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Culture

En Couv’. Oasis de liberté de Faouzi Bensaidi

Dans son dernier opus, Faouzi Bensaidi se permet la liberté du geste et l’exercice de style. «Déserts», présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes le 18 mai, a séduit par une esthétique mystique au service du sens de la pensée profonde. Critique.

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Une vieille voiture qui roule à peine, deux hommes habillés pareils, une carte qui s’envole au vent. L’histoire commence tel un road movie existentiel où une suite de hasards qui mène souvent au pire, où l’ironie du sort s’acharne malgré tout. Pourtant, Mehdi et Hamid, deux employés d’une agence de recouvrement de dettes, semblent être maîtres de leur destin et savoir ce qu’ils font. Ils sillonnent les villages excentrés du Sud à la recherche de remboursements. Les familles n’ont pas pour payer.

Qu’à cela ne tienne, on prend ce qu’il y à prendre : tapis, camionnettes, chèvres, portes… Le quotidien de ce duo, l’un est le miroir de l’autre, qui ne semble faire qu’un, est parsemé d’embuches, de frustrations. Ils travaillent beaucoup, ne sont pas bien payés, ont la pression de bien faire pour gagner leur vie, mais ce n’est pas suffisant pour bien vivre. Il s’agit de survivre. Une traversée du désert à la fois économique, sociale, affective où deux Marocains tentent d’avoir une vie «respectable» en pillant les gens sous prétexte qu’ils doivent de l’argent à l’État. Ces paradoxes semblent coûter cher à Mehdi et Hamid qui errent comme des âmes en peine tout en s’exécutant, en suivant les règles. Ils semblent s’abandonner à la douleur et à la joie d’être de ce monde.

La mise en scène est brillante. Le réalisateur marocain reprend les codes du théâtre pour donner du corps à ses personnages tout en se permettant de la musicalité pour donner ce rythme à part à ses scènes, des tableaux absurdes, dansants et dansés, avec toujours le mouvement juste qui poussera au rire sincère. Les moments de légèreté ont toujours du sens, les lenteurs assumées racontent les laissés-pour-compte et le temps qui passe sans qu’on les voit. On questionne sur la société, l’injustice, les libertés individuelles, la pauvreté, le manque d’amour.

De l’absurde à la poésie
Mais Faouzi Bensaidi ne s’arrête pas là. Il fait le pari de faire deux films en un, de proposer deux parties et de passer de l’absurde à la poésie sans sourciller, sans se corrompre. Lorsque le duo, formé par les excellents Fehd Benchemsi et Abdelhadj Taleb, rencontre l’évadé, le film bascule dans un mythisme qui fait du bien. Une fable politique assumée, presque métaphysique, où même ses personnages qui sont en quête de mauvais payeurs optent finalement pour une quête de la vie et du bonheur. Une quête de sens qui va peut-être leur coûter cher.

Pour son sixième film, le réalisateur marocain ose, se renouvelle, se permet une cure de jouvence tout en revenant aux sources. Ce film à la fois intemporel et moderne est une belle leçon de cinéma. Un film de mouvements, des cœurs, des corps, des âmes, des hommes. Un pari risqué et réussi où Faouzi Bensaidi met en premier plan les revirements émotionnels de ses personnages et met en scène l’amour du cinéma. Il s’impose comme un cinéaste dont la traversée du désert n’arrivera jamais…