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Influences

Illogiques logiques !

Quelques-unes de nos administrations adoptent parfois des solutions qui deviennent elles-mêmes des problèmes supplémentaires à résoudre. Elles rivalisent entre elles dans une course effrénée vers la médiocrité.

Publié le

Aadel Essaadani
Acteur culturel, il a été à l’origine de nombreux événements et festivals.

Une expérience avait pour sujet un crapaud à qui des scientifiques coupaient, à chaque fois, une patte pour observer sa réaction. A chaque patte coupée, les scientifiques ordonnaient au crapaud de marcher. Il a marché, bon an mal an, même avec la dernière patte qui lui restait.
Une fois la quatrième et dernière patte coupée, le crapaud était dans l’impossibilité de marcher, malgré l’insistance des ordres intimés par les scientifiques. Ces derniers concluaient l’expérience avec la sentence suivante: «Après avoir coupé les quatre pattes du crapaud, ce dernier a perdu son audition et ne pouvait plus entendre les ordres».

Personne pour crier à l’injustice
Le Centre cinématographique marocain vient de faire l’illustration d’une similaire aberration intellectuelle de la gouvernance «à la marocaine». Pour «réparer» une phrase malheureuse et incontrôlée dans un documentaire, les décideurs du CCM ont trouvé un coupable «idéal». En mettant fin, “pour nécessité de service”, aux fonctions du responsable de la logistique du festival, chef de la division de la promotion et de la coopération au CCM, ils pensent avoir réglé le problème. Si cette tactique marche encore, la leçon de la Coupe du monde n’aura servi à rien. Nous revenons à la culture d’impunité pour les vrais responsables en choisissant un fusible dont le lien direct avec l’erreur commise est loin d’être évident. Le CCM, organisme dont la fonction est de distribuer un peu d’intelligence, devrait travailler à avoir un échantillon sur lui. Que la logique de la punition ne soit pas évidente, cela demeure un détail qui va, comme à l’accoutumée, être très vite oublié. Cela règle le problème, pense-t-on. Et de toute façon, il n’y aura personne pour crier à l’injustice, vu que personne ne veut insulter l’avenir, même si c’est son intelligence qu’on insulte.

Non analysables de manière objective
Nous devrions refuser que ce naturel, qui revient un peu trop souvent au galop, demeure culturel. Nous avons besoin de changer et de quitter le mode des explications non analysables de manière objective. Car ces comportements agissent en cascade. La réalisatrice du documentaire à son tour, rejette la faute sur le scenariste et sur «toutes les personnes ayant travaillé sur ce projet (qui) devraient assumer la responsabilité du manque de recoupage des informations». Le producteur, responsable juridique, botte en touche… et tout à l’avenant. Tout cela contribue à réduire l’intelligence collective moyenne et à faire accepter, chez nous ce qui serait considéré ridicule sous d’autres cieux. Les exemples commencent à devenir trop nombreux avec le film «Zanka contact», le récent festival national du théatre, etc.
Merci, toutefois, à notre équipe de foot qui nous a permis de ne plus généraliser et de nous permettre de pouvoir dire, avec fierté, que nous avons réussi dans un domaine, au moins.
Au-delà de l’anecdote qui n’en est pas vraiment une, puisqu’il s’agit de l’éviction d’un des meilleurs professionnels du cinéma au Maroc, selon mon témoignage et celui de nombreux de ses pairs, faut-il voir dans cette drôle d’histoire la moins drôle logique adoptée par nos administrations ? Cela nous permettrait peut-être de comprendre, tout en dédramatisant, deux anomalies de notre système de gouvernance. La première étant celle que nous demeurons, malgré les bêtises que nous pourrions commettre, très créatifs dans, justement, les bêtises que nous pourrions commettre. La seconde anomalie est celle de l’absence d’une réelle reddition des comptes.