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Culture

Agadir réinvente le cinéma Salam

Les travaux de réhabilitation de ce monument iconique sont sur le point de démarrer. Un budget de plus de 22 millions de dirhams est alloué au projet. À terme, le bâtiment sera un pôle culturel polyvalent. Un actif patrimonial au service d’un centre-ville vivant.

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Icône du paysage gadiri, miraculé du séisme de 1960 et témoin d’un demi-siècle de sociabilité urbaine, le cinéma Salam change de statut : de bâtiment menacé, il est en passe de devenir un pôle culturel structurant.

Pour réhabiliter ce monument iconique de la ville, ce sera un budget de plus de 22 millions de dirhams qui sera investi, précisent les responsables de la société de développement local «Grand Agadir pour la mobilité et les déplacements urbains» (Gamdu), maître d’ouvrage délégué du projet.

Il sera réalisé dans un délai de cinq mois, indiquent-ils. Déjà la clôture du chantier est posée et les premiers travaux ne devraient pas tarder à être lancés. Le programme va bien au-delà d’un ravalement.

Le Salam est appelé à devenir un pôle culturel polyvalent. À terme, le bâtiment devrait abriter une salle de projection de 317 places et de nouveaux espaces de création, ainsi que des loges, des ateliers, une salle d’archives, des locaux administratifs et une régie.

La construction d’un café littéraire de près de 85 m2 et des aménagements extérieurs est aussi au programme. Ainsi, Agadir transforme un symbole de la résilience de la ville en moteur de revitalisation économique.

L’histoire de ce monument a commencé il y a plus de 70 ans. Édifié entre 1953 et 1955 par l’architecte Georges Appéré avec les entrepreneurs marocains Haj Mohamed Moustic, Haj Boubker Al-Fkih Tétouani et Saïd Bourhim, d’abord baptisé Cinéma Empire avant d’être acquis par feu Yahia Ben Idder, Le Salam a marqué l’imaginaire collectif à Agadir. Sa silhouette en «selle de cheval» et sa structure tubulaire lui ont permis de résister, le 29 février 1960, alors qu’environ 400 spectateurs assistaient à Godzilla. Miraculé, le lieu deviendra, après la catastrophe, un espace de «thérapie sociale» pour une ville meurtrie.

Longtemps cœur battant du 7e art – des Technicolors américains aux classiques indiens –, la salle a décliné au gré de l’abandon et de la pression immobilière.

Sa sauvegarde doit beaucoup à la mobilisation d’associations, d’historiens et de collectifs culturels, au premier rang desquels le Forum Izorane n’Agadir. À l’issue d’un dossier déposé en 2015, le ministère de la Culture a inscrit l’édifice à l’inventaire du patrimoine architectural (loi 22-80), reconnaissant sa valeur de témoin de l’Agadir d’avant-séisme.

Une nouvelle vie, un nouveau public
Le basculement s’est joué récemment : l’homme d’affaires Abdelaziz Aboulmajd, dernier acquéreur du cinéma Salam, a donné le bâtiment à la Commune d’Agadir, écartant le spectre d’une démolition.

Place désormais aujourd’hui au chantier qui doit être réalisé dans un calendrier serré. Une fois réhabilité, le cinéma Salam, dans sa nouvelle vie, devrait capter un public diurne et vespéral et offrir un lieu d’échanges aux étudiants, aux familles et aux professionnels des industries culturelles.

L’enjeu est double : mémoire et économie. Mémoire, parce que l’objet patrimonial est réhabilité sans perdre son âme ; économie, parce qu’une salle en plein centre génère de la fréquentation piétonne, allonge le temps de séjour, irrigue commerces et restauration, et crée des emplois qualifiés (techniciens, programmation, médiation).

Pour la Commune d’Agadir, il s’agit d’installer un «effet vitrine» durable : montrer qu’Agadir sait concilier héritage et modernité, culture et attractivité.

Rappelons que cette opération s’inscrit dans le cadre du Programme de développement urbain lancé en février 2020 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

À quelques rues du cinéma Salam, le marché municipal du centre-ville, autre bâtiment emblématique, arrive au stade d’achèvement. La place Al Amal change aussi de visage avec des travaux d’embellissement et de confort d’usage.

Côté mobilité, la SDL Agadir Mobilité réaménage la place des taxis à proximité de Souk Al Had pour en faire un pôle moderne, lisible et mieux connecté aux flux. L’idée est claire : constituer un cluster central où culture, commerce et transport se renforcent mutuellement.

Plus qu’un patrimoine, un levier économique…
La gouvernance suit la même logique d’alignement. Le Salam a été sauvé par la société civile, sécurisé par une inscription patrimoniale, puis activé par un investissement public au service d’un modèle économique.

Ce triptyque (reconnaissance, protection, activation) constitue une méthode que la ville réplique sur d’autres actifs stratégiques: remettre en usage des lieux aimés, tout en leur donnant une fonction et un modèle d’exploitation soutenables.

Reste à livrer dans les temps et au bon niveau. Les attendus techniques (acoustique, sécurité incendie, accessibilité PMR) seront déterminants, de même qu’une programmation exigeante : cinéma d’auteur et grand public, théâtre, musiques actuelles, conférences, médiation scolaire.

Car un équipement culturel ne vit pas de sa seule architecture : il prospère par le contenu et par les partenariats qu’il noue avec les écoles, associations, festivals et opérateurs privés.

Le Cinéma Salam s’apprête à rejouer son rôle : symbole de mémoire et promesse d’avenir. En réhabilitant ce totem de la ville moderne née de la reconstruction, Agadir ne se contente pas de restaurer des murs, elle investit dans un récit partagé, fédérateur et exportable.

Et prouve qu’un patrimoine sauvé peut devenir un levier économique au bénéfice des habitants, des visiteurs et du cœur de la ville.