Influences
Pharmaciens : Vers de nouveaux services de proximité
Ils ne veulent plus se contenter de la vente de médicaments. Les pharmaciens réclament une interprofessionnalité qui leur permettra d’être un relais entre le médecin et le patient grâce à l’élargissement de leurs compétences à plusieurs actes. Des discussions sont en cours avec la tutelle.
La généralisation de la couverture médicale et la réorganisation du parcours des soins appellent le pharmacien à jouer un rôle central en vue d’une meilleure accessibilité aux soins et d’une amélioration de l’observance thérapeutique.
C’est en substance l’ambition des professionnels qui l’ont fait savoir à leurs organes de tutelle lors des dernières réunions avec l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS).
«Le pharmacien devra jouer un rôle central et son intervention dépasse la simple délivrance de médicaments pour s’étendre à des missions de prévention, d’accompagnement thérapeutique et de suivi des patients», explique Abderrahim Derraji, pharmacien à Mohammédia. Une question s’impose alors : Quelle pharmacie aura-t-on demain ?
Le Maroc compte actuellement 12.000 officines constituant un maillage territorial dense leur permettant d’être un point de contact direct avec les populations.
Outre la distribution des médicaments, dont ils détiennent légalement l’exclusivité, les pharmaciens «conseillent, suivent les patients souffrant de pathologies lourdes et jouent même un rôle social auprès de leurs patients, puisqu’ils font crédit et assurent parfois gracieusement certaines prestations, telles que les tests de glycémie ou encore le suivi de la tension artérielle», indique DrDerraji qui ne manque pas de souligner toutefois que «ces prestations ne sont pas légalement encadrées».
C’est pourquoi les professionnels du secteur s’accordent sur la nécessité de renforcer la place du pharmacien dans le parcours de soins en lui conférant de nouvelles missions en vue d’une meilleure intégration dans le parcours des soins en devenant un véritable relais entre le médecin et le patient.
Droit de substitution, consultation en pharmacie et réalisation de tests…
Lors des dernières rencontres avec les organes de tutelle, les pharmaciens ont soumis leurs diverses revendications, formulées pour la plupart d’entre elles à l’image des exemples étrangers, notamment celui français, qui permettront une meilleure accessibilité aux soins et aux traitements.
Globalement, le pharmacien peut faire, dit-on dans la profession, «de la dispensation active en vérifiant l’utilisation des médicaments et en donnant des conseils adaptés aux patients», gère les stocks pour signaler rapidement des ruptures et orienter les patients vers des alternatives sûres et, enfin, assure l’approvisionnement régulier pour une disponibilité continue des traitements.
Mais, dans le cadre de la réforme du système de santé visant une rationalisation des dépenses et, partant, la réalisation d’économies pour les organismes de sécurité sociale, «les pharmaciens doivent se positionner en matière de prévention et d’éducation sanitaire», souligne Derraji. C’est pourquoi la profession revendique l’autorisation de pouvoir faire la vaccination, de réaliser des dépistages rapides pour le diabète, l’hypertension ou encore certaines infections, comme le VIH ou les hépatites.
Rappelons que depuis le 9 mai 2024, un nouvel arrêté du ministère de la Santé autorise les pharmaciens à réaliser directement en officine un panel de tests rapides d’orientation diagnostique (TROD), marquant ainsi une évolution majeure dans leurs pratiques officinales.
Ces Trods concernent le test capillaire pour la glycémie, le test oropharyngé pour l’angine, le test oropharyngé pour la grippe, ainsi que les tests de grossesse et d’ovulation. Les pharmaciens appellent à l’élargissement de cette liste à d’autres tests. Enfin, les pharmaciens pourraient s’engager dans l’éducation à la santé en organisant des campagnes de sensibilisation sur l’usage des antibiotiques, la lutte contre le tabac et la prévention des maladies cardiovasculaires.
Ces nouvelles missions souhaitées par la profession viennent s’ajouter à leur vieille revendication du droit de substitution qui remonte au début des années 2000. La substitution thérapeutique se caractérise par la possibilité pour un pharmacien de donner au patient un médicament dont la composition chimique est différente de celle prescrite par le médecin. Le médicament substitué par le pharmacien appartient à la même catégorie de produits pharmacologiques et/ou thérapeutiques.
Des services rémunérés pour améliorer le revenu du pharmacien
«Les pharmaciens étant les spécialistes du médicament, ils doivent avoir le droit de substituer un produit à un autre et aussi prescrire un médicament autre que celui prescrit par le médecin», souligne une source de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens.
Et de poursuivre que «ce droit est une solution en cas de rupture de médicaments et permet ainsi d’éviter des complications pour les patients». Ces nouveaux services demandés par les pharmacies seront rémunérés encore une fois à l’image des expériences étrangères.
Cette rémunération permettra, selon Derraji, d’améliorer les revenus du pharmacien qui ont été impactés par la politique de baisse des prix introduite par le ministère de la Santé en 2013. La profession planche actuellement sur des propositions de tarification qui seront soumises aux pouvoirs publics dans les semaines qui viennent. Selon des sources proches de la tutelle, une réunion sera tenue après l’Aid.
Le Maroc est en retard par rapport aux pays étrangers en ce qui concerne le droit de substitution et de vaccination. Pour ce dernier cas, l’objectif visé est l’amélioration du taux de vaccination, qui est l’un des plus bas du monde. «Nous sommes à 10% et donc bien loin de 90% au Canada ou 60% en France par exemple», dit Derraji, qui ne manque pas de souligner que dans la région, en Tunisie par exemple, le droit de vaccination a été octroyé aux pharmaciens durant les années 70.
Néanmoins, la profession reste consciente que l’élargissement des compétences des pharmaciens nécessite bien des prérequis, notamment en matière de formation; mais aussi et surtout un cadre légal et réglementaire pour préciser les contours du rôle du pharmacien de demain.