Influences
E-sport: il y a des fois où le jeu devient sérieux
Le gaming est désormais une industrie à part entière. Ce secteur se fraye son bonhomme de chemin au Maroc et représente des opportunités et des perspectives d’avenir pour le pays.
L’industrie des jeux vidéo connaît une ascension fulgurante depuis quelques années, notamment avec la généralisation des supports numériques comme les smartphones, les tablettes et les consoles, générant des milliards de dollars de revenus au niveau mondial. Le chiffre d’affaires du gaming dépasse celui de la musique et du cinéma avec plus de 200 milliards de dollars en 2022, avec plus de 3 milliards de personnes à travers le monde.
Le Maroc compte aujourd’hui environ 3 millions de gamers actifs sur un total de 8 millions de joueurs. Les jeux les plus pratiqués sont Fifa, PUBG Mobile, Football, Free Fire et Valorant. Le secteur attire toutes les tranches d’âge et génère un chiffre d’affaires annuel qui dépasse 1,2 milliard de dirhams, ce qui en fait un marché qui présente des perspectives attrayantes.
Le Maroc est conscient du potentiel du gaming, d’où la création en 2020 de la Fédération royale marocaine des jeux électroniques (FRMJE), ayant pour mission de développer, promouvoir et encadrer les jeux électroniques et l’e-sport au Maroc.
Le gaming, un levier pour l’économie du Maroc
Depuis sa création, la FRMJE œuvre à élargir la base des pratiquants pour développer la compétition en e-sport, à travers l’animation et l’équipement des Maisons des jeunes. «L’objectif d’inclusion est atteint avec l’équipement de 29 centres de jeunesse avec des salles de gaming, en partenariat avec le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication, en organisant des tournois, des freeplays et des formations pour les jeunes des associations locales», affirme Soufiane ElFilali, directeur marketing et communication de la FRMJE. La Fédération veille également au soutien et à l’accompagnement des talents marocains pour réussir des compétitions nationales et internationales.
Le Maroc était parmi les 24 meilleures équipes du monde et le seul représentant d’Afrique à la Coupe du monde du jeu FIFA. «Le Maroc est également champion d’Afrique dans les jeux PUBG Mobile et dans le jeu NBA2K de Basket. En outre, l’équipe nationale féminine du jeu Valorant a été médaillée d’argent lors du Championnat arabe organisé en Arabie Saoudite en 2022», ajoute-t-il.
Le gaming s’impose en tant que vecteur de développement de nouveaux métiers, comme l’intelligence artificielle et le coding et constitue un levier important pour l’économie marocaine, stimulant la croissance économique, promouvant le tourisme et renforçant l’image du Maroc en tant que centre d’innovation et de créativité dans les TIC. «En encourageant le développement du gaming dans le pays, le Maroc peut attirer des entreprises technologiques et des investisseurs intéressés par les opportunités offertes par ce secteur en pleine expansion», pronostique-t-il.
Le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication a lancé l’année dernière un projet pilote dans la capitale, appelé «La Cité du Gaming de Rabat». L’objectif est de créer un écosystème marocain du gaming à même de créer des jeux exportables.
L’e-sport au Maroc fait néanmoins face à plusieurs défis et le soutien des pouvoirs publics ne suffit pas. «Il est nécessaire d’avoir un secteur privé qui accompagne le gaming et l’intègre dans une optique de partenariat gagnant-gagnant, sachant qu’il est l’un des axes majeurs de communication auprès des jeunes aujourd’hui», relève notre source, notant que «l’e-sport est dominé par les hommes, avec une faible participation des femmes et des minorités. Il est important de promouvoir la diversité dans l’e-sport pour garantir une représentation équitable».
Basma Sirat, une star du gaming
Le rêve de devenir pro-gamer et de gagner sa vie avec cette passion séduit des milliers d’e-sportifs. C’est le cas de Basma Sirat, streamer et joueuse de l’équipe nationale de Valorant. La jeune Marocaine a commencé à jouer en tant que professionnelle à partir de 2020. Elle a remporté le prix de la meilleure joueuse d’e-sport aux Gaming Awards 2023. «J’ai toujours été fascinée par les jeux vidéo. Ils nous transportent dans des mondes imaginaires et nous font vivre des aventures incroyables», nous confie Basma, âgée de 23 ans. «J’ai commencé à jouer à des jeux vidéo sur les consoles de mon frère et de mon cousin, puis j’ai acheté ma propre console de jeu et j’ai commencé à jouer régulièrement», rembobine-t-elle.
Tout comme les athlètes traditionnels, les joueurs d’e-sport ont besoin d’une bonne stratégie, d’un entraînement régulier et d’une bonne alimentation. «Les joueurs restent concentrés et doivent prendre des décisions rapides dans un environnement sous haute pression pendant plusieurs heures d’affilée», explique celle qui avoue s’entraîner 6 heures minimum par jour. «Les plateformes de jeu dépendent du type de jeu et de la plateforme sur laquelle il est disponible. Pour Valorant, le jeu est gratuit. Le matériel nécessaire pour jouer dépend également du jeu en question. Certains nécessitent un équipement haut de gamme», prévient-elle.
Basma a participé à plusieurs compétitions à l’échelle nationale et internationale, notamment à la Ligue arabe E-sports avec l’équipe nationale féminine de Valorant qui s’est classée deuxième, ainsi qu’à des tournois organisés par Riot Games. «Ces compétitions ont été des expériences uniques et enrichissantes pour moi dont je garde de nombreux souvenirs inoubliables», assure-t-elle.
Au-delà de la passion, les cash prizes peuvent aussi s’avérer une véritable source de motivation pour joindre l’utile à l’agréable. «Pour la dernière compétition à laquelle j’ai participé, le cash prize était de 800 $ par joueuse», assure Basma. Pour les tournois internationaux, les cash prizes sont encore plus alléchants: ils peuvent se chiffrer à des millions de dollars !
Face à l’engouement des jeunes, plusieurs parents s’inquiètent pour leurs enfants et estiment que le gaming est une perte de temps. Basma, qui poursuit ses études en marketing en Turquie, assure que les jeux vidéo présentent de nombreux bienfaits pour la santé mentale et les performances intellectuelles.
«Il faut jouer raisonnablement, avec une bonne gestion du temps. Les parents doivent fixer des limites de temps à leurs enfants. Les jeux vidéo peuvent entraîner leur habileté, leur sens de la coordination et de l’anticipation, leurs réflexes et leur imagination». Selon la jeune joueuse, le développement de l’e-sport au Maroc nécessite une stratégie qui englobe plusieurs aspects tels que la communication, la publicité, le marketing, et surtout l’éducation. «Le pays doit investir dans les infrastructures nécessaires, notamment des stades de gaming officiels, faciliter l’acquisition de matériel et améliorer la connectivité». On l’aura compris, le jeu, c’est du sérieux !
