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Culture

Un gâchis casablancais

La relation que beaucoup d’entre nous entretiennent avec Casablanca est affective, amoureuse, épidermique, symbiotique. Nous n’y pouvons rien, c’est ainsi. Les décideurs de cette ville nous font du mal quand ils la maltraitent.

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Dans une des blagues qu’on raconte sur Casablanca, Larbi qui voyageait, disons de Kénitra à Azemmour, a effectué la recherche de son itinéraire en cochant la case «éviter les travaux». En guise de résultat, le GPS a effacé Casablanca de la carte ! Cette blague qui date de quelques années déjà fait, hélas, toujours rire. À Casablanca, les travaux commencent, en effet, les uns après les autres, sans parfois jamais finir. Les nouveaux chantiers ouvrent avant que les anciens ne soient finis. Créant ainsi une «surdensité» de travaux et un espace urbain saturé de chantiers.

Des chantiers finis, mais toujours pas ouverts
Il y a pire encore, les constructions et rénovations qu’on annonce finies n’ouvrent toujours pas. Le Grand théâtre et son esplanade sont toujours fermés au public. Idem pour l’Eglise Sacré-Cœur au milieu du parc de la Ligue Arabe qui a lui-même attendu des lustres après sa rénovation pour être ouvert au public. ‘‘Ouvert’’ est ici un «gros» mot quand on sait que l’accès y est autorisé jusqu’à 19 heures, par une seule porte après avoir fermé toutes les autres. Et tout à l’avenant. À se demander qui prend de telles décisions dans cette ville.

C’est comme si une malédiction est tombée sur Casablanca. Quand on revient de Rabat, Tanger ou Tétouan, on se met à rêver que leurs espaces verts prennent la route avec nous pour s’installer à Casa. Au lieu de ça, nous débouchons sur un périphérique aussi laid que bouchonné. Une corniche qui cache la mer. Des alignements de lotissements en périphérie avec des toits servant de pépinières à paraboles. En rentrant à l’intérieur des quartiers, on traverse des espaces d’immeubles-dortoirs dont les urbanistes de la ville ont oublié les équipements : écoles publiques, espaces verts, parcs de jeux, terrains de sports… Je n’ose même pas parler des bibliothèques, des salles de lecture, des maisons de la culture.

Des espaces urbains sans urbanisme
Ce sont les infrastructures urbaines qui font que l’on puisse parler d’espace urbain. Alors qu’une grande partie de Casablancais continue à vivre dans des ensembles résidentiels et des périphéries qui deviennent de plus en plus centrales, mais toujours avec un manque criant d’équipements publics.

Au centre-ville, on a coupé des arbres sans aucune garantie de les remplacer. Des palmiers qui ont survécu à des décennies d’absence d’entretien et de pollution sont coupés à leur tour et remplacés par d’autres palmiers, mort-nés ou zombies, donnant des signes mortuaires avant même d’être plantés. A croire que ceux qui gouvernent Casablanca se sont donné le mot pour l’enlaidir et la rendre insupportable à vivre.

Des atouts que Casablanca dilapide
Prenons qu’un seul exemple de la gageure urbanistique des décideurs de cette ville. Tout comme beaucoup d’atouts que la ville possède, son architecture, son dynamisme, son port, sa jeunesse, sa corniche… Casablanca regorge de friches industrielles, de terrains qui ne demandent qu’à être revalorisés. Ces foyers industriels qui ont contribué à la gloire économique de cette ville ont vu le jour dans les arrondissements d’Aïn Sebaâ, Hay Mohammadi et Roches Noires, à proximité du port et de la voie ferrée. Un plan d’aménagement sectoriel pour revaloriser ces zones couvrant une superficie de 280 hectares devait être élaboré en 2016, retardé à 2018 avec la promesse d’être finalisé au bout de 8 mois. Et toujours rien.

Pour les lecteurs qui peuvent visualiser ces zones, il s’agit de la cimenterie Lafarge et le marché de volailles, les deux situés au Bd Mly Ismaïl, les anciens abattoirs de Hay Mohammadi, l’ancienne usine Bata (Bd Ibn Tachefine), les dépôts de containers trans-marins… Rien que pour la Fabrique Culturelle des anciens abattoirs, il y a des pages à écrire sur le gâchis urbain, culturel, économique et social. La culture est la solution.