Influences
Marché du poisson : Surchauffe ramadanesque en attendant l’accalmie
L’approvisionnement en produits de la mer est assuré. Les étals sont bien fournis, mais le hic est dans les prix au niveau de certains points de vente. Ce qui n’est pas le cas dans les grandes surfaces. Immersion.
Derb Benjdia. En plein centre de la métropole. Le samedi d’avant le mois de Ramadan n’est pas comme tous les autres samedis. Certes, il y a toujours une foule au début du week-end, mais ce 9 mars était assez spécial. Quand bien même les ferrachas se feraient rares depuis le lancement de l’opération de «libération du domaine public», l’affluence est telle qu’il faut se faufiler pour trouver un passage. Que ce soit sur le bitume ou encore à l’intérieur du fameux Marché. Tous les étals, sans exception, sont pris d’assaut.
Et c’est devenu une caractéristique intimement liée aux «rituels du mois sacré». La ruée vers le poisson fait partie des coutumes alimentaires ramadanesques. Avec ce que cela charrie comme effet sur les prix des produits de la mer, largement prisés par les consommateurs marocains. La demande est telle que le marché a tout d’un air des yo-yo de la Bourse. A la hausse s’entend ! Bien entendu, ce sont les vociférations qui accompagnent l’état du marché. Ce qui n’empêche pas pour autant les consommateurs de s’approvisionner, en grande quantité, en essayant d’anticiper d’éventuelles montées en flèche des prix durant la première semaine du mois. Mine de rien, c’est tout à l’effet contraire qu’on assiste.
Commençons par la «préférée» de la rupture du jeûne. La sardine ! Il y a quelques jours, on pouvait se la procurer, au maximum, dans les 15 dirhams le kilogramme. Ce samedi, il fallait compter entre 5 et 10 dirhams de plus, nous dit ce poissonnier. «Plus la demande augmente, plus les prix suivent leur ascension», résume-t-il. Un commerçant jouxtant son magasin s’invite à cette discussion à l’impromptu, en arguant qu’«il ne faut pas oublier, non plus, le temps qu’il a fait ces derniers jours» (entendez, l’état des houles qui entravent les pêcheurs), du coup ce sont les prises qui en pâtissent et cela déteint sur les cours. Ceci a l’air d’être un raisonnement imparable ! Nuance, nous dit ce connaisseur du marché. En fait, l’argument ne tient qu’un «peu» debout. Car, comment expliquer que ces mêmes si chères sardines sont écoulées à moins de 10 dirhams le kilogramme sur certaines grandes surfaces ? C’est dire qu’il y a quelque chose qui cloche sur le marché.
Équation à résoudre !
Sans surprise, on revient à la chaîne d’approvisionnement et aux intermédiaires qui en constituent les maillons. Et ce ne sont ni les armateurs ni les petits pêcheurs qui gagnent en contrepartie. Mais bel et bien ceux qui achètent, stockent et revendent selon leurs desiderata. Et c’est le consommateur final qui trinque. Dans la foulée, le commerçant au détail aussi tire du profit de la surchauffe, soit dit en passant.
Toujours est-il que dans cette histoire, il n’y a pas que les prix des sardines qui connaissent un différentiel plus ou moins «souligné» sur le marché – selon notamment les quartiers, comme nous dit cette femme qui indique les avoir achetées à 12 dirhams le kilogramme du côté d’Anassi/Sidi Bernoussi –, mais d’autres espèces plus onéreuses. Le cas de la sole est assez révélateur de ce dérèglement de prix. Ce poisson, généralement plat pour reprendre une formule consacrée, flirtait avec les 170 dirhams/kg à Derb Benjdia, alors qu’il était proposé à moins de 150 dirhams dans les grandes surfaces. D’un point de vente à l’autre, à moins d’un quart d’heure à pied, 20 dirhams de différence ! Ce n’est pas négligeable. Pour les crevettes roses, souvent utilisées pour ces «briouates» tant aimées par les Marocaines et les Marocains, on est dans une équation où le gap est d’au moins 60 dirhams, entre notre Marché de référence, pour la circonstance, et certaines grandes surfaces : 150 et 90 dirhams. C’est plus que conséquent.Pourtant, le gouvernement aura tout fait pour contourner la surenchère. Ainsi, dès janvier dernier, le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, Mohamed Sadiki, a provoqué une réunion de coordination avec les professionnels du secteur, début janvier dernier. Laquelle réunion s’inscrivait dans les efforts consentis par le ministère et ses partenaires en vue de garantir la disponibilité des produits dans l’ensemble du territoire national durant le mois de Ramadan.
Et ce, avec la mise sur pied d’une commission centrale chargée du «suivi de l’approvisionnement régulier du marché national en produits de la pêche de haute qualité et en quantité suffisante, en plus de la mobilisation des opérateurs économiques du secteur de la pêche pour approvisionner, en cas de besoin, les différentes villes en poissons frais et congelés». L’objectif est aussi de suivre de près l’évolution des prix, ainsi que les quantités de poissons congelés commercialisés au niveau des marchés de gros et les différents points de vente. Le tout dans l’esprit de la deuxième phase de la stratégie Halieutis lancée en 2022, rappelle-t-on.
Ceci étant, il va falloir attendre que la ruée se réduise en intensité pour assister à un éventuel retour à une certaine normalité sur le marché.
«Poissons à prix raisonnable» de retour
C’était en 2019. À l’initiative du département de la Pêche, l’opération «Poissons à prix raisonnable» a été lancée à partir d’Agadir avant d’être étendue à d’autres villes du Royaume. Le succès était au rendez-vous, et ils étaient des dizaines de milliers de citoyens qui en ont bénéficié. En 2021, quelque 3.500 tonnes de poissons ont été écoulées sur le marché national dans le cadre de cette initiative, avec 30points de vente à l’appui. Des camions frigorifiques ont également été mobilisés pour servir les régions et les zones isolées. L’année dernière, 600 points de vente ont été installés dans pas moins de 22 villes. Selon les chiffres de la profession, plus 2 millions de citoyens ont été touchés. Pour l’année 2024, on garde le cap en ambitionnant de faire plus et mieux.
