Culture
Le musée Lalla Mimouna, une galerie d’art exceptionnelle
À quelques encablures d’Erfoud, Tinjdad abrite une galerie d’art exceptionnelle : le Musée des Sources Lalla Mimouna. Fondé par Zaid Abbou, un collectionneur hors pair, on y trouve exposé, sous forme d’objets rares, tout un pan du patrimoine culturel berbère.
Ce n’est pas qu’à Rabat, Casablanca ou Marrakech qu’on trouve un musée d’art de valeur. Sur la route nationale menant de Tinghir à Rissani, porte du désert, se niche Tinjdad.
Une petite agglomération relevant de la région Drâa-Tafilalt, a priori sans intérêt, que traversent quotidiennement les voyageurs allant à la découverte des dunes de Merzouga. Pourtant, cette localité recèle un petit trésor artistique et socioculturel dont les habitants ne sont pas peu fiers.
Deux kilomètres avant d’y accéder, un panneau vous indique : le Musée des Sources Lalla Mimouna. N’hésitez pas, entrez visiter ce site exceptionnel, fruit du travail inlassable de Zaid Abbou, un passionné d’art et de calligraphie, voici maintenant presque quarante ans.
Zaid est un pur jus de Tinjdad. Polyglotte, passionné d’art et de calligraphie, collectionneur invétéré d’objets anciens, il retourne au Maroc en 1975 après des études supérieures à l’Institut des langues étrangères en Allemagne.
Avant de fonder ce musée, il a bourlingué d’abord comme guide touristique international, une carrière bien riche, tant au niveau financier que culturel. D’où des revenus confortables, une villa à Agadir qu’il a transformée par la décoration qu’il lui choisit et les objets d’art qu’il collectionne en petit musée : tapis anciens, bijoux centenaires en cuivre et en argent, tableaux calligraphiés de sa propre signature…
Un jour, la folie de l’art l’emporte, Zaid laisse tomber sa carrière professionnelle et les privilèges qui en découlent pour se spécialiser dans le domaine qu’il affectionne le plus, la calligraphie, les objets anciens et l’art en général.
«Une idée folle aux conséquences imprévisibles», consent-il sans regret. Retour aux sources, sa ville natale, pour fonder d’abord la «Galerie chez Zaid», en 1990, à Tinjdad même, et, quelques années plus tard, «Le musée des sources Lalla Mimouna», un site plus spacieux et mieux achalandé que le premier.
Il l’installe sur un terrain de trois hectares appartenant à la commune de la ville, où se trouve justement une source d’eau naturelle, objet de toutes les convoitises, dans une région prédésertique où, on le comprend, l’eau plus qu’ailleurs est source de vie et de prospérité.
Sauf qu’après analyse de laboratoire, cette eau, outre qu’elle est saumâtre, s’est avérée trop polluée. N’empêche, Zaid mène un combat auprès des autorités locales pour acquérir ce terrain et y installer son projet de musée.
Il se situe au bord de la route goudronnée et donc facilement accessible aux visiteurs. En 2007, fin des travaux de construction, sa nouvelle galerie est fin prête pour accueillir ses premiers visiteurs, après y avoir transféré d’Agadir ses trésors collectionnés de longue date.
Résultat : un chef-d’œuvre digne des grands musées d’art à l’international. Zaid, que nous trouvons penché sur ses papiers (un futur recueil qu’il prépare sur l’écriture et la calligraphie arabes), se lève de sa chaise pour notre accueil.
Le personnage est une mine de connaissances sur l’art et le patrimoine culturel, amazighs en particulier, le visiteur ne peut qu’en être épaté, encore davantage quand le muséologue le prend par la main pour lui faire découvrir ses collections.
Plusieurs musées à la fois
Répertoriée dans plusieurs guides touristiques, sites et supports électroniques, dont «TripAdvisor», «Le Petit futé» et «Le Routard», sa galerie commence à être connue au plan national et international, et les louanges sur le musée fusent.
«C’est certainement le lieu qui symbolise le mieux le Maroc de demain, à ne pas manquer sous aucun prétexte», conseille ce dernier dans l’une de ses éditions. Atout indéniable : la variété, la richesse des objets exposés et la manière dont ils le sont (originale, fonctionnelle, didactique).
Plusieurs musées dans un seul, en réalité, qui renvoient chacun à une histoire, une époque, une culture, des traditions ancestrales. Mais c’est le patrimoine berbère du Sud marocain qui est ostensiblement mis en exergue.
Exemple, le musée de l’eau : on y trouve tous les outils de creusement des puits et d’adduction d’eau, à travers le système des «Khattaras» qui a fait ses heures de gloire.
De même, l’on y apprécie le serveur de l’eau traditionnel, le «guerrab», avec, en bandoulière, son outre, tenant entre les mains ses tasses jaunes en cuivre dans lesquelles il sert ses clients.
Une façon pour Zaid de mettre en scène l’eau des Sources Lalla Mimouna, en lui conservant son caractère sacré. Autre exemple, le musée du mariage berbère : y sont exposés les bijoux de la mariée, ses produits d’embellissement, ses caftans, et même quelques exemplaires d’actes de mariage datant du 17e et 18e siècle, libellés par des adouls musulmans et des rabbins israélites, que notre collectionneur a pu dénicher au fur et à mesure de ses pérégrinations à travers le Royaume.
Le musée de l’écriture, le «qalam» : on y découvre des plumes antiques, de l’encre qui servait à écrire sur les «louhas». À leur côté, spectacle moins réjouissant mais qui colle au décor, le sempiternel bâton qui servait à la «falaqa» pour «dresser» les élèves récalcitrants.
D’autres petits pavillons s’y défilent, reproduisant d’autres facettes du patrimoine culturel et artistique du Maroc arabo-berbéro-hébraïque : dans le domaine culinaire, de la maçonnerie, la menuiserie, la forgerie, la monnaie, la poterie… Tout un pavillon est dédié à l’agriculture, un autre à la vie nomade.
Le Musée des Sources Lalla Mimouna de Tinjdad est une merveille artistique d’une valeur inestimable, qui devrait être mieux connu. «C’est dans l’intérêt du ministère de la Culture de contribuer à le faire connaître au touriste étranger se rendant à Merzouga, c’est un crochet incontournable.
Le Marocain ne s’y arrête presque jamais», se désole le collectionneur. Zaid reconnait avoir été invité à plusieurs expositions, dont l’une tenue au Théâtre Mohammed V, quand Hassan Maâouni était secrétaire d’État chargé de l’Artisanat.
Ce département avait joué en effet, rappelons-le, un rôle important dans la promotion du patrimoine culturel et artistique du Maroc. Il a été invité aussi par l’agence française France arts et vie, spécialisée dans les voyages culturels, pour exposer à Aix-en-Provence, où il a rencontré des calligraphes de renom.
La dernière, en 2022, eut lieu lors d’une activité culturelle et artistique sous la houlette de l’actuel ministre Mehdi Bensaid, tenue à Ksar El-Fida à Rissani. Elle lui a permis d’exposer quelques-unes de ses œuvres calligraphiques, de même une année plus tard à Bab El-Kébir (kasbah des Oudayas) à Rabat.
Au ministère de tutelle, il reproche de n’avoir fait aucun geste pour encourager ce musée, «ni financier ni moral ni promotionnel. Je ne demande pas d’argent, mais au moins qu’on fasse connaître auprès du public marocain l’existence de ce musée, aussi loin des grandes villes soit-il.»
La seule personnalité à faire le déplacement depuis Rabat, se souvient-il, fut la défunte Touria Jabrane, du temps où elle a été ministre de la Culture. En 2023, ce musée revient de loin, il avait subi de plein fouet les inondations qui avaient sévi dans toute la région.
Il lui a fallu plusieurs semaines pour sauver son patrimoine d’une perdition quasi assurée, «si ce n’est les autorités locales qui s’étaient mobilisées pour me donner un coup de main, ce trésor artistique aurait été enseveli à jamais», se réjouit-il.
