Culture
Fuite de jazz à tous les étages !
Jazzablanca 2025 s’apprête à faire trembler Anfa Park avec une 18e édition qui pulse comme un cœur en surchauffe. Dix jours de jazz, funk, soul, gnaoua, hip-hop et électro, où légendes et prodiges se croisent dans un métissage fiévreux. Casablanca, tiens-toi prête : le groove va tout emporter !
Aux racines du jazz, cette bête indomptable née dans les ruelles moites de La Nouvelle-Orléans, il y a le cri des esclaves, leurs spirituals gorgés de ferveur et ce blues qui charrie l’âme noire, ses peines et ses espoirs. Du style New Orleans, avec ses cuivres frondeurs et ses rythmes chaloupés, au swing des big bands d’Ellington, puis au be-bop qui fracasse les tempos, jusqu’au free jazz, chaos libérateur des années 60, le jazz n’a jamais cessé de muter, de se réinventer, de porter haut une lutte, qu’elle soit sociale, politique ou simplement humaine. Boris Vian, jazzman et plume acérée, l’avait bien capté : pour rester jazz, il faut repousser ses frontières, toujours.
Jazzablanca, ce festival qui fait vibrer Casablanca depuis 18 ans, l’a compris mieux que quiconque. Du 3 au 12 juillet, à Anfa Park, il reviendra pour une édition qui s’étirera sur 10 jours, comme une jam-session sans fin, mêlant jazz, funk, soul, gnaoua, hip-hop et électro. Une programmation qui refuse les cases, qui célèbre le métissage et qui donne des sueurs froides aux puristes. Peu importe la chapelle, pourvu que l’ivresse soit là. Et elle le sera, à en juger par l’affiche, un cocktail détonant de légendes, de prodiges et de fusions inédites. Casablanca, ville-monde, s’apprête à swinguer, à groover, à vibrer.
Purement jazzy
Rembobinons jusqu’en 2006. Jazzablanca voit le jour ; coup d’essai, coup de maître. Succès public, éclat artistique : le festival se pose d’emblée comme un météore dans le ciel culturel marocain. Pas question de ronronner. Après sept ans au Mégarama, il s’installe à l’Hippodrome Casa-Anfa, puis, en 2022, trouve son écrin idéal à Anfa Park, où la verdure et la brise estivale subliment l’expérience. En 18 ans, Jazzablanca s’est forgé une âme : un festival à l’image de Casablanca, pluriel, audacieux, généreux.
Chaque édition repousse les limites, peaufine son alchimie, et 2025 ne dérogera pas. Avec 26 concerts, 180 musiciens de 14 pays et une formule en trois temps – deux week-ends explosifs et une parenthèse intimiste en semaine–, le festival promet une odyssée sonore sans égale. Il faut dire que cette édition claquera comme un solo de Charlie Parker, éclectique et brûlante.
La soirée d’ouverture, le 3 juillet, déferlera comme une vague de groove imparable. El Comité, sept Cubains virtuoses, balanceront un jazz afro-cubain bouillonnant, où la salsa rencontre des grooves internationaux. Hindi Zahra, enchanteresse marocaine, dévoilera son troisième album, un mélange de blues berbère, de folk andalou et de vibrations cosmiques. Et pour clore en beauté, Seal, légende britannique au timbre velouté, fera chavirer les cœurs avec «Kiss from a Rose» et «Crazy».
Le 4 juillet, Marcin, guitariste polonais, dynamitera les codes avec un jeu magnétique, entre classique et rock progressif. Seu Jorge, icône brésilienne, nous fera danser sur ses sambas modernes (Carolina, Burguesinha) et ses reprises de Bowie.
Puis, Kool & The Gang enchaîneront avec leur funk légendaire (Celebration, Jungle Boogie), prouvant, avec leur récent «People Just Wanna Have Fun», qu’ils n’ont rien perdu de leur flamme.
Le 5 juillet, Nubya Garcia, saxophoniste geignarde de Londres, enflammera l’ambiance avec son jazz teinté de soul et de rythmes caribéens. Caravan Palace s’évertuera dans un registre swingue, oui, purement électro-jazzy et à la française, avant que les Black Eyed Peas ne transforment Anfa Park en dancefloor géant avec «I Gotta Feeling» et «Where Is The Love».
Jazz à l’âme
En semaine, le Village sera un creuset de sonorités audacieuses et bigarrées. Le 6 juillet, Salif Keita, roi de la musique mandingue, offrira une performance acoustique d’une rare intensité, suivi par Aïta Mon Amour, qui réinvente l’aïta avec des touches électro. Le 7 juillet, Emel, voix tunisienne de la révolution, fusionnera folk et électro, tandis que Jordan Rakei, prodige de la néo-soul, nous envoûtera avec ses mélodies aériennes.
Le 8 juillet, Waaju et Majid Bekkas marieront groove londonien et gnaoua dans une transe psychédélique, puis Ezra Collective, lauréats du Mercury Prize, électrisera l’ambiance avec leur jazz afrobeat survolté. Enfin, le 9 juillet, Alfa Mist distillera un jazz contemporain introspectif, et Tif, rappeur algéro-français, clôturera indubitablement avec un flow éclectique.
Le 10 juillet, Faraj Suleiman et son Jazz Quintet palestinien donneront le la avec un jazz audacieux, mêlant mélodies levantines et harmonies complexes. Cory Henry & The Funk Apostles nous épateront avec un groove saupoudré de gospel, de jazz et de funk, avant que Parcels, groupe australien d’indie pop, n’embarque le public dans une vague disco irrésistible.
Le 11 juillet, Dominique Fils-Aimé, étoile soul canadienne, touchera nos âmes avec son univers engagé. Oum, diva marocaine, nous transportera avec son jazz saharien, suivie par Ibrahim Maalouf, qui reviendra avec The Trumpets of Michel-Ange, un projet aussi virtuose qu’émouvant, après son triomphe de 2022.
Le 12 juillet, la clôture sera une apothéose. Jupiter & Okwess, légendes congolaises, secoueront avec leur afro-rock volcanique. Une création originale réunira Hamid El Kasri et Mehdi Nassouli, deux maâlems gnaouas, pour une performance inédite avec Bilal, Karim Ziad, Rhani Khrija et Oum en invités. Un plateau de 14 musiciens qui promet une transe mémorable. Et pour fermer le bal, Macklemore, icône du hip-hop engagé, fera escale à Jazzablanca avec ses tubes (Thrift Shop, Can’t Hold Us) et son énergie fédératrice.
Cette tornade de notes, ces blanches qui dansent, ces rondes qui chaloupent, tout ça s’abattra sur Anfa Park comme un solo endiablé. Jazzablanca 2025, c’est plus qu’un festival : c’est une transe, une révolution, un groove qui vous happe et ne lâche rien. En bonus, des concerts gratuits embraseront la ville, faisant swinguer Casablanca jusqu’au bout de la nuit. Prenez vos places, ça va jazzer sec !
