SUIVEZ-NOUS

Culture

FIFM 2024 : Des œuvres, des stars et des éclats

Avec 40.000 spectateurs, dont 7.500 jeunes grâce au programme Jeune Public, la 21e édition du Festival international du film de Marrakech (FIFM) s’est imposée, une fois de plus, comme une des manifestations illustres, célébrant le cinéma du monde.

Publié le


Mis à jour le

Vendredi 29 novembre. Les alentours du Palais des Congrès prennent des airs de fête. Une foule animée mêlant badauds et festivaliers s’agglutine autour du tapis rouge, tandis que les préposés aux accréditations peinent à contenir l’engouement général.

À 19 heures, les invités prestigieux font leur apparition, sous une pluie de flashs. Les cinéastes marocains, conviés en grand nombre, affichent une mine réjouie. Nour-Eddine Lakhmari n’a pas manqué de louer les efforts de l’équipe du FIFM.

À l’intérieur, la cérémonie d’ouverture s’est déroulée avec grâce et faste. Le président du jury, Luca Guadagnino, a livré un discours empreint de poésie, affirmant avec sincérité son attachement à Marrakech et au cinéma : «Le cinéma ouvre la voie à des idées et des visions auxquelles d’autres n’auraient pas pensé».

Parmi les jurés, Virginie Efira a captivé par sa prestance éclatante, tandis que le charisme magnétique de figures comme Andrew Garfield, Santiago Mitre et Nadia Kounda a marqué les esprits.
La soirée s’est poursuivie avec la projection de «The Order» de Justin Kurzel, un thriller haletant explorant la corruption et le pouvoir.

«Ce festival donne une voix unique aux jeunes talents, leur offrant une chance de présenter leurs visions au monde», a-t-il affirmé. La 21e édition s’est distinguée par son ouverture à la diversité culturelle. Avec une sélection de 71 films provenant de 32 pays, le FIFM a fait la part belle aux récits engagés, tout en favorisant les échanges entre cinéastes marocains et étrangers.

Les Ateliers de l’Atlas, programme lancé en 2018, ont renforcé leur impact cette année en sélectionnant 27 projets parmi 320 candidatures, tout en élargissant leurs initiatives avec Atlas Station, un programme de perfectionnement destiné aux jeunes talents marocains.

Cette initiative, soutenue par Jeff Nichols, a permis à dix réalisateurs et producteurs marocains de développer leurs projets dans un cadre international, couronné par la remise de certificats d’excellence. Le FIFM a également été le théâtre de rencontres enrichissantes.

Des figures légendaires du cinéma, comme Tim Burton et David Cronenberg, ont partagé leurs visions artistiques. Tim Burton, revisitant ses œuvres emblématiques, a confié : «Je me sens encore comme un adolescent, avec ce même sentiment d’inadaptation». Cronenberg, lui, a exploré la monstruosité comme un processus évolutif, affirmant que «le cinéma de genre est une stratégie pour repousser les limites du conventionnel».

Regards audacieux
Parmi les œuvres ayant marqué cette édition, «Le Lac Bleu» de Daoud Aoulad-Syad a brillé par sa sensibilité poétique. Tourné dans le désert marocain, ce film raconte l’histoire émouvante d’un enfant non-voyant découvrant la photographie, une métaphore subtile de la résilience et de la quête de soi.

Le réalisateur s’est inspiré de son expérience avec des non-voyants en trek dans le désert pour construire cette œuvre à la fois intime et universelle.

Le documentaire «Alf Youm Wa Youm» de Simone Bitton a, quant à lui, rendu un hommage vibrant à Edmond Amran El Maleh, figure majeure de la littérature marocaine, tandis que «Rising Up at Night» de Nelson Makengo a plongé les spectateurs dans les nuits obscures et vibrantes de Kinshasa, offrant une immersion saisissante dans l’âme de la capitale congolaise.

La 21e édition du FIFM ne s’est pas contentée de maintenir son niveau d’exigence habituel : elle s’est surpassée. La sélection des films en compétition a fait preuve d’une homogénéité remarquable dans le haut de gamme, révélant des œuvres denses, originales et ouvertes au public.

Ces créations, signées par des auteurs au riche univers personnel, ont su éviter les pièges de l’amateurisme souvent revendiqué comme une marque de style.

Si «La Mer au loin» de Saïd Hamich Benlarbi n’a pas réussi à séduire, les autres films en compétition ont constitué un régal pour les sens. Les critiques eux-mêmes, bien avant l’annonce du palmarès, peinaient à départager des œuvres aussi captivantes.

«Soudan, souviens-toi de Hind Meddeb» a particulièrement touché par la fluidité de sa narration et la complexité émotionnelle de son récit, plongeant dans la résistance de la jeunesse soudanaise. L’œuvre séduit par son humanité et son engagement, des qualités qui résonnent bien au-delà de l’écran.

Certains, toutefois, plaçaient en tête «The Wolves Always Come at Night» de Gabrielle Brady, une fresque visuelle puissante explorant les conséquences du changement climatique en Mongolie.

D’autres ont été captivés par les premiers longs métrages de Muhammed Hamdy «Perfumed with Mint, Égypte» et de Dania Reymond-Boughenou «Les Tempêtes, Algérie», qui plongent dans les histoires personnelles et collectives de leurs pays respectifs. Ces récits, empreints d’une douceur poétique, laissent une trace indélébile dans l’esprit des spectateurs.

Parmi les révélations de cette édition, le cinéaste turc Murat Fıratoglu s’est distingué avec «One of Those Days When Hemme Dies», une œuvre graphique dénonçant l’injustice avec une force remarquable.

Les comédies dramatiques «Happyend» de Neo Sora (Japon) et «Jane Austen a gâché ma vie» de Laura Piani (Italie) ont également tenu leurs promesses, surpassant même les attentes grâce à leur écriture subtile et leurs personnages touchants.

Toutefois, on regrette l’absence de reconnaissance pour deux films asiatiques poignants explorant la thématique des femmes face à la violence : «Bound in Heaven» de Huo Xin (Chine) et «Ma – Cry of Silence» de The Maw Naing (Birmanie). Ces œuvres, profondément humaines, méritaient une attention particulière.

Le palmarès a cependant récompensé avec justesse deux films d’une intensité narrative remarquable : «La Quinta» (The Cottage) de Silvina Schnicer (Argentine) et «The Village Next to Paradise» de Mo Harawe (Somalie), qui ont partagé le prix du jury. Ces réalisateurs ont su, chacun à sa manière, imposer des regards audacieux et des visions singulières.

«Damian Kocur» a, de son côté, remporté le prix de la mise en scène pour «Under the Volcano» (Pologne), un film magnétique qui a également valu à Roman Lutskyi le prix d’interprétation masculine pour une performance bouleversante.

L’Étoile d’Or, la distinction suprême, a été attribuée à «Happy Holidays» de Scandar Copti, sublimée par les performances lumineuses de Manar Shehab et Wafaa Aoun, qui méritaient amplement leur prix d’interprétation.

L’absence d’un film marocain au palmarès n’a pas surpris. Les œuvres nationales présentées cette année n’ont pas su capter l’attention, à l’exception de quelques tentatives louables mais insuffisantes face à une compétition aussi relevée.

Comme l’a souligné un observateur : «Il est à construire.» Le FIFM, en promouvant des rencontres avec des cinéastes internationaux, joue néanmoins un rôle clé dans cette nécessaire évolution. Cette édition du FIFM a démontré, une fois encore, que l’audace et l’excellence sont les meilleures alliées pour faire briller le cinéma mondial.

Émotion et grandeur
Fidèle à sa vocation de célébrer les grandes figures du cinéma, le FIFM a, pour cette 21e édition, rendu des hommages marquants à des personnalités emblématiques du 7ᵉ art, tant marocaines qu’internationales.

Un vibrant hommage a été réservé à feue Naïma Elmcherqui, lors d’une soirée empreinte d’émotion où cinéastes de toutes générations sont venus témoigner leur amour et leur admiration pour cette figure marquante du cinéma marocain.

À cette occasion, Yasmine Khayat, fille de la défunte, a salué avec gratitude l’initiative du festival : «Vous êtes venus nombreux nous dire que nous ne sommes pas seuls, que vous partagez notre peine de l’avoir perdue et surtout que vous êtes fiers comme nous de l’avoir connue, aimée et côtoyée».

Une déclaration bouleversante qui a trouvé écho auprès d’une assemblée visiblement touchée par cet hommage sincère. Autre temps fort de cette édition, l’hommage rendu à Sean Penn, véritable icône du cinéma mondial. Fidèle à son engagement et à son franc-parler, il a souligné que «L’art n’est jamais neutre.

J’encourage tout le monde à être politiquement incorrect, à s’engager dans la diversité et à continuer de raconter des histoires». Une déclaration à la fois percutante et inspirante, reflet de son parcours d’artiste engagé.

Le Festival a également célébré l’immense héritage cinématographique de David Cronenberg. Dans un discours émouvant prononcé au Palais des Congrès, le maître du cinéma d’auteur a exprimé avec humilité: «C’est pour moi un grand honneur de faire partie de ceux qui, par leur art cinématographique, ont tenté de donner un sens à ce monde et à nos existences mutuellement dépendantes».

Un hommage appuyé à une carrière hors norme qui continue d’inspirer des générations de cinéastes et de cinéphiles. Certains redoutaient un essoufflement du FIFM. Pourtant, cette édition a su non seulement maintenir son prestige, mais aussi offrir une vitrine éclatante au cinéma du monde.

Avec des choix audacieux, une programmation exigeante et des rencontres mémorables, le Festival international du film de Marrakech a une fois encore prouvé qu’il est bien plus qu’un événement : un véritable phare pour les cinéastes et les amoureux du 7ᵉ art.