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Culture

«L’Batal» : Un film drôle, simple et efficace

Il se vouait corps et âme à l’acting. La réalisation le cueillit sur le vif. Omar Lotfi est, à 40 ans, un débutant qui possède les atouts nécessaires pour se hisser parmi les meilleurs. Il se frotte les mains, «L’Batal», son premier long-métrage produit par RedOne, est en passe de pulvériser les records d’entrées.

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Omar Lotfi a bien négocié son virage. La peur qui le tenaillait lors du tournage et de la sortie de son premier film a cédé la place à une joie immense. Les doutes initiaux se sont évaporés comme la rosée au lever du soleil. Parce que tout a été fait dans les normes : une avant-première pour la presse, une sortie en grande pompe et une tournée nationale. Le destin de L’Batal était ainsi tout tracé.
L’acteur et dorénavant le réalisateur n’a rien négligé. Résultat : des jours de succès . Il est en passe de pulvériser tous les records d’entrées.

Ce succès s’explique de manière assez simple : L’Batal est un bon film qui traduit la touche d’un garçon qui en veut et qui a compris que faire du cinéma, c’est d’abord donner à voir. Selon Omar Lotfi, pour assurer le développement durable du cinéma national, il est impératif de proposer au public des films à la fois accessibles et esthétiquement soignés.

Pour le meilleur et pour le rire
Dans ce film-là, Lotfi privilégie une narration classique et efficace, centrée sur une histoire simple et touchante. Loin des expérimentations formelles, il offre au spectateur un récit clair et cohérent, ancré dans une réalité familière. Le rêve brisé du jeune héros est le fil conducteur de cette œuvre cinématographique. Cette mésaventure, loin d’être anecdotique, est au cœur même de l’identité du film, reflétant les aspirations et les désillusions d’une génération.

Loin d’être une simple comédie, L’Batal explore des thèmes plus sombres avec une légèreté déconcertante. Le film parvient à créer une atmosphère où le rire côtoie l’émotion. C’est la force du film. Les dialogues incisifs et les situations cocasses servent à souligner la complexité des personnages et les enjeux dramatiques.

Lotfi joue, en effet, sur plusieurs registres pour construire son récit : drame, aventure et situations cocasses. Le mélange des genres fait tout l’intérêt du film. Le succès est donc au rendez-vous. Et c’est tant mieux. Reste que Lotfi n’en est qu’à ses débuts dans le monde de la réalisation. La peur au ventre a disparu. Elle lui a cependant permis de relever le défi et de conquérir le public avec la complicité des calibres de notre comédie, notamment Aziz Dadas, Rafik Boubker, Majdouline Idrissi, Farah El Fassi et Fehd Benchamsi.

Ce long-métrage a été pour lui une véritable aventure créative. L’intrigue, riche en rebondissements et en émotions contrastées, a rendu cette expérience à la fois exaltante et gratifiante. Réaliser un film était un rêve qui l’animait depuis ses premiers pas dans le monde du grand et petit écran.

Flashback
Après un détour par les fourneaux d’une école hôtelière, il a finalement cédé à l’appel des planches, intégrant le Conservatoire du boulevard de Paris à Casablanca. «Au lycée, je goûtais aux joies du théâtre, mais sans véritable projet professionnel. C’est au fil du temps, grâce à des rencontres déterminantes, que ma vocation s’est révélée», confie-t-il. Pendant six ans, il a ainsi exploré les multiples facettes du théâtre, au sein de la dynamique scène casablancaise. «Le théâtre est devenu mon univers, un espace de liberté et d’expression que je ne suis pas prêt d’abandonner.»

Ses débuts au cinéma, dans les années 2000, sont fulgurants. Ses interprétations dans Tu te souviens d’Adil ? et Casanegra sont saluées par la critique et lui valent de nombreuses distinctions dans des festivals internationaux, notamment à Tanger, Dubaï et Bruxelles. Ces premiers succès le consacrent rapidement comme l’un des acteurs les plus prometteurs de sa génération.

Selon Omar, son rôle dans Casanegra a été un tournant dans sa carrière. «Noureddine Lakhmari ne propose que des rôles de qualité, qui permettent à l’acteur de se développer. C’est pour cela que je le considère comme un réalisateur exigeant et respectueux», explique-t-il.
Après avoir incarné deux personnages nommés Adil, tous deux animés par le désir d’émigrer, Omar Lotfi confie avoir été souvent sollicité pour des rôles similaires. «Je voulais sortir de ce registre et explorer d’autres facettes du jeu d’acteur. J’aspire à des rôles plus complexes, comme ceux de psychopathe, de handicapé ou d’autiste. Chaque personnage est une nouvelle aventure, à condition de s’y investir pleinement», souligne-t-il.

Investir dans des personnages
Interrogé sur ce qui le séduit dans le métier d’acteur, il rétorque par : «C’est la possibilité de vivre mille vies différentes. Grâce au jeu, je peux explorer des univers que je n’aurais jamais imaginés et ressentir des émotions que je n’aurais jamais cru possibles».

Quelques années plus tard, Noureddine Lakhmari, le réalisateur qui l’avait révélé au grand public, lui propose un nouveau défi : incarner un personnage handicapé dans la série El Kadia. Ce choix audacieux a permis à l’acteur de prouver qu’il était capable de s’investir dans des personnages complexes, démontrant ainsi l’étendue de son talent.

Il n’existe pas de formule magique pour interpréter un rôle complexe, confie-t-il. Selon lui, il faut puiser au plus profond de soi. Pour incarner Hmimou, par exemple, il s’est mis dans la peau d’une personne autiste. «C’est comme si j’étais moi-même atteint d’autisme. Les rôles plus simples, quant à eux, peuvent être interprétés de manière plus technique», dit-il.

Devenu un acteur sur qui il faut compter, il enchaîna les tournages, dans des productions comme Djinns d’Hugues Martin et Sandra Martin, L’Amante du Rif de Narjiss Nejjar, La Source des femmes de Radu Mihaileanu, SAGA, l’histoire des hommes qui ne reviennent jamais d’Othman Naciri ou Achoura de Talal Selhami.

«Ce qui m’enrichit le plus, c’est de pouvoir me métamorphoser à l’écran et d’incarner des personnages totalement différents de moi. C’est une véritable catharsis qui me permet de surmonter ma timidité et d’explorer de nouvelles facettes de ma personnalité», avoue-t-il.
Et d’en rajouter : «Le rôle que je rêve d’incarner est celui que je pourrais imaginer moi-même et lui donner vie en produisant mon propre film». Ce qui fut fait avec L’Batal.

Sur le plateau de tournage, «tout s’est très bien déroulé. Nous avons passé d’excellents moments, il y avait beaucoup de complicité avec les acteurs. On sentait bien que toute l’équipe du tournage, y compris les comédiens, appréciait vraiment ce qu’il faisait. Nous communiquions tellement souvent qu’il y avait vraiment du feeling… et beaucoup de fou rire. Parfois, je devais demander à tout le monde de se taire pour pouvoir me concentrer, mais je ne pouvais m’empêcher de rire», se souvient-il.

Premier long-métrage d’Omar Lotfi, L’Batal, consacre avec bonheur le talent d’un jeune réalisateur qui, bien intelligemment, livre une œuvre solide et cohérente, qui témoigne d’un grand potentiel. Il ne faut pas hésiter à exprimer notre adoration pour Omar Lotfi, qui fait preuve d’une loyauté sans faille envers son art.