SUIVEZ-NOUS

Influences

Khadija Afifi : «Il faut redynamiser ce secteur devenu quasiment inexistant…» !

C’est le cri de cœur de cette antiquaire entre Nice et Rabat et passionnée par le XXe siècle. Elle est surtout passionnée pour ce métier qu’elle dit en «grande crise». Réglementation, formation et organisation sont nécessaires pour restaurer ce secteur…

Publié le

Cela fait 32 ans que vous êtes dans le métier. Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
Je me suis toujours intéressée aux antiquités. Et lorsque je suis partie en France, en 1994, avec mon mari qui est dans le métier, j’ai découvert, en chinant, des meubles marocains datant, par exemple, des années 1920. Et c’était le point de départ, j’ai commencé à chercher tout ce qui était arabe et orientaliste et à le rapatrier au Maroc.

Toutes les pièces étaient déposées dans un dépôt à Salé et vendues en gros, et sans être restaurées, à des antiquaires à Marrakech et Casablanca. En 1998, j’ai ouvert une boutique à Nice et j’ai commencé à travailler avec des antiquaires français et à exporter vers le Maroc.

En 2006, je me suis installée au Hay Riad à Rabat. Je travaillais sur rendez-vous et me suis spécialisée dans le 20e siècle. Et la pratique de ce métier m’a révélé qu’il fallait être formée pour exercer ce métier pour reconnaître l’authenticité et l’origine des pièces anciennes. Et notons que tout ce qui est ancien n’est pas forcément authentique.

C’est une mise en garde contre les éventuelles arnaques ?
Il faut être vigilant, car aujourd’hui il n’y a pas, faute de formation, d’expertise pouvant attester de l’authenticité et de l’ancienneté de l’objet, qu’il soit meuble, luminaire ou tableau.

Notons aussi l’émergence, au début des années 2000 d’un véritable marché du faux suite à l’intérêt de plus en plus grandissant pour les objets d’art et donc une explosion de la demande s’en est suivie.

Ce qui a mené le secteur à la crise…
Oui, le métier est en crise. On peut dire qu’il n’y a plus que quelques antiquaires à Rabat, Casablanca ou encore à Marrakech.

Ce secteur est à l’agonie, par exemple à Bab El Had à Rabat, la célèbre Jouteya des Antiquaires n’existe plus. Globalement, certains professionnels ont pu passer le témoin à leurs enfants, alors que d’autres pas. Faute d’organisation et de réglementation, le métier est gravement menacé de disparition.

Vous lancez donc un appel aux pouvoirs publics pour recréer et redynamiser ce marché ?
Il faut agir sur plusieurs volets en effet pour recréer ce métier. Tout d’abord, il faut un cadre légal pour réglementer et organiser cette activité.

Plus important encore, il faut former les jeunes aux métiers d’expertise et de la restauration. Par exemple, à Paris, «Drouot Formation» est une école spécialisée dans la formation au marché pour devenir consultant spécialiste. Ici, il faut également une école pour former à l’expertise.

Personnellement, au début de ma carrière, j’ai suivi plusieurs formations relatives au 20e siécle, à l’arabo orientalisme etc… pour savoir comment reconnaître le vrai ou comment voir une signature. L’expertise permet de donner une valeur à un objet et c’est très important pour le collectionneur, l’antiquaire et le client.

Il faut également former à la restauration…
Oui. Aujourd’hui, ce métier n’existe pas. Seulement quelques antiquaires restaurent eux-mêmes leurs pièces et ils sont rares. Une école spécialisée en la matière contribuerait au développement du secteur et serait une opportunité pour des jeunes qui pourraient très bien gagner leur vie.

Cela encouragerait aussi les jeunes à reprendre les boutiques de leur père. Je pense que les pouvoirs publics doivent s’intéresser à ce secteur et lui redonner vie…