. Il s’agit davantage d’une redistribution des parts entre les opérateurs existants que d’une expansion du secteur.»
Le principal frein est connu : l’absence d’une réglementation qui permettrait enfin aux acteurs de travailler dans un environnement stable. Sans visibilité, les investissements se font plus prudents et les innovations peinent à voir le jour. En attendant une évolution du cadre légal, les plateformes cherchent chacune à tirer son épingle du jeu.
Mais au final, les écarts restent relativement faibles. «Les différences tarifaires entre les plateformes restent limitées. Elles concernent surtout les offres premium. Pour les courses standards, les prix sont globalement comparables d’une application à l’autre», explique Maqboul. Autrement dit, en heure normale, la guerre des prix existe, mais elle ne se joue souvent qu’à quelques dirhams près.
Des services de plus en plus similaires
Beaucoup d’utilisateurs l’ont déjà constaté : au même moment et pour le même trajet, les tarifs peuvent varier d’une plateforme à l’autre.
La raison tient aux algorithmes. Chaque application possède sa propre méthode de calcul.
Certaines privilégient la distance parcourue, d’autres le temps passé sur la course. Les heures de pointe, le niveau de demande, le type de véhicule ou encore les trajets de nuit viennent ensuite faire évoluer le prix.
Les plateformes internationales vont encore plus loin. Chez Uber, par exemple, les embouteillages ou les épisodes de pluie peuvent également influencer le tarif affiché.
«En l’absence de normes communes, chaque opérateur applique ses propres règles de calcul, ce qui peut générer des écarts significatifs selon les horaires ou les conditions de circulation», souligne le dirigeant d’Alikar. Pour autant, le prix reste le premier critère de choix. Dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure sous pression, le consommateur marocain compare avant tout les tarifs.
Mais une fois la course réservée, il attend aussi de la ponctualité, de la sécurité et un service irréprochable. Si Uber conserve une image plus haut de gamme, les différences entre les applications se réduisent progressivement.
Suivi GPS, partage du trajet avec ses proches, assistance, notation des chauffeurs ou paiement dématérialisé : ces fonctionnalités sont désormais devenues la norme. Autre phénomène qui homogénéise les prestations : de nombreux chauffeurs travaillent simultanément sur plusieurs plateformes.
«Un même chauffeur peut exercer pour plusieurs applications. La qualité de service tend donc à s’uniformiser. Aujourd’hui, offrir un service fiable, sécurisé et professionnel est devenu un standard plus qu’un avantage concurrentiel», poursuit la même source. La vraie différence se joue désormais davantage sur l’expérience utilisateur que sur le trajet lui-même. Pour Maqboul, le véritable enjeu dépasse largement la concurrence entre applications.
Des dérives qui interrogent
Derrière la promesse d’une mobilité plus fluide et de tarifs compétitifs, le marché des VTC au Maroc n’échappe pas à certaines dérives. En l’absence d’un cadre réglementaire clair, plusieurs pratiques viennent parfois altérer l’expérience des utilisateurs.
La première concerne les prix. Sur certaines applications, où le tarif est négocié entre le chauffeur et le passager, certains conducteurs refuseraient systématiquement les propositions jugées trop basses et s’accorderaient de manière informelle sur un seuil minimum en dessous duquel ils n’acceptent plus de course.
Sans relever d’une règle officielle, cette pratique réduit la liberté de négociation qui fait pourtant la spécificité de la plateforme. Autre comportement régulièrement dénoncé: la déconnexion volontaire des chauffeurs pendant certaines périodes. Sur les plateformes utilisant une tarification dynamique, des conducteurs attendraient une hausse des prix avant de se reconnecter, afin d’augmenter leurs revenus par course. Une stratégie qui peut allonger les délais d’attente pour les usagers.
Le «tri des courses» est également fréquent. Certains chauffeurs refusent les trajets trop courts, jugés peu rentables, ou les destinations où les chances de trouver rapidement un nouveau client sont limitées. Les annulations de dernière minute alimentent aussi le mécontentement : après avoir accepté une course, un conducteur peut contacter le client pour connaître sa destination avant d’annuler si le trajet lui paraît insuffisamment rémunérateur.
La concurrence entre plateformes accentue parfois ces pratiques. De nombreux chauffeurs travaillent simultanément avec plusieurs applications et privilégient la course la plus avantageuse, quitte à annuler une réservation déjà acceptée.
Ces comportements s’expliquent en partie par les contraintes économiques pesant sur les chauffeurs : commissions des plateformes, carburant, entretien du véhicule ou périodes creuses. Ils illustrent surtout les limites d’un marché encore en construction, où l’équilibre entre rentabilité des conducteurs, qualité de service et satisfaction des clients reste fragile.
Autre pratique signalée par les conducteurs, un phénomène naguère récurrent dans le secteur des taxis a envahi cette nouvelle activité. Des personnes investissent dans des véhicules qu’ils confient à de jeunes conducteurs contre une redevance journalière.
Tout cela dans l’informel, bien sûr. Bref, pour les spécialistes de la mobilité, une réglementation plus claire et des mécanismes de contrôle transparents permettraient de limiter ces dérives et d’assainir la concurrence entre les plateformes. Le Maroc s’apprête à accueillir plusieurs événements internationaux majeurs qui vont accroître les besoins en mobilité. Pourtant, le secteur reste dans une forme d’attentisme.
«Un marché ne peut se développer qu’à travers deux moteurs : l’arrivée de nouveaux acteurs et une hausse de la demande. Aujourd’hui, ces deux conditions ne sont pas réunies au Maroc, en raison des incertitudes réglementaires», ajoute-t-il. Le dirigeant estime que le Royaume risque de passer à côté d’une véritable opportunité économique.
«Le Maroc compte aujourd’hui plusieurs opérateurs, mais aucun véritable champion national capable de rayonner à l’échelle africaine. Une réglementation claire permettrait non seulement de sécuriser les investissements, mais aussi de favoriser l’émergence d’entreprises marocaines capables de devenir des références régionales dans le secteur de la mobilité.»
En attendant, les applications poursuivent leur guerre commerciale, multipliant les promotions et les nouvelles fonctionnalités. Une bataille qui profite aux consommateurs à court terme, mais qui ne suffira pas, à elle seule, à faire décoller un marché dont tous les acteurs reconnaissent pourtant le potentiel.
Une bataille qui se joue d’abord sur le prix
InDrive continue de séduire grâce à son modèle unique : ici, c’est le client qui propose son prix. Le chauffeur accepte, refuse ou négocie.
À Casablanca, une course de 7 à 8 kilomètres entre Maârif et Aïn Diab se conclut généralement entre 25 et 40 DH. Pendant les heures de pointe ou pour certaines destinations les plus demandées, ce sont plutôt les chauffeurs qui imposent leurs tarifs.
Uber adopte la logique inverse. Le tarif est calculé automatiquement avant même que le client valide sa réservation. Pour le même trajet,
il faut compter entre 35 et 55 DH. L’application mise davantage sur le confort, la régularité du service et une expérience très standardisée.
Yango, lui, joue clairement la carte des petits prix.
Les promotions sont fréquentes et les tarifs restent parmi les plus compétitifs du marché. Quant à Yassir, la plateforme cherche à fidéliser les utilisateurs avec une approche plus globale, en regroupant transport, livraison de repas et courses du quotidien dans une seule application.
