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Culture

Bouquinistes : Gardiens des livres dans un monde en évolution

Bien que des défis, tels que l’invasion numérique, puissent sembler insurmontables, les vendeurs de livres anciens ne veulent pas baisser les bras et continuent de partager leur amour pour les bouquins avec les passionnés de la lecture.

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Dans le tumulte des ruelles animées de l’ancienne médina de Casablanca, un groupe de passionnés résiste à l’assaut du numérique et maintient en vie une tradition vieille de plusieurs siècles : les bouquinistes. S’illustrant comme des acteurs culturels dans la promotion du patrimoine littéraire de tous horizons, ils façonnent notre paysage urbain, offrant un refuge pour les amateurs de littérature dans un monde en constante évolution. Au marché Labhira, on retrouve Lahcen Fekhar, un bouquiniste qui compte plus de 25 ans d’expérience dans ce domaine. Avec un sourire bienveillant, il nous accueille dans sa boutique, d’où émane une odeur douce et poussiéreuse de vieux livres, une fragrance qui enivre les amateurs de littérature. Autour de nous, des piles de livres s’élèvent en une mosaïque chaotique, créant un labyrinthe de connaissances.

Les étagères sont surchargées de romans classiques de littératures française et anglaise, de manuels anciens, d’ouvrages pour les facultés, les classes préparatoires et pour les écoles supérieures, et de tous les domaines.
Chaque coin de la boutique abrite un trésor, un monde d’histoires qui attend d’être découvert. «Les livres destinés aux classes préparatoires suscitent une forte demande, en particulier lors de la rentrée universitaire. Les ouvrages de psychologie, de philosophie et de sociologie connaissent un engouement remarquable tout au long de l’année, mais ils ne sont pas toujours suffisamment disponibles sur le marché», souligne-t-il.

Ce n’est pas par hasard si Lahcen est devenu bouquiniste. Il a grandi et baigné dans un environnement imprégné de littérature et de livres. Son père, Bouaaza Fekhar, qui a vu grandir des générations, était l’un des premiers bouquinistes au Maroc. Très connu à Casablanca, il s’est lancé dans le domaine au début des années 50. «Une fois que j’ai obtenu ma licence en droit, ma mère m’a demandé de venir aider mon père «Allah yrehmou» dans sa boutique. J’étais fasciné par sa passion pour son métier et son dévouement au travail. Son grand respect pour les livres et les échanges avec ses clients m’ont profondément inspiré et marqué», se souvient-il, ému. «Plusieurs personnes qui occupent aujourd’hui des postes importants étaient des clients de mon père lorsqu’ils étaient étudiants. Certaines d’entre elles viennent toujours me rendre visite pour prendre de mes nouvelles et se remémorer les beaux souvenirs qu’ils partageaient avec lui», poursuit-il.

Vendeur de livres à l’ère du numérique
«Accessible et moins cher !», voilà un argument de vente qui attire des clients, toutes classes sociales confondues. Amine, un étudiant en classes préparatoires, cherche un livre d’exercices corrigés pour pratiquer l’analyse financière. «Le nouveau est très coûteux. Ici, je trouve des livres non disponibles dans les librairies, en faisant des économies de plus de 50%», précise-t-il. De son côté, Youssef, professeur de français, est un fidèle client. Il affirme : «Chaque fois que j’ai besoin d’un livre, je viens ici. Malgré l’avènement du numérique et son expansion significative, les bouquinistes proposent une variété de titres anciens et contemporains qui répondent aux besoins du grand public à des prix abordables».

Lahcen est loin d’être un simple vendeur de livres. Ses yeux pétillent, révélant une lueur d’excitation chaque fois qu’un client entre dans sa boutique. Il aime échanger avec eux, discuter et sociabiliser. Ce bouquiniste semble connaitre chaque volume de sa collection, et il est capable de suggérer des lectures en fonction des préférences de sa clientèle. «Le prix des livres dépend de leur état et de leur valeur. Il démarre à 10 dirhams et peut dépasser les 2.000 dirhams», note-il. Cependant, force est de constater que les bouquinistes sont en butte à moult contrariétés.

Dans ce sens, Lahcen souligne qu’«aujourd’hui, les gens lisent de moins en moins. Loin d’être un unique passe-temps, la lecture était une nécessité, un plaisir et une passion», faisant remarquer que la plupart des étudiants qui viennent chercher des livres, c’est pour réussir les examens et non pas pour s’instruire ou nourrir leur esprit. Un autre défi auquel fait face ce métier est l’invasion du digital, notamment avec le format PDF ou encore les livres audio. «Beaucoup de mes amis m’ont proposé de créer un site web avec un catalogue diversifié pour vendre mes ouvrages. Bien que cela puisse garantir un revenu supplémentaire et élargir ma clientèle, sincèrement, le monde virtuel ne m’intéresse pas ; je préfère maintenir ce contact direct avec mes clients», se confie-t-il.


Un métier qui a besoin de soutien

L’Association marocaine des bouquinistes a été fondée en 2014 avec pour objectif la promotion et la préservation de cette profession. Elle s’engage dans divers domaines, y compris la sauvegarde du patrimoine littéraire, l’organisation d’événements littéraires et la création de réseaux pour les bouquinistes. En 2018, elle a réussi à organiser la première édition du Salon du livre d’occasion au Maroc, axée sur le thème «Le Livre au service du développement». Les professionnels soulignent actuellement les nombreuses difficultés auxquelles ils sont confrontés, et ils appellent les autorités à leur apporter leur soutien. Malgré ces défis, la résilience des bouquinistes repose essentiellement sur leur passion et leur amour pour leur métier du livre.