Culture
Comediablanca 2026 : Une 3e édition qui ne manquait pas de sel
Avec plus de 15.000 spectateurs réunis entre le 2 et le 6 juin, une programmation élargie et une ambition désormais internationale, la troisième édition de Comediablanca marque un tournant. Plus qu’un festival d’humour, l’événement casablancais s’impose progressivement comme un laboratoire culturel où se croisent transmission, spectacle vivant et nouvelles écritures comiques.
Du rire, bien sûr. Mais aussi une vision. Pendant cinq jours, Casablanca a vécu au rythme de Comediablanca, dont la troisième édition s’est achevée samedi 6 juin au Complexe Mohammed V. Ce qui n’était encore, il y a quelques années, qu’une promesse portée par quelques passionnés de stand-up ressemble désormais à une véritable institution culturelle en construction.
Le changement d’échelle est visible partout dans les chiffres, avec plus de 15.000 festivaliers revendiqués par les organisateurs, dans le format, élargi à des masterclasses, rencontres professionnelles et expériences immersives, mais surtout dans la capacité du festival à faire dialoguer les scènes marocaine et francophone autour d’un même langage, celui du rire.
L’un des enseignements majeurs de cette édition réside dans la vitalité de la scène marocaine. Le gala d’ouverture du 4 juin, présenté par Taliss, a réuni plusieurs figures confirmées et émergentes du stand-up national, d’Oussama Ramzi à Rachid Rafik, en passant par Fadwa Taleb ou Wahiba Bouya. Une photographie révélatrice d’une scène qui n’a jamais semblé aussi diverse et populaire.
Au Maroc, l’humour n’est plus seulement un divertissement. Il est devenu un espace de commentaire social, de réflexion sur les identités et les transformations du pays. Les humoristes présents à Comediablanca puisent dans les contradictions du quotidien, les tensions linguistiques, les fractures générationnelles ou les mutations urbaines pour construire leurs récits.
Cette maturité artistique trouve son incarnation la plus éclatante dans le parcours de Jalil Tijani.
Humour partagé
Vendredi soir, l’humoriste marocain présentait la dernière représentation de « Jeux de société », spectacle devenu une référence du stand-up national. Dans une salle comble, l’émotion était palpable. Plus de 5.000 spectateurs avaient fait le déplacement pour assister à cette ultime représentation.
«Comme son nom l’indique, ‘’Jeux de société’’ est un spectacle où se joue la société à travers une galerie de personnages illustrant toute la diversité du Maroc», expliquait l’artiste. Entre français et darija, Jalil Tijani y ausculte depuis plusieurs années les obsessions collectives du pays, ses travers et ses paradoxes.
Sa présence au cœur de cette édition n’avait rien d’anecdotique. Elle symbolisait le passage de relais entre une génération qui a contribué à professionnaliser le stand-up marocain et une nouvelle vague qui bénéficie aujourd’hui d’un écosystème plus structuré.
La soirée de clôture a confirmé cette ouverture. Sur scène, le Franco-Iranien Kheiron, le Canadien d’origine marocaine Mehdi Bousaidan, l’humoriste française Laurie Peret, Doully, John Sulo, Mimo Lazrak ou encore Hamaka ont dessiné les contours d’une francophonie multiple, traversée par les questions d’identité, d’exil, de mémoire et de quotidien.
Particulièrement attendu, Kheiron a retrouvé le public marocain avec son goût de l’improvisation et son rapport direct à la salle. Mehdi Bousaidan, lui, a exploré avec finesse les thèmes de l’intégration et du choc culturel, tandis que Laurie Peret a poursuivi son travail singulier mêlant chanson et satire sociale. Ces univers différents ont pourtant trouvé un terrain commun, celui d’un humour nourri par les expériences vécues.
Derrière le succès de Comediablanca se dessine une ambition plus large, celle d’inscrire Casablanca sur la carte des grands rendez-vous internationaux du spectacle vivant.
L’événement ne cache plus ses ambitions transnationales. Après Paris et Bruxelles, le festival poursuit son développement vers Marseille et Abidjan, tout en revendiquant son ancrage casablancais. Les scènes se multiplient, les talents émergent et le public répond présent. Et si Casablanca riait aujourd’hui autant, c’est peut-être parce qu’elle a enfin trouvé un festival à sa mesure.
Amir Rouani, l’architecte de l’expérience
L’autre visage de cette édition est celui d’Amir Rouani. Le festival s’est déployé sous une direction artistique unifiée, pensée comme une expérience globale plutôt qu’une simple succession de spectacles.
Scénographie immersive, circulation entre les différents espaces, mise en récit de l’ensemble du parcours festivalier…, l’humour est ici envisagé comme un spectacle total.