SUIVEZ-NOUS

Culture

"Mes films se nourrissent de mon observation de la vie quotidienne des petites gens"

Le dernier long-métrage de Mohamed Ismail «Awlad Lablad» a été projeté en avant-première lors
du Festival du film national de Tanger (23-30 janvier)
Fidèle à  lui-même, le cinéaste a choisi un sujet de société par excellence, en l’occurrence le chômage.

Publié le

rub 15711

Présent sur la scène artistique marocaine depuis de longues années, Mohamed Ismail a réalisé en 2009 son cinquième film «Awlad Lablad». Peu prolifique, le cinéaste parle, dans cette interview, de son dernier opus et dresse le bilan du cinéma national qui reste, selon lui, «un cinéma militant».

Votre dernier long métrage «Awlad Lablad» retrace le parcours de trois jeunes diplômés chômeurs. Votre vocation est-elle de filmer la rue, le petit peuple ?
Lorsqu’on m’a proposé l’idée de ce film, je l’ai vite adoptée parce que le sujet m’a beaucoup intéressé. Il faut dire que le chômage nous intéresse tous. Personne ne peut rester indifférent face à cette problématique qui pèse lourd sur notre société et notre économie. Depuis mon premier long-métrage Aouchtam, réalisé en 1996, j’ai toujours essayé de faire parler le petit peuple. Mes films se nourrissent de mon observation de la vie quotidienne des petites gens. C’était le cas pour Et Après, Ici et là ou encore Adieu mères.

De célèbres comédiens marocains participent à votre film tels Rachid El Ouali, Mouna Fetou, Hanane Ibrahimi, Mohamed Bastaoui ou encore Nezha Regragui. Comment s’est déroulé le casting ?
Awlad Lablad regroupe un aréopage d’acteurs marocains confirmés. Mais une chose est sûre, c’est que toutes ces personnes correspondent aux rôles proposés. Leur choix n’a pas été anodin. Il faut souligner qu’avoir des acteurs connus et surtout plébiscités par le public ne peut que donner plus de crédibilité au film. En plus, la plupart d’entre eux ont déjà travaillé avec moi.

Justement, pourquoi vous préférez travailler avec les mêmes acteurs ?
C’est simple : l’équipe avec qui je travaille a fait toujours preuve de professionnalisme et de discipline. A force de travailler ensemble, une certaine complicité est née entre certains acteurs et moi. Chose qui me facilite la tâche et surtout m’encourage à donner le meilleur de moi-même. C’est le cas de Rachid El Ouali qui a presque joué dans tous mes films. Je vous confie que dans mes prochains films, je tenterai de collaborer avec les mêmes personnes. Etre entouré de gens qui croient en moi me met vraiment à l’aise…

Vous n’avez pas l’intention de donner une chance aux jeunes artistes ?
Je n’ai rien contre les comédiens débutants. Au contraire, c’est toujours un plaisir de donner un coup de pouce aux jeunes. Mais leur rôle reste complémentaire par rapport à celui des acteurs confirmés. Il faut se donner du temps et surtout ne jamais oublier qu’on ne naît pas star. Le casting reste parmi les étapes les plus difficiles. Il représente plus de 50% du travail. Bien choisir ses acteurs est très important.

Quel est le budget du film «Awlad Lablad» ?
Le budget s’élève à 9,7 millions de dirhams dont 3,7 millions ont été accordés par le Centre cinématographique marocain (CCM)comme avance sur recettes et 1 million a été octroyé par 2M qui a co-produit le film. Au début, j’avais tablé sur 12 millions de dirhams. Une somme que je n’ai pas réussi à avoir. Vous savez, je ne crois plus aux co-productions étrangères, c’est pourquoi j’ai tenté tant bien que mal pour que le film soit une production 100% marocaine.
Certes, ce n’est point facile, mais je n’avais pas le choix. Notre cinéma est militant, il faut donc faire des concessions pour aller de l’avant. Je ne comprends pas ces gens qui comparent nos films aux productions américaines. C’est deux mondes complètement différents… Je ne cesserai jamais de le dire : le cinéma marocain a connu une grande évolution. Toutefois, il lui reste un long chemin à parcourir. La question qui s’impose donc est jusqu’à quand cette situation persistera-t-elle ?

Justement, quels sont les maux dont souffre le cinéma marocain ?
Tout d’abord, il y a le problème des salles qui commence à prendre de l’ampleur. Aujourd’hui, nous avons à peine 37 salles à travers tout le Royaume. Je suis sûr que d’ici à la fin de 2010, d’autres salles seront fermées. Comment peut-on donc parler d’un cinéma prospère sans avoir assez de salles obscures ?
Ensuite, il y a le piratage. L’Etat doit trouver une solution définitive à ce problème qui nous fait perdre énormément d’argent.
Enfin, il y a le problème financier qui entrave notre travail. Le CCM doit revoir sa stratégie et mettre en place un plan d’action adapté à la réalité. Financer un film a été depuis toujours un calvaire pour les cinéastes au Maroc. Malheureusement, la situation est la même. Il faut vraiment galérer pour faire un film.

Les films d’auteurs ont-ils leur place dans notre cinéma ?
C’est toujours bien de varier les sujets… Cependant, faire un film inaccessible me paraît inutile. Notre but est de sensibiliser et divertir les gens en leur offrant une histoire cohérente et un message clair et précis, sans pour autant tomber dans le ridicule. Je suis conscient de la difficulté de cette équation, mais je pense que c’est le seul moyen pour faire aimer aux gens le cinéma marocain.
C’est vrai que les films nationaux ont été très prisés par le public ces dernières années, mais il faut persévérer davantage pour fidéliser les spectateurs. Quel cinéma et quel type de film veut-on faire ? C’est la question qui se pose actuellement.