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Culture

FIFM 2023 : Une ode à la paix par ces temps de crise

D’une simplicité déconcertante, cette 20e édition du Festival international du film de Marrakech restera dans les annales. Elle est organisée en respectant les circonstances actuelles. Instantanés et particularités.

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Les projecteurs sont braqués, plus que jamais, sur la ville ocre en cette 20e édition du Festival international du film de Marrakech (FIFM). Sur fond de guerre au Moyen-Orient et de tensions géopolitiques mondiales, cette manifestation est organisée dans la sobriété la plus absolue. Pas de festivités ni de soirées gala en grande pompe. «Nous vivons dans un monde brisé et divisé», avait déclaré Jessica Chastain, actrice et réalisatrice américaine et présidente du jury de cette 20e édition. Malgré cela, cette grand-messe a tenu sa promesse de faire réunir les grands noms du 7e art, de rassembler les peuples de toute origine et de faire passer des messages de paix. «Une invitation à la découverte, à l’empathie et au partage», comme l’a souligné le Prince Moulay Rachid, Président de la Fondation du festival, dans son message.

Un jury éclectique, féminin par excellence
Petit bémol cette année : pas de conférence de presse des membres du jury. Ils sont neuf personnalités de renom, venues de huit pays différents. À sa tête se trouve Jessica Chastain qui devra, aux côtés des autres, primer les meilleurs films. La particularité du jury de cette édition est qu’il est à prédominance féminine. Six femmes et trois hommes ont été choisis pour sélectionner les productions, chacun selon les critères qui lui tiennent à cœur. Pour Tarik Saleh, réalisateur suédo-égyptien : «Je cherche l’originalité, une histoire qui n’a pas encore été racontée». Au-delà de la lourde responsabilité de récompenser les films retenus, les membres du jury sont tous honorés de leur présence au Maroc. Ils ont foulé le tapis rouge les vendredi et samedi, dans des tenues plus flamboyantes que le festival lui-même.
L’étendue de l’allée menant vers le Palais des Congrès, où les stars, sur leur 31, ne manquaient pas de saluer le grand public et de «poser» pour des photos, a cédé la place à un passage minuscule dans la salle des ambassadeurs dans ce même Palais. Pourtant, les personnalités n’ont pas manqué de jouer le jeu et de sortir leur grand sourire, sincère, on n’en doute pas, sous les objectifs des caméras. Alors que certains sont émerveillés par leur visite du pays ou de la ville pour la première fois, d’autres gardent un souvenir magique de leur visite qui date d’il y a longtemps. C’est dire à quel point le souvenir Maroc est indélébile. Reste à son industrie cinématographique de marquer les esprits.

Cinéma marocain, une diversité qui rayonne
Et c’est bien parti, puisque sur les 14 films en compétition, deux sont marocains. Il s’agit du film «Les meutes» de Kamal Lazraq et de «La mère de tous les mensonges» de Asmae El Moudir. Le premier, d’un style noir, raconte les liens forts entre un père et un fils qui tentent de survivre dans les faubourgs populaires de Casablanca et qui, par une malheureuse nuit, se retrouvent avec un cadavre à faire disparaître. Commence alors une longue nuit à travers les bas-fonds de la ville. Dans ce film, le casting est sauvage. «C’est une méthode de travail qui me permet beaucoup de liberté. Les amateurs n’ont pas de tics de jeu ou d’envie de paraître de telle ou telle manière. Ce qu’on réussit à obtenir d’eux est brut, intense et authentique», nous a confié le réalisateur. Dans le second film en lice pour l’Étoile d’or, Asmae El Moudir retrace un tissu de mensonges familiaux, révélé par une photo d’enfance qui a titillé sa curiosité. Elle se lance alors dans une quête de la vérité.
Ces deux films ont décroché le prix «Un certain regard» à Cannes. Au préalable, ils ont été soutenus par le programme des Ateliers de l’Atlas de la Fondation du festival. Que ce soit pour cette année ou pour les éditions précédentes, ce programme, initié en 2018, donne une forte impulsion à la nouvelle génération de cinéastes marocains, mais aussi arabes et africains. «Ces ateliers donnent un vrai coup de pouce pour développer les projets», estime Lazraq, surtout pour ceux ayant l’ambition de s’exporter à l’international. «Nous sommes là pour défendre de jeunes réalisateurs qui ont besoin des Ateliers de l’Atlas pour exister, faire vivre leur film et disposer du financement nécessaire», a expliqué Mélita Toscane du Plantier, conseillère du Président de la Fondation du festival. Un accompagnement et un suivi technique, mais aussi financier, pour la bagatelle de 126.000 euros. En tout, ce sont 6 films précédemment accompagnés qui sont présentés dans la programmation, dont les deux susmentionnés, en plus d’«Animalia» de Sofia Alaoui, «Déserts» de Faouzi Bensaïdi et «Indivision» de Leila Kilani.

La tant (pas) regrettée projection de Jamaâ El Fna

En plus du manque de l’esprit festif du festival, les projections à la place Jamaâ El Fna sont annulées, au grand dam de nombreux spectateurs et amoureux du grand écran. Ce n’est pas plus mal pour certains qui y voient plus une contrainte qu’un avantage. Les commerçants et artisans surtout considèrent que ces projections rassemblent une clientèle sans intention d’achat. Pire encore, elles empêchent les touristes acheteurs potentiels d’accéder aux commerces. Ce qui n’est pas le cas des restaurateurs qui auraient souhaité que ces projections se maintiennent.
Bref, un festival tout jeune (20 ans d’existence), mais qui a gagné beaucoup en maturité et en visibilité sur la scène internationale.