Culture
Festival Gnaoua : Quand Essaouira inspire la paix par la musique
Après un quart de siècle, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde n’a pris aucune ride. Il continue de se développer, de se diversifier et d’attirer des spectateurs de tout bord. Retour sur une édition haute en couleur.
Malgré ou grâce à ses 25 ans d’existence, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde continue d’attirer un public intergénérationnel, de plus en plus varié, de diverses nationalités, des quatre coins du Maroc et d’ailleurs.
Après un quart de siècle, le festival n’a pris aucune ride, avec une programmation toujours plus riche, des artistes qui se comptent par centaines, 400 pour cette année, pour être plus précis, 53 concerts et des fusions toujours plus innovantes.
Pour cette édition, organisée du 27 au 29 juin, les organisateurs ont choisi de tenir ce festival sous aucun thème précis, histoire de célébrer cette grand-messe en grande pompe, en hommage à 25 années de réalisations et de succès.
Ce festival est une célébration de l’âme, où les traditions ancestrales se mêlent à la modernité. C’est une sorte de dialogue entre les cultures marocaine, américaine, africaine, espagnole et bien d’autres… au rythme des guembris et qerqabat, mais aussi de saxophones, de guitares et tambours. Tout cela dans un esprit festif qui appelle à la paix et à l’unité entre les peuples. La cité des Alizés invite alors à une véritable immersion dans la culture marocaine, un voyage à travers les rythmes et les traditions ancestrales. Dès les premières notes, les festivaliers sont transportés par la magie des Gnaouas, leurs voix puissantes et leurs instruments envoûtants.
Une parade colorée et rythmée
Pour ne pas déroger à la règle, le coup d’envoi du festival a été donné par la tenue d’une parade, englobant une dizaine de troupes gnaouies et d’autres artistes marocains. Elles ont sillonné les avenues de l’ancienne médina, sous les regards des spectateurs émerveillés, comme chaque année, en commençant par Bab Doukkala pour terminer à Bab Sbaâ, où elles sont accueillies par les représentants officiels de la ville et du gouvernement, dont André Azoulay, président fondateur de l’Association Essaouira-Mogador, Neila Tazi, directrice du Festival, Mehdi Bensaid, ministre de la Culture et bien d’autres, comme José Luis Rodriguez Zapatero, ancien président du gouvernement espagnol.
Asmae Hamzaoui, maâlma gnaouie du groupe Asmae Hamzaoui & Bnat Timbouktou, a souligné que ce festival ne cesse de se développer une année après l’autre, pour intégrer aussi bien des femmes que des artistes du monde entier, «preuve que cet art n’est pas exclusif à un type de nationalité ou de culture… Tout le monde peut être accueilli», souligne-t-elle.
Justement, tout au long de ces années, ce festival a contribué à favoriser l’éclosion d’une nouvelle génération de gnaouas, des maâlems en herbe dont beaucoup sont des femmes. «Durant ces 25 dernières années, l’art gnaoui a gagné huit nouveaux maâlems», nous avait confié Abdeslam Alikane, co-directeur artistique du festival. La relève est bien là, portée par des artistes qui souhaitent perpétuer cet art qui commence à se professionnaliser, à répondre aux notes musicales conventionnelles et à intéresser même les écoles de musique les plus prestigieuses.
Berklee pour former les artistes
D’ailleurs, les responsables du festival, qui ont toujours mis en place des programmes de formation et de soutien à destination des jeunes musiciens, ont invité cette année le Berklee College of Music. Un partenariat a été noué dans l’objectif de former une dizaine d’artistes aussi bien marocains qu’étrangers, dont des gnaouis, aux règles de l’art de la musique. Intitulé «Berklee at the Essaouira Gnaoua and World Music Festival», ce programme a duré cinq jours durant, du 24 au 28 juin.
Le festival ne s’est pas limité à la musique. Parallèlement aux spectacles gnaouis faisant transporter les festivaliers, la 11e édition du Forum des droits humains a été organisée en partenariat avec le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), sous le thème «Maroc, Espagne, Portugal : une histoire qui a de l’avenir». Ce forum a favorisé des échanges constructifs sur les liens historiques et les perspectives futures entre ces nations.
À six années de l’organisation tripartite de la Coupe du monde 2030 par les trois pays, le Maroc, l’Espagne et le Portugal, ce thème trouve toute son importance. À cette occasion, Zapatero, qui était parmi les personnalités principales invitées à ce forum, a exprimé sa fierté du partenariat entre les trois pays. Il a mis, en parallèle, l’accent sur les messages d’amour, de paix et d’unité qui devraient être véhiculés à travers cet évènement.
De son côté, Driss El Yazami, président du CCME, soutient que les relations entre les trois pays hôtes du Mondial 2030 ont toujours évolué entre tensions et rapprochements. Pour lui : «Il est donc important de repenser les rôles des sociétés civiles, des intellectuels, des artistes et des sportifs également, dans l’établissement de relations saines et durables».
Bref, trois jours de spectacles, de concerts, de fusions, mais aussi de conférences, un forum, des tables rondes…, toutes ces manifestations réussissent à réunir les milliers de personnes présentes autour d’un thème universel : la paix.
Essaouira, la ville qui ne dort pas
La ville d’Essaouira, grâce entre autres au Festival Gnaoua, est devenue l’une des destinations marocaines les plus prisées par les touristes. Elle s’anime de manière exceptionnelle durant cette célébration gnaouie, de jour comme de nuit.
Comme l’avait précisé le ministre de la Culture, Mehdi Bensaid : «En 25 ans, Essaouira a connu un développement particulier en matière de restauration, d’unités hôtelières, de lieux d’hébergement, grâce aux efforts des pouvoirs publics qui ont accompagné l’essor touristique de la ville». Néanmoins, alors que les cafés, restaurants et autres lieux de loisir et de détente affichent carton plein, certains commerçants restent mécontents de la léthargie de leur activité pendant les trois jours du festival. «Plusieurs visiteurs, mais très peu d’achats», se plaignent certains.
Il faut dire aussi qu’ils profitent de l’occasion pour relever les prix des produits, espérant tirer des plus-values conséquentes…
Le touriste n’est plus dupe !


