Culture
Tanger, un amour de jazz !
Entre la ville du détroit et la musique de jazz, c’est une longue histoire. Un récit jalonné par des légendes qui sont passées par Tanger tout en y laissant leurs notes dans sa mémoire.
Il y a mille et une raisons pour que la ville du détroit ait été désignée, par l’Unesco, pour être la ville-hôte mondiale de la Journée internationale du jazz. En effet, du 27 au 30 avril, les amateurs des notes jazzées de la planète entière seront scotchés au Palais des arts et de la culture. Ville melting-pot par excellence, Tanger, aux confluences multiples, recevra à l’occasion le «All-Star Global Concert». Et ce, en présence de plus d’une trentaine des grands noms de la scène internationale du jazz, en provenance des quatre coins du globe, de l’Afrique à l’Asie, en passant par l’Europe et l’Amérique. Et ils seront des millions d’amateurs à se délecter de ce grand événement planétaire.
D’autant que les spectacles seront diffusés sur YouTube, Facebook et tous les sites internet des Nations unies et de l’Unesco, mais aussi les chaînes de télévision de par le monde. Avec cela, c’est la ville de Tanger, et le Maroc par ricochet, que le monde aura à découvrir ou à redécouvrir sous un autre angle. Car si la ville relie géographiquement et symboliquement l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, la musique viendra donner du relief à son âme. Une ville aussi qui a vu passer plusieurs célébrités du jazz, dont Josephine Baker, Ornette Colleman, Herbie Mann et Archie Shepp. Mais, s’il devait y avoir un fil d’Ariane particulier à mettre en exergue, ça ne pourrait être autre que l’emblématique Randy Weston.
African Rhythms
L’enfant de Brooklyn, né en avril 1926, débarque en 1967 à Tanger. C’est là où il découvre la musique gnaouie grâce au mâalem Abdellah El Gourd. Le Gnaoua Jazz naîtra de cette belle rencontre. D’ailleurs, d’aucuns estiment que la première fusion gnaoua-jazz est, justement, à mettre à l’actif de Randy. La greffe a tenu depuis et continue d’inspirer les générations.
Une expérience qui allait donner naissance, dans les années 1970, entre autres, au festival du Jazz africain. Sans oublier que c’est à Tanger aussi où Randy fonda son club privé nommé African Rythms qui a constitué l’une des plus belles attractions culturelles de la ville. Qui plus est a vu se produire plusieurs sommités du monde de la musique, dont Stevie Wonder, Marvin Gaye, Billy Harper, James Brown, Cecil Bridgewater, pour ne citer que ces stars. Or, pour graver encore plus cette histoire dans le marbre, l’autobiographie de Randy, éditée en 2010, soit 8 ans avant son décès, porte d’ailleurs le nom de son club.
Un voyage tout à l’image d’une musique qui a traversé les siècles sans une ride.
Tout, ou presque, commence vers la fin du XIXe siècle. Avec en toile de fond la sombre histoire de la traite des noirs aux États-Unis d’Amérique. Les historiens en décèlent les origines dans ce qu’on appelait les «Work songs» que «chantonnaient» les esclaves africains qui portaient dans leurs âmes leurs blessures et les rythmes de leur musique traditionnelle. Maintenant, si certains remontent les origines à un mélange entre le blues, les negro spirituals, le gospel et le ragtime, d’autres renvoient le récit jazz au début du XXe siècle, notamment en se focalisant sur les années 1920 avec le Jazz New Orleans, né à la Nouvelle-Orléans en Louisiane dans le sud des États-Unis. Des noms, il en reste encore dans les mémoires quand on pense à la référence Louis Armstrong, à Sidney Bechet, Jelly Roll Morton ou encore à King Oliver. La suite est jalonnée d’une multitude d’évolutions qui marqueront les différentes «écoles» d’une musique qui se rajeunit au fil des ans et qui, malgré les contraintes du marché et les impacts d’une marchandisation accrue des arts et de la culture, continue de séduire toutes les générations. D’ailleurs, l’événement tangérois constitue, à coup sûr, une belle occasion pour restituer toute l’Histoire de cette musique à travers plusieurs activités éducatives et autres conférences.
Pour l’histoire, l’organisation de la Journée internationale du jazz remonte à 2011, quand la conférence générale de l’Unesco en a décidé la création qui, plus tard, a été reconnue par l’Assemblée générale des Nations unies. L’idée à la base, dit-on auprès de l’Unesco, étant de «mettre en lumière le pouvoir du jazz et de son rôle dans la promotion de la paix, du dialogue entre les cultures, de la diversité et du respect de la dignité humaine». Une journée, faut-il le rappeler, qui touche pas moins de 2 milliards de personnes de tous les continents.
Renouer avec l’histoire
Pour ceux qui s’en souviennent encore, le premier festival de jazz au Maroc a été l’œuvre de Randy Weston. Et c’était en 1972. Cependant, il a fallu des années pour que la ville du détroit renoue avec son histoire jazzée, soit précisément en 2000 lorsque le festival Tanjazz verra le jour. Mais, il ne s’agit pas de l’unique événement consacré à cette musique dans le Royaume. En effet, Rabat a également son rendez-vous avec Jazz au Chellah, initialement baptisé Jazz aux Oudayas en 1996. Deux événements auxquels s’ajoute le Jazablanca de la métropole qui, lui, a vu le jour en 2006, ainsi que le festival Jazz sous l’Arganier d’Essaouira dont la première édition remonte à 2015. Mais bien avant, il faut remonter aux années 1970-1980 lorsque des animateurs de la radio nationale (Chaîne Inter, pour une certaine génération), dont Alifi Hafid ou encore Said Fouad, avaient pris sur eux de partager leur passion pour le jazz avec leurs auditeurs. Malgré le temps qui passe, les belles traces restent.
