Culture
Salles obscures : Une lueur d’espoir
Les cinémas promis par le département de la Culture sont finalement prêts. Une première vague d’ouvertures est attendue incessamment. Les opérateurs aspirent à des jours meilleurs.
Au cours de cette année, les amateurs des salles obscures ont eu droit à deux bonnes nouvelles. La réouverture à Agadir du cinéma Le Sahara et à Meknès de la salle Caméra. La première est à mettre à l’actif de la mairie et l’autre est l’œuvre du propriétaire des lieux. En effet, après des années de fermeture, et faisant l’objet de convoitise, le Conseil de la ville d’Agadir a pris sur lui de racheter la salle et de la retaper pour une enveloppe de 12 millions de dirhams.
Toujours est-il que ce ne sont pas ces deux bonnes nouvelles qui changeront grand-chose quant à la situation «catastrophique» du parc cinématographique au Maroc. Une situation qui dure depuis des années et qu’on a du mal à résoudre.
Selon les chiffres arrêtés en 2022, le parc compte à peine 29 salles, dont sept étaient à l’arrêt, pour 78 écrans. Alors que le nombre des sièges est d’à peine 28.512. Et ce, malgré les efforts consentis visant à renverser la vapeur.
150 salles en trois vagues
Au ministère de tutelle, on multiplie les essais et les annonces dans ce sens. Le projet des 150 salles trace son chemin. D’ailleurs, aux dernières nouvelles, on devrait procéder à l’ouverture d’une cinquantaine en ce mois de novembre. Une deuxième vague, du même nombre, est prévue pour décembre prochain et la boucle sera bouclée en janvier, promet la tutelle.
L’idée étant de s’appuyer sur le réseau existant des maisons de jeunes et de culture, le pays en compte 900, dans les zones urbaines comme dans le monde rural, selon les chiffres avancés par le ministère de la Culture…
Ce marché aurait pesé dans les 138 millions de dirhams pour l’équipement. Le matériel a accusé du retard dans la livraison du fait de la fermeture des frontières avec la Chine du temps de la pandémie et n’a pu être réceptionné qu’en juillet 2022.
Effet d’entrainement
Cette nouvelle dynamique vise à réconcilier le grand public avec les salles obscures. D’autant que les tickets des salles à ouvrir seront à la portée avec un prix ne devant pas excéder les 20 dirhams. «Notre projet d’ouvrir 50 salles de cinéma au Maroc est en plein déploiement. Ces salles vont devoir réconcilier les Marocains avec le 7e Art, dans les grandes villes comme dans les petites. Le 15 novembre, nous ouvrirons les cinquante premières salles dans le cadre d’un partenariat avec le secteur privé», a rassuré le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication, Mehdi Bensaid, lors d’une rencontre organisée, récemment, à l’UPM6. Une annonce, selon des observateurs, qui n’a rien du hasard puisque la date annoncée coïncide entre le Festival national du film de Tanger et le grand rendez-vous international du Festival de Marrakech.
Côté effet d’entraînement, le responsable gouvernemental a relevé que ledit projet devrait créer près de 500 emplois directs, auxquels s’ajoutent 1.000 emplois indirects, pour un chiffre d’affaires annuel de plus de 30 millions de dirhams au cours de la première année d’exploitation. Des chiffres, a-t-il soulevé, qui «sont appelés à accroître, car le ministère parie sur la création d’une dynamique qui réconciliera nos citoyens avec la fréquentation des salles de cinéma grâce à des tarifs abordables et une offre variée de films marocains». Faire d’une pierre deux coups : on ramène le public vers le grands écrans et on promeut la production locale.
Malgré une crise endémique de la fréquentation des salles, des opérateurs privés, notamment étrangers, expriment leur volonté d’investir dans les infrastructures cinématographiques. Il s’agit du groupe français Pathé ou encore CinéAtlas dont les salles sont d’ores et déjà opérationnelles dans certaines grandes villes du Royaume. Il y a aussi l’opérateur marocain Cinerji qui a annoncé, en juillet dernier, son ambitieux projet qui consiste en la création de 25 complexes devant proposer 30.000 sièges dans pas moins de 150 salles. Et dont le premier coup a été la reprise de la salle Imax relevant du Morocco Mall. À noter, en outre, que l’opérateur annonce l’implantation de quatre complexes courant 2024, à Dar Bouazza et Bouskoura. D’autres ouvertures devraient suivre dans différentes villes du pays, soit en propre ou en partenariat avec des centres commerciaux de proximité, avait indiqué le top management du groupe marocain.
C’est dire qu’on est en train de s’inscrire en rupture avec cette longue période d’hémorragie où on ne faisait, depuis 2007, que compter les cadavres des cinémas : 280 salles ayant succombé à l’hécatombe.
Recettes : ça remonte, mais…
La question de la fréquentation des salles demeure l’une des problématiques majeures dont souffre le secteur cinématographique au Maroc. Les nouveaux modes de consommation des images y sont pour beaucoup, au même titre que la culture du grand écran et tous les rituels qui l’accompagnent ne sont plus de mise. La preuve par les chiffres. Pour l’année 2022, ils étaient moins de 1,5 million de personnes à s’être rendues dans une salle de cinéma. Et en tout et pour tout, les recettes générées ont été à un peu plus de 77,3 millions de dirhams. Certes, les courbes ont bougé vers le haut, par rapport notamment au nombre des entrées enregistrées en 2021 avec 663.604 tickets, mais on reste loin des statistiques de 2019 lorsque les entrées ont dépassé 1,8 million avec des recettes frôlant les 93 millions de dirhams.
