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Culture

«Les Jardins du paradis» : Une mère en première ligne d’un Maroc à deux vitesses

Dans un bidonville à la périphérie de Casablanca, Naima affronte une loi patriarcale absurde pour scolariser son fils : un père fantôme verrouille tout. Première fiction de Sonia Terrab, ce court métrage écorche la Moudawana et un Maroc déchiré, où la jeunesse hurle : «Le paradis, on le veut maintenant, pas dans l’au-delà !»

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Dans un bidonville menacé de bulldozers, une femme se bat pour un droit fondamental : l’école pour son enfant.

Premier passage à la fiction pour Sonia Terrab, ce court métrage tourné en immersion avec des habitants réels prolonge ses thèmes documentaires (jeunesse, femmes, invisibles) pour dénoncer un Maroc en accélération qui marginalise les plus vulnérables.

Naima élève seule Ahmed, 11 ans, dans ces baraques de tôle et de parpaings bordant Casablanca. L’État décide de reloger les familles, un geste de «modernisation» censé effacer les bidonvilles.

Mais pour transférer Ahmed dans une nouvelle école, la loi exige la signature du père, volatilisé. Courant les bureaux, elle défie la tutelle patriarcale qui bloque l’avenir de l’enfant.

«C’est une injustice énorme qui ne devrait plus exister», confie Terrab, disséquant les failles de la Moudawana.

Issue du documentaire, la réalisatrice arpente ces quartiers défavorisés : «J’ai tourné au plus près des jeunes, de l’urbanisme précaire. J’adore filmer la rue, les gens».

C’est là qu’elle a capté ces drames récurrents: enfants déscolarisés, otages d’un père absent ou vengeur refusant de signer. Le bidonville promis à la destruction – rasé pendant l’écriture – symbolise un progrès économique qui éjecte les familles aux marges.

Ce décor est un miroir de fracture. Femme de ménage dans un luxe inaccessible (marbre, mer, villas), Naima effleure un monde exclu.

Mère en sursis
Devant l’enceinte «Paradise Garden», ironie d’un paradis terrestre réservé à d’autres. «Elle traverse ces espaces sans y appartenir, exclue du développement marocain», note Terrab.

Le titre pervertit le motif biblique : des jardins de l’au-delà deviennent une promesse piétinée par l’urbanisme brutal. «On nous serine la résilience pour l’au-delà, mais on veut cette vie meilleure ici et maintenant, pas de loin».

La Moudawana freine cette mutation : lois exposant plus qu’elles ne protègent, comme la criminalisation des relations hors mariage dissuadant les victimes de viol.

La tutelle accorde au père absent un pouvoir décisif : «Il décide de l’enfant qu’il a abandonné, tandis que la mère se démène». Réforme annoncée, propositions pour une tutelle administrative aux mères… mais rien de voté.

«Dans un Maroc qui file, ces injustices oppressent femmes et enfants». Militante cofondatrice du mouvement Hors-la-loi, Terrab l’a vu de près. Sans misérabilisme, le film pulse d’urgence.

Tourné dans un vrai lieu, il évite le voyeurisme pour happer le quotidien d’une mère combative. «Filmer des gens jouant leur rôle donne force et authenticité, loin du superficiel».

Le cinéma n’est pas militant pour elle – «J’ai milité autrement» –, mais intime : «Toucher une personne pour qu’elle change la société, voilà ma victoire». Un film modeste, mais qui, comme une graine dans le béton, porte l’espoir d’un jardin à venir. Ici et maintenant.