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Chronique

Persister et tenir

Quels enseignements pourrions-nous tirer de la succession d’épisodes, heureux et malheureux, que le Maroc a vécus et vit ces dernières années ? Comment pourrions-nous tourner tout cela à notre avantage de façon durable ? Quels faux pas ne devrions-nous plus faire afin de ne garder que du positif de ces tranches de vie marocaines ?

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Nous avons vibré pendant la dernière Coupe du monde du football. Nous avons été secoués, le mot est faible, par le séisme du 8 septembre. Ce 27 septembre, le Maroc a été récompensé et reconnu légitime, pour la seconde fois après celle de 1988, pour organiser la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) en 2025. Et le même résultat est décroché, une semaine plus tard, pour l’organisation de la Coupe du monde du football 2030 avec l’Espagne et le Portugal.

Des organisations réussies
Le lien entre ces événements est celui de la capacité d’organisation que le Maroc a prouvée, et de la belle manière à chaque fois. La sélection marocaine du football a ébahi le monde par sa discipline et son talent. La solidarité et l’organisation des secours lors du séisme ont été remarquées et appréciées à juste titre. Le dossier du Maroc pour sa candidature à l’organisation de la CAN 2025 a été le meilleur. La candidature pour l’accueil de la Coupe du monde du football a été bien ficelée, jouant à niveau égal avec deux grandes nations du football, l’Espagne et le Portugal. Nous pourrions même rajouter la maîtrise de la gestion de la crise de la Covid-19. Que du bon jusque-là. Mais arrêtons là de faire le dithyrambe, passons à l’évaluation du reste.

Des failles à corriger
Pourquoi, alors que nous savons nous montrer excellents quand il le faut, nous avons toujours du mal à gérer, par exemple, notre système d’éducation nationale ou celui de la santé ? Pourquoi nos services publics ne sont pas la hauteur des réalisations évoquées plus haut ? Pourquoi nous peinons à maintenir la cadence de ce que, souvent, nous commençons assez bien ? Pourquoi le grand théâtre de Casablanca est toujours fermé alors qu’on a fini de le construire et de l’équiper depuis des années ? Pourquoi les travaux en ville commencent et ne finissent jamais ? Pourquoi quand on «répare» une bouche d’égout, on ne finit pas le chantier… ? Et, finalement, pourquoi tant de pourquoi ?

Tenir dans la durée
Peut-être que tout ce qu’il nous faudrait, c’est tenir dans la durée, de l’endurance. Qu’après l’inauguration d’un bâtiment, qu’on pense à son usage, son fonctionnement et sa maintenance. Et peut-être même que cet usage, ce fonctionnement et cette maintenance devraient être pris en compte avant même de commencer à construire le bâtiment en question. Il y a quelque chose de pas tout à fait logique dans notre conception de la gestion de la vie courante de tous les jours, du quotidien, du durable, du structurel… Il y va peut-être d’une anthropologie toute marocaine.
Nous avons montré que nous sommes bons ponctuellement. Essayons d’augmenter cette cadence et la tenir. Il nous faut alors imaginer des moyens pour réactiver la mémoire de cette volonté quand nous commençons à oublier et à récupérer du souffle pour ne pas baisser le rythme ou arrêter l’élan. Dans les pays à cadence régulière, les moyens de ce rappel s’appellent reddition des comptes, élections, sévérité extrême contre la corruption et l’impunité…

Les ingrédients de la joie durable
Et pour le faire, dans la joie, la bonne humeur et l’intérêt général, il nous faudrait un récit commun, une vision portée et une volonté partagée par tous les Marocains pour garder le rythme. Pour ne pas laisser mourir la «Niyya» qui nous a permis d’être demi-finalistes de la Coupe du monde, ne pas oublier la solidarité spontanée dont nous avons fait preuve pendant le séisme, ne pas perdre l’intelligence de l’organisation qui nous a permis d’arracher l’organisation de la CAN 2025 et celle de la Coupe du monde 2030. Espérons que nous pouvons, avec de la volonté et de l’exercice, apprendre à tenir le souffle.
La culture est la solution.