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Influences

Imad El Hafidi. Gériatre, clinicien, mais aussi et surtout manager…

Portrait Imad El Hafidi
Son diplôme de médecine en poche, il quitte le Maroc, en 2003, pour la France où il entame sa spécialisation. Le chantier de la couverture médicale et la transition démographique que connaît son pays natal l’interpellent à la fois comme médecin et acteur social.

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Lorsqu’on lui demande, pendant son cursus de spécialisation, de passer en unité de gériatrie, Imad El Hafidi répond : «Moi, je ne sais pas m’occuper des personnes âgées !».

Une réaction impulsive qui n’a cependant pas pesé lourd face à l’obligation académique, puisque le jeune docteur intègre la gériatrie et décide même d’en faire sa spécialité. «C’est un hasard parce que je n’avais aucune idée sur la discipline que j’allais choisir.

Mais c’est un choix que je ne regrette pas aujourd’hui, car la gériatrie a une dimension humaine en raison des sujets à traiter et aussi parce qu’elle est multidisciplinaire», raconte Dr El Hafidi qui, en raison de cette dimension humaine, a étudié plusieurs autres spécialités afin de permettre, souligne-t-il, «à nos aînés de bien vivre et, in fine, de bien vieillir».

S’occuper des «chibanis et chibanias», comme il se plait à les appeler, est, pour El Hafidi, un véritable engagement, car, estime-t-il, «à nous de nous adapter aux personnes âgées et pas à elles de s’adapter à nous». C’est pourquoi la gériatrie est, poursuit-il, un projet thérapeutique à trois dimensions: médicale, sociale et économique.

Ce qui se traduit, dans la pratique, par une réactivité dans la prise de décision, une adaptabilité de la prise en charge et un accompagnement social et familial important. Et cela, El Hafidi l’a vécu, en dehors du cadre professionnel, puisqu’il a dû s’occuper de son papa et de sa grand-mère jusqu’à leur décès. Avec du recul, il pense que sa relation avec sa grand-mère maternelle est quelque peu derrière son option pour la gériatrie et la gérontologie.

El Hafidi, le fils et le praticien, est toujours présent (même s’il est installé à Paris) pour sa maman, retraitée de l’éducation nationale, qui vit à Rabat. «Si ma sœur n’était pas là et ne vivait pas à Rabat, je serais certainement rentré au Maroc pour ma mère», raconte-t-il, parce que pour les personnes âgées, il faut toujours être présent et surveiller les signes d’alerte de la dégradation de l’état de santé de cette population. Parmi ces signes : la dépendance pour effectuer les actes quotidiens et l’apparition des maladies chroniques.

Pour une prise en charge de qualité, la formation est indispensable…
Des signes auxquels il faut être attentif et avoir, explique Dr El Hafidi, une vision large de la gériatrie pour en assurer la prise en charge. Son métier, il le conçoit non pas exclusivement comme un suivi médical et thérapeutique, mais aussi et surtout comme «un accompagnement social des aînés».

C’est pourquoi il insiste sur l’importance de la formation des compétences pointues dans le domaine et le soutien des familles. Ses années d’expérience en tant que médecin-chef d’établissements de santé lui ont permis de mesurer «combien le soutien des aidants est primordial pour le malade afin de lui épargner l’isolement social», souligne-t-il, en ajoutant que la formation en gériatrie est un axe prioritaire.

C’est ce qui l’a poussé à fonder, en 2020, l’association l’Alliance euro-marocaine de gériatrie et de gérontologie (A2G) qui a un triple objectif : «Étudier les problématiques liées à la personne âgée, mettre en œuvre les connaissances en gériatrie et en gérontologie, et assurer une passerelle scientifique et médicale entre l’Europe et le Maroc», souligne Dr El Hafidi.

L’association travaille aussi main dans la main avec les médecins, la société civile et les autorités œuvrant dans le champ de la personne âgée au Maroc. «Nous avons une demande croissante de la part de la communauté marocaine résidente à l’étranger pour avoir des passerelles avec le pays d’origine et avec leurs parents et leurs grands-parents qui ont fait le choix de revenir s’installer au Maroc», explique-t-il. Et de souligner que l’A2G assure cette transition et veille sur la situation des aînés immigrés.

«Les mains et les visages des personnes âgées m’ont toujours fasciné»
Le gériatre se soucie également des personnes âgées vivant au Maroc où, dit-il, «on note un accroissement annuel fulgurant de la population âgée». Aujourd’hui, la population âgée de 60 ans et plus compte près de 5 millions de personnes en 2024. En 2030, le pays comptera 6 millions de personnes âgées.

Mais le chiffre qui, selon le gériatre, fait froid dans le dos, il concerne la tranche des plus de 70 ans. En 2030, ils seront 2,6 millions, ce qui équivaut à un accroissement de plus de 63% ! Le Maroc doit donc se préparer à cette transition afin que la population âgée puisse enfin bénéficier de soins de qualité, dans le respect de l’éthique. L’A2G s’inscrit dans une politique de partage d’expériences et organise des congrès, colloques et autres conférences.

Par ailleurs, l’association joue aussi la carte de la formation. «C’est une expérience qu’on essaie de dupliquer dans notre pays pour partager les recommandations de bonnes pratiques. L’A2G a mis en place des diplômes universitaires et des formations dédiées aux métiers d’aide à la personne âgée à domicile», raconte son président qui a signé plusieurs conventions avec des facultés de médecine au Maroc, notamment celles de Marrakech, Casablanca, Rabat, Fès, Agadir et Laâyoune.

À la fin de 2025 aura lieu la sortie de la première promotion des infirmiers de l’ISTP de Marrakech et la deuxième promotion des médecins gériatres de la faculté Mohammed VI des sicences de la santé. L’A2G a également à son actif la mise en place du cursus de gériatrie, en partenariat avec l’Université Mohammed VI, ouvert, en plus des étudiants marocains, aux futurs médecins africains.

Passionné par la médecine gériatrique, le docteur El Hafidi ne se contente pas de soigner ses patients. Son regard sur la vieillesse dépasse le cadre de la consultation, s’invitant aussi derrière l’objectif de son appareil photo. À travers ses clichés, il saisit la profondeur des rides et la délicatesse des mains marquées par le temps. Une double vocation qui lui permet d’explorer la vieillesse sous un prisme aussi bien scientifique qu’artistique.


Bio express
Natif de Rabat, Imad El Hafidi est l’aîné d’une fratrie de deux enfants. Quand il part en France, il n’avait pas de visibilité sur l’évolution de sa carrière après sa spécialisation.

Le destin a voulu qu’il reste en France où il est inscrit au conseil de l’Ordre des médecins en tant que gériatre et il est également médecin-chef d’un établissement de santé privé à Paris. Il est aussi onco-gériatre, onco-cardiologue et spécialiste de la douleur et de télémédecine.