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Culture

ICC : En finir avec le modèle de l’assistanat

En les subventionnant à tour de bras, on a fini par installer des créateurs dans une position de demandeurs d’aide. Cela a certes donné des fruits, mais les industries culturelles et créatives (ICC) sont en train de changer de paradigme.

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Il est vrai que la prise de conscience ne date pas d’aujourd’hui, mais on a le sentiment que le secteur des industries culturelles et créatives prend une nouvelle trajectoire, voire qu’il est à la veille d’une inflexion décisive qui se traduira par un nouvel élan à la dynamique à laquelle on assiste depuis quelques années.

Déjà que l’État a considérablement revu à la hausse le soutien financier aux diverses branches de la création artistique, que la production législative y afférente a positivement évolué (6 textes de loi rien que depuis 2021), que la logique de l’assistanat est de plus en plus remise en cause, que la coordination est parfaite entre le ministère de la Culture et la Fédération relevant de la CGEM, que l’on commence à parler avec de nouveaux outils de langage sur ce secteur en rupture avec une terminologie qui versait dans le social et de l’associatif, que l’on s’oriente de plus en plus vers la nécessité de le considérer comme un secteur productif à part entière, que l’on commence à s’organiser de mieux en mieux, que l’informel même existant est pointé du doigt et que les responsables prennent très au sérieux l’impératif de bonifier le capital culturel pour en faire un vrai levier du développement socioéconomique du pays.

Il s’agit là des premiers enseignements que l’on peut tirer de la 2e édition des Assises des industries culturelles et créatives (ICC). Et les cinq panels, qui ont été animés par des experts marocains et étrangers, en ont donné la démonstration.

Une épine nommée financement
S’il est vrai que les prémices de cette dynamique ont été relevées dès la première édition de 2019, la pandémie de Covid a campé le mauvais rôle de «freinage brusque et brutal» de l’élan que les professionnels auraient souhaité imprimer au secteur.

N’empêche, l’accompagnement de l’État des secteurs artistiques a réduit les dégâts, mais il fallait tout recadrer pour bâtir de nouveaux socles solides pour aller encore plus loin. Bien entendu, certaines voix trouveront à en redire en estimant que depuis «on attend toujours du concret», mais la «détermination» des responsables publiques et des représentants du privé milite en faveur de l’optimisme. Encore faut-il «regagner la confiance pour aller ensemble vers les horizons prometteurs que recèle ce secteur porteur», pour paraphraser Neila Tazi, présidente de la Fédération des ICC, qui plaide pour la consolidation du partenariat public-privé.

Pour le constat, il n’y avait pas «cinquante énigmes à résoudre», mais des réponses à apporter aux besoins exprimés, notamment par les professionnels. Or, sans surprise, c’est la problématique de l’accès au financement, comme pour d’autres secteurs productifs, qui s’impose. Car il est question de l’un des freins majeurs qui plombent le développement des ICC et, partant, empêchent d’en tirer le plein potentiel.

Bien entendu, on peut penser à la voie classique qui renvoie à la logique des prêts bancaires, mais celle-ci, jusqu’à preuve du contraire, obéit aux «règles transactionnelles classiques», alors que ce secteur, de par ses spécificités, exige des approches innovantes. D’où l’intérêt accordé au crowdfunding, au fonds d’amorçage, à l’investissement direct, à la subvention, au mécénat, etc. Maintenant, la piste est porteuse, encore faut-il disposer d’un cadre légal pour «encadrer» au mieux le secteur tout en réduisant l’«empreinte de l’informel» qui le marque.

On comprend dès lors toute l’importance que revêt la proposition portée par la Fédération des ICC et devant être présentée d’ici fin 2024 pour un statut spécifique à l’entreprise culturelle. De la même manière que la proposition de loi en gestation sur le mécénat. Sous d’autres cieux, des expériences ont réussi et il n’y a pas de raison pour que cela ne marche pas chez nous. Bien évidemment, tout en prenant en ligne de compte les spécificités de l’environnement marocain.

D’ailleurs, la présence lors de ces Assises d’intervenants de divers horizons, dont des représentants des établissements bancaires de la place, laisse entrevoir la possibilité de rapprocher le monde de la culture de celui de la finance, comme l’a relevé le ministre de la Culture, Mohamed Mehdi Bensaid. Les deux parties pouvant, à terme, partager «le même langage», sans que cela déteigne sur la «créativité» qui s’inscrit plus dans «l’imaginaire que dans la réalité des chiffres». «Une jonction salutaire, parce que nécessaire», impose. Sur un autre volet, on pourra aussi compter sur la coopération internationale dont l’une des plus importantes manifestations est le partenariat avec l’Union européenne, en phase de prendre un nouvel élan, comme l’a souligné l’ambassadrice Patricia Llombart Cussac. Mais il y a aussi à mettre en avant la convention signée, en marge de ces Assises, entre Tamwilcom et la SFI, du Groupe de la Banque mondiale.

Celle-ci visant à «fournir une assiette financière de financement appropriée aux projets culturels et artistiques. Une initiative qui servirait d’expérience pilote qui pourrait à terme couvrir d’autres pays de l’Afrique. Nous voilà, ainsi, dans une dimension continentale où le Maroc pourra s’installer en «modèle duplicable». Le tout dans une perspective où l’on ne saura plus dans la position du simple consommateur des «images d’autrui», mais dans un «positionnement de producteur de nos propres images pour nos publics».

Et le continent a tous les atouts pour réussir le pari de s’imposer en tant qu’acteur majeur sur le marché mondial. Avec la richesse de ses identités plurielles et de la créativité de ses jeunes comme leviers.

 


Des pistes pour faire plus
Les Assises des ICC, qui se sont déroulées les 2 et 3 octobre à Rabat, ont été sanctionnées par plusieurs recommandations qui devront constituer des balises pour développer davantage ce secteur porteur. De prime abord, il est question d’accélérer l’exploitation des immenses potentialités que recèlent ces Industries. De même que les participants ont appelé à tirer profit de la Charte de l’investissement pour dynamiser les investissements dans ce secteur, tout en favorisant la création, et en tenant aussi compte de l’importance de préserver le patrimoine en le revalorisant. Sans oublier l’apport de la digitalisation et de l’IA en la matière. Aussi, ont-ils insisté sur la mise en avant de l’attractivité du secteur et d’encourager la création des entreprises opérant dans les ICC. Des «carottes fiscales» ne seraient pas de trop ! C’est que développer ce secteur revient à créer plus de richesse, plus de valeur ajoutée et plus d’emplois, notamment pour les jeunes créateurs.