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Culture

Streaming : dirhams et décibels en cadence

Le streaming règne au Maroc : 255,6 millions de dirhams en 2024, 2,4 millions d’utilisateurs, et une croissance dopée par ElGrandeToto et le rap 2.0. Pourtant, entre poches légères et campagnes hors réseau, les dirhams sonnent dans l’ombre des algorithmes.

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Au Royaume où le chaâbi flirte avec le rap qui cogne, la musique enregistrée a couronné son roi : le streaming. Le Global Music Report 2025 de l’IFPI plante le décor mondial : dixième année de croissance, 296 milliards de dirhams de chiffre d’affaires (+4,8%), dont 204 milliards portés par le numérique (69% du pactole, plus que tout ce que l’industrie a ramassé annuellement entre 2003 et 2020).

Le vinyle résiste (+4,6%), mais les CD et autres fossiles s’évanouissent. Dans ce grand orchestre, le Maroc s’invite, discret mais frémissant, pris dans une tornade sonore qui ne pardonne pas. Le rideau se lève sur la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), championne insolente avec une croissance de 22,8% en 2024.

Le streaming y règne en maître, raflant 99,5% des revenus. Le Maroc, fort de ses 38 millions d’âmes et 30 millions d’internautes, emboîte le pas. Statista sort un chiffre : le marché local du streaming pèse 255,6 millions de dirhams en 2024, une goutte face aux 121,1 milliards des États-Unis, mais un galop prometteur vers 295,7 millions d’ici 2027 (+4,98% par an).

Derrière ces billets, 2,4 millions d’utilisateurs – 6,3% de la population – tapent du pied sur Spotify, Anghami ou Deezer. Dans trois ans, ils seront 2,8 millions, jure l’oracle des stats. Les formats physiques ? Écrasés, moins de 1%, au revoir les souvenirs.

La jeunesse donne le la, scotchée à ses smartphones et à ses idoles. ElGrandeToto, caïd du rap, et Manal, étoile d’une modernité brûlante, squattent les playlists, tandis que le chaâbi et le raï new wave, dopés au numérique, s’envolent vers la diaspora européenne.

Les maisons de disques flairent l’aubaine, investissent à tour de bras, et l’IFPI salue : ça rapporte. Mais combien d’écoutes ? La question claque comme un bendir, et les chiffres se défilent.

Ni l’IFPI ni Spotify ne crachent le morceau pour le Maroc. On improvise: si le Royaume capte 5 à 10% du marché MENA – pari risqué face à l’Arabie saoudite ou l’Égypte –, ses revenus danseraient entre 500 et 1.000 millions de dirhams. Des streams bruts ? Que dalle.

On tente un salto. Avec 2,4 millions d’utilisateurs et 50 streams mensuels en moyenne mondiale, ça ferait 120 millions d’écoutes par mois, soit 1,44 milliard sur l’année. Un mirage vite dissipé : le pouvoir d’achat, coincé à 3.300 dirhams mensuels, freine les abonnements premium (50 à 100 dirhams), et YouTube, sultan du gratuit, brouille l’écoute.

Les abonnés payants, entre 200.000 et 500.000, restent une tribu à part. Pour un os à ronger, le Top 50 Morocco sur Spotify : un hit d’ElGrandeToto à 32.000 streams quotidiens, glané sur X, frôle les 11,68 millions annuels. À 50 têtes d’affiche, on taquine les 584 millions pour les stars. Le reste ? Spotify planque ses cartes, comme un soufi ses versets.

Le tableau grince. Si les abonnements grimpent de 9,5% mondialement – plus encore dans la région MENA –, le réseau patine dans les campagnes marocaines. Avec 80% de pénétration internet, les villes caracolent, mais les bleds rament, loin des 4G rédemptrices.

L’État, lui, tend la main : depuis 2024, une taxe sur les services dématérialisés met Spotify et consorts au pas, un coup qui pourrait gonfler la note ou couper l’élan.

À l’arrivée, un refrain s’impose : de Tanger à Lagouira, les beats d’ElGrandeToto et les mélopées gnaoua cognent dur. Entre 1 et 2 milliards de streams annuels, peut-être, en croisant Statista, l’IFPI et un brin de culot.

Pour le vrai compte, il faudrait attendre que Spotify Maroc sorte de son mutisme – pas sûr qu’il chante. Le streaming a pris le trône, reste à savoir qui raflera les dirhams dans ce Royaume en pleine transe numérique.


Jam Show, acte II : le rap s’empare du petit écran
Après une première saison qui a secoué le game en 2024, Jam Show revient pour une 2e saison. Exit les tabous, fini le rap relégué aux ombres des quartiers : l’émission, totem d’une génération, plante le micro au cœur des salons et fait trembler les murs.

Cette fois, 2M dégaine un duo de titans pour tenir le gouvernail : Don Bigg et Shobee. Ces ogres du rap marocain, qui ont gravé leurs rimes dans le bitume et les charts, ne sont pas là pour caresser dans le sens du flow. Jurés d’un Jam Show nouvelle formule, ils traquent l’étincelle rare, celle d’un MC capable de porter la darija comme une lame et de faire vibrer des millions d’âmes.

La saison 1 avait révélé Nizar Zouhri, alias Nezar, gamin d’Azilal devenu héros avec son nounours en peluche et ses 250.000 DH en poche pour produire son EP. En 2025, 24 nouveaux guerriers, âgés de 18 à 35 ans, sortent des quartiers et des provinces, micro en main, pour cracher leur vérité. Sélectionnés parmi des centaines de candidatures, ils se battront sur six semaines, dans des épisodes de 60 minutes où chaque rime est une question de survie.

Don Bigg et Shobee ne chercheront pas des stars éphémères, mais des voix qui marquent, qui cognent, qui durent. Dans un pays où la censure guette et les studios pros se comptent sur les doigts d’une main, le rap reste une arme de débrouille, un art de la rue qui conquiert les cimes.

En 2024, Nezar a allumé une flamme. En 2025, qui embrasera le game ? Une chose est sûre: sur 2M, le rap marocain ne demande pas la permission. Il prend la parole, et ça tabasse.