Chronique
Gagnons en humilité
Après avoir réussi ce que nous avons réussi, appris des leçons de ce que nous avons raté et reçu les coups de ce que nous n’avons pas pu voir venir, continuons l’exercice de toujours essayer de nous améliorer. De tenir et de persévérer, sur de bonnes bases si possible.
Essayons maintenant de poursuivre cet exercice d’excellence en observant une règle, une discipline, une stratégie… chacun l’appellera comme il l’entend. Celle que je propose est de travailler en silence jusqu’à ce que les choses se réalisent. Appliquons cette maxime attribuée à Napoléon : «Il ne faut avouer avoir pensé aux choses qu’une fois réalisées». Ce n’est pas certain qu’elle soit vraiment de Napoléon, adoptons-là quand même, puisqu’elle résume assez bien ce que visiblement nous ne savons pas faire.
Le panégyrique, mauvais conseiller
J’ai lu, en effet, des commentaires rivalisant de panégyrique entre eux. Et je ne sais pas s’ils rendent service à l’image du Maroc. Car cette exagération pourrait devenir nuisible quand la description, presque plate, des faits suffirait à montrer calmement que le Maroc est sur la bonne voie.
Même dans le cas où nous serions intimement convaincus d’être les meilleurs sur cette Terre, adoptons l’humilité en tant que stratégie de communication, basée sur une certaine modestie. Même si elle est fausse, l’essentiel est que ce ne soit pas visible. L’excès dans le commentaire fait courir le risque de rendre l’action insignifiante.
Après tout, les résultats obtenus ne l’ont pas été par accident ou hasard. Ils sont le fruit logique des efforts soutenus. Malgré parfois une désorganisation que les Marocains ont su élever au rang d’un art abstrait, en ne faisant rien comme les autres.
Exagération contre-productive
Habituons-nous, dorénavant, à la nécessité d’excellence. Pour une seule et simple raison : parce que nous le pouvons. Le Maroc est de plus en plus performant dans bien des domaines. Et la seule explication réside dans le fait que quand nous sommes disciplinés et rigoureux, nous pouvons accomplir des miracles. Cela devrait devenir une normalité qui n’a pas besoin d’être expliquée. Nous gagnerons le jour où nous n’aurions plus ni l’envie ni le besoin de justifier le fait que nous pouvons être performants.
L’exagération dans le commentaire est contre-productive, car elle démontrerait que les résultats obtenus sont de l’ordre de l’exceptionnel. Et que la normalité irait plutôt dans le sens de la médiocrité. Alors que nous devrions inverser cette tendance de compréhension. Le Maroc n’a rien à envier à d’autres nations.
Nécessité de discrétion stratégique
Et quand nous excellons dans quelque chose, trop de cris de joie finissent par transformer le résultat normal d’une politique en un exploit extraordinaire ! C’est bien d’être content de soi quand c’est mérité, cela permet de garder la motivation plus longtemps. Mais, car il y a un mais, quand être content de soi dépasse une certaine limite, cela peut sonner faux et devenir contre-productif.
Après tout, il n’y a pas que Napoléon, nous avons aussi un hadith du Prophète qui dit : «Aidez-vous par la discrétion pour réaliser vos projets, car toute personne qui possède un bienfait est enviée». Il y va de même pour le pays. Ce n’est pas que nous soyons superstitieux, mais nous parlons stratégie de communication. Annoncer les résultats d’une action est toujours plus payant que d’annoncer la volonté de la faire dans l’avenir.
Montrer les résultats de ce que nous avons fait est beaucoup plus crédible que de dire sa volonté d’éventuellement le faire dans l’avenir. Le passé est palpable, l’avenir est incertain. Et quand les effets d’annonce ne sont pas suivis de résultats, cela décrédibilise et l’action et celui qui est supposé la faire.
Il n’y a pas besoin de chercher trop loin pour égrener la liste de ce qui a été annoncé et pas fait. Apprenons donc du passé pour mieux assurer notre avenir. La culture est la solution.
