Culture
Brahim El Mazned : «La musique est une forme de passeport universel qui transcende les frontières»
Du 20 au 23 novembre, Rabat s’animera au son des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient avec la 11e édition de Visa For Music. Tour des scènes avec la cheville ouvrière de l’événement.
Visa For Music, premier salon professionnel et festival des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient, se distingue comme un carrefour d’audaces programmatiques, de découvertes lumineuses et de sensations rares.
Que nous réserve cette nouvelle édition ? Brahim El Mazned, son fondateur passionné et fervent défenseur des «Rways», «Chikhates et Chioukhs de l’Aïta», donne, avec son franc-parler habituel, un aperçu des promesses de cette année.
À quelle fin destinez-vous Visa For Music ?
Visa For Music est destiné à créer un pont entre les artistes et les professionnels de l’industrie musicale en Afrique, au Moyen-Orient et au-delà. Notre objectif principal est de favoriser l’échange culturel et d’offrir une vitrine aux artistes confirmés et aux talents émergents tout en stimulant la création de collaborations, de diffusion et de partenariats.
Comment vous est-elle venue l’idée de lancer un festival et marché de musique en Afrique et au Moyen-Orient ?
L’idée est née d’un constat : la richesse musicale de nos régions, notamment en Afrique, restait sous-exploitée et manquait de plateformes internationales. Il était nécessaire de créer un événement qui soit à la fois un festival et un marché pour mettre en lumière ce vivier culturel et créer un réseau dynamique et solide.
D’où vient le nom «Visa For Music» ?
Le nom «Visa For Music» symbolise à la fois l’esprit de la mobilité et du business. L’idée que la musique est une forme de passeport universel qui transcende les frontières. C’est un clin d’œil à l’accès que cet événement offre aux artistes pour se faire connaître au niveau international et aux professionnels pour découvrir de nouveaux talents mais aussi la symbolique de Visa liée au business.
Le lancement n’a pas dû être simple, surtout dans un contexte où les artistes et les professionnels de la filière musicale sont parfois difficiles à rassembler. Pourtant, vous avez réussi ce défi avec succès. Quel sentiment avez-vous ressenti lors de la première édition ?
Lors de la première édition, l’émotion était palpable. J’ai ressenti une immense fierté et beaucoup de reconnaissance envers tous ceux qui ont cru en ce projet. C’était la preuve que, malgré les difficultés, il y avait une vraie volonté de la part des artistes, des professionnels de la culture et des travailleurs dans le secteur de se mobiliser pour réussir cet événement, qu’ils soient du Maroc ou de l’étranger.
Il y avait aussi un réel besoin de pédagogie pour expliquer la singularité de ce projet, qui est à la fois un festival hors saison des festivals d’été et un marché où les professionnels se retrouvent. D’ailleurs, je remercie le ministère de la Culture qui nous a accompagnés et qui croit à l’importance de ce projet. J’espère que des mécènes pourront nous accompagner à l’avenir pour le faire grandir.
L’adhésion semble légèrement en baisse cette année, avec 1.000 candidatures d’artistes contre 1.505 l’an passé. Cela vous a-t-il surpris ?
Une légère baisse des candidatures peut s’expliquer par l’exigence du jury de Visa For Music qui impose une grande qualité. J’avoue que je préfère recevoir moins de candidatures, mais de qualité, plutôt que plus de candidatures de moindre qualité. Toutefois, cela ne remet pas en cause l’intérêt pour le festival, qui reste une référence mondiale.
Quels sont les critères sur lesquels le jury se base pour sélectionner les artistes participants ?
Le jury cherche avant tout la singularité et l’originalité, la qualité artistique et l’authenticité. Il prend en compte la diversité des genres musicaux, l’équilibre des esthétiques musicales, des territoires et l’impact potentiel des artistes sur la scène internationale.
Chaque année, vous dénichez des pépites et faites découvrir des artistes peu connus…
C’est l’une de nos grandes fiertés. Offrir cette première exposition à des artistes talentueux mais peut-être peu visibles dans nos territoires est au cœur de notre mission. Beaucoup d’entre eux ont depuis réussi à se faire une place dans l’industrie et à se produire dans des festivals internationaux à travers le monde.
En quoi Visa For Music soutient-il les artistes au-delà du cadre du festival ? Y a-t-il des opportunités spécifiques de développement de carrière ou de collaboration pour les participants ?
Absolument. Visa For Music est un tremplin pour les artistes. En plus des showcases, nous facilitons des rencontres avec des producteurs, labels et programmateurs, ce qui ouvre la voie à des tournées et des collaborations internationales.
Nous organisons également pour eux des workshops et des ateliers de développement de capacité liés aux nouveaux métiers de la musique.
Pourriez-vous nous retracer l’évolution de Visa For Music au cours des dix dernières années et partager avec nous les moments marquants de cette décennie ?
En dix ans, Visa For Music est passé d’un projet ambitieux à une institution reconnue. Parmi les moments forts, je citerais les premières participations d’artistes qui ont ensuite percé, et les partenariats stratégiques avec des acteurs culturels mondiaux. Je suis fier de voir des artistes sélectionnés à VFM, et qui n’étaient forcément connus sur la scène, faire aujourd’hui une belle carrière.
Le festival ayant atteint sa maturité, envisagez-vous de redéfinir ses orientations ou de rester fidèle à sa mission initiale ?
Nous restons fidèles à notre mission de départ tout en cherchant à nous réinventer. L’idée est de diversifier les formats, intégrer des technologies innovantes et explorer de nouvelles thématiques sans renier nos valeurs. Des projets ambitieux sont toujours là pour faire de notre structure culturelle une référence et accompagner le développement du secteur culturel dans notre pays.
Le festival accueille cette année un plateau de showcases dédié aux artistes d’Amérique latine et des Caraïbes. Qu’est-ce qui a motivé cette ouverture géographique ?
Nous avons voulu réfléchir à une dimension plus globale et enrichir l’expérience. L’Amérique latine et les Caraïbes partagent avec l’Afrique un héritage commun et une richesse musicale qui résonne auprès de notre public. J’ai toujours considéré les Caraïbes comme une extension de notre Afrique.
Comment envisagez-vous d’enrichir les échanges professionnels au sein du Salon professionnel et des speed-meetings cette année ?
Nous prévoyons de renforcer les partenariats avec des plateformes internationales, inviter plus d’experts de l’industrie et faciliter des sessions de mentorat pour encourager des collaborations concrètes. Ces speed-meetings sont des moments intenses où les artistes ou leurs managers rencontrent des directeurs de festivals ou programmateurs pour leur exposer leurs projets artistiques ou tout simplement échanger sur les potentialités de partenariats.
Le Forum de VFM 2024 proposera des conférences et des ateliers. Quels seront les grands thèmes abordés, et quels intervenants avez-vous invités ?
Concernant le Forum de VFM 2024, nous mettrons en avant des thèmes cruciaux, tels que la transformation numérique dans l’industrie musicale, la protection des droits d’auteurs et la valorisation du patrimoine musical, et les stratégies de développement durable dans le secteur culturel.
Nous avons convié des experts internationaux, des producteurs de renom, des artistes visionnaires, ainsi que des représentants d’organisations culturelles influentes. Ces échanges viseront à inspirer et à outiller les participants pour relever les défis actuels du secteur culturel.
Le festival promet de nombreuses surprises, y compris des nouveautés pour la parade traditionnelle, et de nouveaux lieux pour les showcases. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces innovations ?
Pour chaque édition, plusieurs surprises sont proposées, en introduisant de nouvelles propositions artistiques. La parade traditionnelle sera repensée pour inclure de nouveaux artistes des Caraïbes et d’Afrique en intégrant des spectacles interactifs. Par ailleurs, de nouveaux lieux tels que le Chellah ont été ajoutés au parcours des showcases, permettant une exploration plus diversifiée des espaces culturels de la cité de Rabat.
Organiser un tel événement implique une certaine prise de risque, notamment pour réunir le budget nécessaire. Comment parvenez-vous à gérer ces aspects et à trouver des sponsors ?
L’organisation d’un événement de cette envergure implique des défis financiers non négligeables. Nous avons mis en place une stratégie de diversification de nos sources de financement, qui inclut des partenariats avec des institutions culturelles.
Je remercie le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication, la wilaya et la région de Rabat-Salé-Kenitra pour leur précieuse implication dans ce projet, ainsi que tous nos partenaires nationaux et internationaux qui croient à ce projet.
Une fourchette de votre budget ?
En ce qui concerne le budget, il est difficile de donner un chiffre précis à l’avance, car il varie selon les éditions. Cependant, nous fonctionnons généralement avec un budget compris entre 3,5 et 4 millions de dirhams.
Pour atteindre un niveau comparable à d’autres marchés de la musique dans le monde, un budget minimum de 10 millions de dirhams serait nécessaire pour s’imposer davantage et intégrer le cercle restreint des grands salons et festivals de l’industrie musicale internationale.
Il est également important de souligner que ce projet a un impact économique significatif, estimé à plus de 20 millions de dirhams, pour la ville de Rabat et 10 millions pour le secteur de la musique.
