Culture
Métropole : Au théâtre, ce mai !
Casablanca s’apprête à abriter la 17e édition du Festival international Théâtre et Cultures. Sous un air printanier, on renouera avec les planches. Projecteurs.
Les planches, ça manque à tout le monde. Même aux comédiennes et aux comédiens. Côté public, il semblerait qu’on ne sait plus le conquérir. Le reconquérir au juste. Des spectacles, il y en a au compte-goutte. Mais personne ne saurait avancer de chiffres quant à l’affluence. Il fut un temps où on allait, en famille, envahir les salles, voire qu’on improvisait des «scènes» de spectacles dans les patelins les plus éloignés du pays. Certes, il y avait la fameuse troupe du théâtre national – elle est toujours en vie –, mais à bout de souffle, paraît-il, qui animait Rabat et se déplaçait en tournées sur tout le territoire.
On se souvient encore d’Al Masrah Al Badaoui, à la télévision comme en contact direct avec son public. On a encore en souvenir feu Tayyeb Saddiki, l’homme du Harraz et ses Makamates qu’on regarde toujours avec le même plaisir, sans oublier une certaine troupe de Marrakech, avec Abdeljabbar Louzir et Mohamed Belkas, nommément Firkat Al Ouafaa, avec sa fabuleuse pièce Sidi Kaddour Alami . On rigole souvent en pensant à feu Abderraouf, à Dassoukin et ses autres compagnons. Et il y a de cela plus d’une vingtaine d’années, Masrah Al Hay, avec le tandem Abelilah Ajil et Hassan Foulane en grandes vedettes, qui jouaient à guichets fermés. On se bousculait même à chaque fois qu’une nouvelle est annoncée. Une expérience qui reste une référence dans l’histoire récente de la scène théâtrale marocaine, mais qui s’est éteinte, pour des «différends» entre ses membres, depuis pratiquement deux décennies.
La bonne nouvelle est que cette troupe vient de renaître de ses cendres. Avec cette différence que le tandem est accompagné de jeunes talents. Une renaissance signée par la pièce «Sedina», qui ouvre une nouvelle page de son récit, dont la mise en scène est assurée par Amine Nasseur. Un nom qui monte et qui brille non seulement au Maroc, mais sur les scènes à l’échelle arabe.
Or, c’est cette troupe, née dans les entrailles de Hay Mohammadi vers la fin des années 1980, qu’on retrouvera lors de la 17e édition du Festival international Théâtre et Cultures. Un événement, sous la houlette de la Fondation des arts vivants qui célèbre ses vingt ans d’existence, qui se tient du 15 au 25 mai à Casablanca. Une dizaine de journées, sous le signe de la comédie musicale, durant lesquelles une dizaine de spectacles se produiront, dont six marocains.
Problème de contenu
En attendant que le Festival embrasse toute la région Casablanca-Settat, dont le Conseil de la ville est partenaire de l’événement, les pièces au programme seront jouées dans quatre enceintes. À savoir le Studio des arts vivants, le Théâtre d’Anfa, le Théâtre Mohammed VI et le Théâtre Mohamed Zefzaf. Reste à savoir si le public répondra. Noureddine Ayouch, président de la Fondation, rassure. D’ailleurs, côté billetterie, les tickets, indiquent les organisateurs, sont à la portée, puisqu’ils sont dans la fourchette de 50 à 100 dirhams, et il est même prévu des gratuités, notamment pour les étudiants.
Rappelant que le Festival a drainé, depuis sa naissance, des milliers de spectateurs, il s’attend à ce que «l’engouement se confirme cette année». L’objectif étant que les Casablancaises et les Casablancais renouent avec le premier art, voire que les troupes nationales puissent, à terme, aller au-delà des frontières. Un vœu légitime, certes, encore faut-il que la production marocaine soit à même de séduire les audiences locales. En fait, il y a comme un divorce consommé entre le théâtre et ses audiences. Or, parmi d’autres raisons, il est clair qu’il existe un sérieux problème de contenu pour une partie des productions. Qui plus est subventionnée par l’État. Louable comme démarche, mais cela aurait desservi le développement de la pratique théâtrale. Il est clair que des œuvres méritent bien le détour, alors que d’autres détournent le regard et l’intérêt, nous indique ce critique d’art. Raison même que les rares pièces qui sont produites, de manière parcimonieuse, si ce n’est dans «la discrétion», se jouent devant des chaises quasi vides.
Qui sait, peut-être que des festivals de haute facture peuvent à la fois servir de nouveaux ponts entre les producteurs et leurs audiences, mais aussi pour rehausser la qualité des spectacles.
Nostalgie
Il était une fois le théâtre à la télévision. C’est un brin nostalgique qu’une certaine génération se remémore comment, rassemblés en famille, on se délectait devant le petit poste. En blanc et noir, puis en couleurs. Les pièces de théâtre, qu’elles soient locales ou françaises, réunissaient tout le monde.
On apprenait la vie, le plaisir de suivre les péripéties des récits, mais aussi à apprécier les œuvres artistiques. Une éducation parallèle qui manque, affreusement, aux nouvelles générations, sans parler de celles montantes.
Mais il y aurait une étincelle de lumière. Notamment, avec la mise en œuvre de la convention signée, en décembre 2021, entre la SNRT et le département de la Culture, relative à la production d’une soixantaine de pièces de théâtre. On attend les résultats.