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Culture

Dissonances estivales

L’été approche et les festivals de musique pointent leur nez. Dans le monde entier, l’été est la haute saison pour les tournées des musiciens, en particulier, et des spectacles vivants, en général. Qu’en est-il chez nous ? Suivons nous la marche du monde ou constituons-nous une autre exception culturelle ?

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Le Maroc, aussi, connaît sa floraison estivale des festivals de musique. Jusque-là, nous faisons comme les autres. A la différence près que, chez nous, il faut attendre qu’il fasse beau et chaud pour voir et écouter de la musique en «live».

Des salles spécialisées qui n’existent pas
Chez nous, tous les festivals de musique, ou presque, ne peuvent avoir lieu qu’en plein air. Il est, en effet, moins évident d’assister à des concerts pendant l’hiver. Les salles spécialisées «musiques actuelles» pouvant accueillir du monde et des groupes qui attirent du monde en configuration «public debout» et dans lesquelles on peut organiser des grands concerts de musique n’existent pas vraiment.

Sous d’autres cieux, elles s’appellent «Zenith», Palais des congrès, Scènes de musiques actuelles (SMAC), Concerts halls…Et le peu de salles de spectacles qui ont été construites, même mal, ne sont pas encore ouvertes, y compris celles dont on a fini la construction et l’équipement. Résultat, notre saison de festivals commence en mai et finit en septembre. Et puis, pratiquement plus rien.

Une culture qui dépend de la pluie
La culture dans ce pays est comme l’agriculture, elle dépend de la pluie. En paraphrasant la célèbre citation de Lyautey «Au Maroc, gouverner, c’est pleuvoir», nous pourrions dire que, chez nous, se cultiver ou se divertir, c’est ne pas pleuvoir. Certes, entre une culture sans pluie et une agriculture qui en a besoin, la priorité est vite vue. Il n’y a pas à choisir.

Manger est la priorité. Cependant, la politique culturelle du pays ne devrait pas être conditionnée par la météo, comme les patates ! Le Marocain n’aurait-il pas le droit de se nourrir, se cultiver et se divertir à tout moment de l’année, pas que l’été ? Il existe bien des pays dans lesquels l’offre culturelle est abondante même si la pluie peut l’être aussi. Notre malheur viendrait-il du fait que nous vivons dans un pays à climat tempéré où il fait beau presque toute l’année ?

Des petites formules, mais toute l’année
En attendant, nous pourrions imaginer des petites formules, des petits festivals, des petites saisons…dans les petites salles municipales et maisons de jeunes, existantes, dans lesquelles il y aurait, même pendant l’hiver, une petite programmation régulière, inexistante. Qu’écouter de la musique, pendant l’année, ne soit pas seulement possible dans les cabarets ou les bars.

Et que les Marocains puissent avoir des pratiques culturelles le reste de l’année ? Car ce reste de l’année, entre septembre et mai, existe aussi. Rajoutons à cela que si on veut programmer de la création marocaine dans nos festivals, il faudrait des conservatoires qui fonctionnent vraiment, des lieux permettant aux jeunes et moins jeunes de se rencontrer, de répéter, d’enregistrer… Sinon, nous continuerons à ne programmer que les productions étrangères, d’écouter de manière répétitive les mêmes groupes marocains et de manquer de créations nationales. Rendons les choses possibles, ne serait-ce que par patriotisme.

Des festivals qui «s’auto-annulent» mutuellement
Enfin, que tous nos festivals s’agglutinent pendant la même période estivale ne veut pas dire que nous en avons assez. Malgré cela, quelques-uns de ces festivals trouvent le moyen de se chevaucher et de «s’auto-annuler» mutuellement. C’est le cas, cette année, de trois d’entre eux, l’un à Essaouira, un autre à Casablanca et un trosième à Marrakech, les connaisseurs les reconnaîtront. En ne se concertant pas sur leurs dates, ils mettent les publics qu’ils se partagent devant l’obligation de choisir d’aller à l’un et donc de renoncer à se rendre à l’autre. Gageure supplémentaire. La culture est la solution.