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Culture

Derrière chaque hit, un beatmaker qui bat la mesure

Le rap made in Morocco se porte bien : il y a des noms qui brillent et d’autres qui travaillent dans l’ombre pour façonner la bande-son de cette réussite. Les beatmakers, également appelés producteurs, sont ces créateurs de rythmes sans qui les textes des rappeurs nerésonneraient pas avec autant de force. Pourtant, leur contribution reste souvent méconnue et mal reconnue dans une industrie musicale encore en pleine structuration.

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«Un beatmaker est avant tout un compositeur. C’est celui qui crée la bande sonore en arrière-plan, qu’il s’agisse de musiques pour des chansons, des films ou d’autres projets. C’est un métier créatif qui consiste à élaborer le ‘’décor sonore’’ d’une œuvre», souligne Hadès (Wassim Karaki dans le civil), beatmaker et producteur connu pour ses collaborations avec ElGrande Toto, Jul, Ninho, MisterYou et Rim’k entre autres.

Ces deux termes sont fréquemment employés, bien que leurs définitions diffèrent. «En anglais, le terme ‘‘producer’’ peut prêter à confusion, car il désigne parfois le beatmaker. Cependant, un producteur est plus globalement celui qui supervise un projet musical : il finance, coordonne les parties techniques (studio, ingénieur du son) et organise la production dans son ensemble. Parfois, l’artiste lui-même joue ce rôle», précise Wassim Hadès. Ainsi, si le beatmaker est souvent vu comme le décorateur du son, le producteur, lui, s’apparente au chef d’orchestre.

Sans eux, pas de flow
Cependant, lorsqu’il collabore avec différents artistes, il peut être difficile de récolter les fruits de son travail. «Je travaille avec une équipe qui s’occupe des démarches administratives et juridiques. Par exemple, les droits d’auteur que je perçois via la SACEM (France) ou la BMDA (Maroc) dépendent des morceaux déposés et de leurs diffusions. La répartition des revenus se fait généralement ainsi : 50% pour le compositeur, quelques points pour les royalties selon la négociation, et le reste est partagé entre artistes et labels», explique Hadès. L’équation est claire : plus une production musicale est adoptée par un rappeur et diffusée sur les ondes, plus le compositeur perçoit des revenus, versés par l’organisme chargé de collecter les droits dans le secteur. Malgré ce cadre, beaucoup de beatmakers peinent à revendiquer leurs droits, faute de régulation et de contrats clairs.

Le manque de régulation et l’héritage complexe du hip-hop, notamment marqué par l’usage intensif de samples, compliquent la reconnaissance des beatmakers. Toutefois, Wassim Hadès reste optimiste quant à l’évolution du paysage musical marocain : «Le beatmaker reste trop souvent dans l’ombre au Maroc, contrairement à l’étranger, où il est davantage valorisé. C’est aussi une question de culture et de maturité de l’industrie musicale marocaine. Mais les choses évoluent avec l’essor du rap, qui domine aujourd’hui les plateformes de streaming dans le pays».

Pour un compositeur, collaborer avec un éditeur peut représenter une solution efficace. Sous d’autres cieux, ce dernier s’occupe de promouvoir les morceaux auprès des labels, de garantir leur diffusion et de défendre les droits des artistes. Le travail consiste à représenter les compositeurs, à garantir une gestion optimale de leurs droits et à maximiser les redevances qui leur sont dues. Pour que leur talent soit pleinement reconnu et que les rappeurs choisissent leurs productions instrumentales, il doit se rendre sur le terrain, notamment auprès des labels où de nombreux rappeurs, sous contrat, sont potentiellement en quête de nouveaux morceaux. «Ils créent, je vends», résume anonymement un éditeur musical.

On the beat !
Dans le processus de création d’un morceau, les beatmakers jouent un rôle clé, souvent à l’origine de l’inspiration des rappeurs. «Mon processus est intuitif : je cherche des mélodies, je teste des sons et je développe mes idées en fonction des inspirations du moment», confie Hadès. Il ajoute que les textes, les flows et les mélodies naissent parfois après avoir entendu l’instru : «Le beatmaking est, dans ce cas, le point de départ de la création».

Malgré leur importance indéniable, les beatmakers peinent encore à obtenir une reconnaissance équivalente à celle des artistes qu’ils accompagnent. Hadès plaide pour une meilleure structuration du secteur: «Il convient de valoriser tous les acteurs de la création musicale, y compris ceux qui travaillent dans l’ombre. Il faut également structurer davantage l’industrie musicale marocaine pour permettre aux beatmakers et autres talents de vivre pleinement de leur art».

Avec un rap marocain en constante évolution, le travail des beatmakers ne cesse de repousser les frontières musicales, en explorant de nouveaux sons et en s’adaptant aux tendances.

Wassim Hadès, qui se décrit comme un artiste polyvalent, annonce également un projet majeur : «En plus de composer et produire, je suis aussi artiste-interprète. Je chante sur mes propres créations (…) Je prépare une série de singles où je serai à la fois compositeur et interprète. Ces morceaux incluront des collaborations avec des artistes de renom. Pour le moment, je préfère garder le mystère sur les noms et la forme exacte du projet, mais c’est une étape importante de ma carrière».

Ces artisans de l’ombre continuent de créer les sons qui façonnent le rap marocain, prouvant que sans eux, aucun morceau ne pourrait réellement prendre vie.